Alain Juppé, le 21 janvier 2008 © TF1-LCILe moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne mâche pas ses mots. Et l'interview est à ajouter à la pile des tensions entre la majorité et le gouvernement, notamment sur le dossier de la réforme des collectivités, dont l'Elysée veut supprimer des échelons. En des termes durs, l'ex-Premier ministre Alain Juppé, maire UMP de Bordeaux, lynche les modalités de suppression de la taxe professionnelle et le projet de la réforme territoriale du gouvernement dans une interview au quotidien régional Sud Ouest. Ce texte, dit-il, est "encore très en retrait par rapport à ce qui était envisagé. "Ce n'est pas un bouleversement", "mais c'est toujours pareil avec Sarkozy, on vous dit que c'est une rupture avec tout ce qu'on a fait par le passé... C'est une transition".
Quant à la suppression de la taxe professionnelle, versée par les entreprises au profit des collectivités locales, Alain Juppé a affirmé que "le gouvernement cherche la provocation". "Le président Sarkozy avait promis une compensation euro par euro mais il avait oublié de dire pendant un an", dit-il. Il en veut pour preuve la Communauté urbaine de Bordeaux (Cub) dont il est vice-président. Le résultat serait, selon lui, que dès la deuxième année, elle perdrait "plusieurs millions. C'est tout de même se foutre du monde". Le maire de Bordeaux, qui prône une agglomération "puissante, avec un vrai exécutif communautaire", estime que "le transfert des compétences du département à l'agglo semble remis en cause", tandis que "tout ce qui devait réaffirmer la primauté de la métropole sur la commune a du plomb dans l'aile".
Chatel répond
Pour Alain Juppé, l'élection de conseillers territoriaux siégeant à la fois au département et à la région "sera un changement très profond justifié par deux motifs : le premier, quelque peu démagogique, est de diminuer le nombre d'élus ; ce qui fait toujours plaisir. Le deuxième est d'amorcer le rapprochement entre la collectivité régionale et la collectivité départementale. Mais beaucoup dépendra de la loi électorale" qui, selon lui, "n'est prévue nulle part".
Déjà, le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a rejeté les accusations de l'ancien Premier ministre. "J'ai beaucoup de respect pour Alain Juppé mais je n'ai pas vraiment le sentiment que le président de la République se moque du monde", a-t-il déclaré mercredi lors du compte rendu du conseil des ministres. Nicolas Sarkozy "a pris deux décisions difficiles, courageuses, qui sont, l'une, de réformer en profondeur notre système d'organisation territoriale", a-t-il poursuivi. "Et deuxième décision difficile, c'est la question de la taxe professionnelle, avec un objectif : améliorer la compétitivité de notre industrie."
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