Sarkozy : "c'est moi qui suis visé", pas Jean

Par D.H. (avec agences), le 15 octobre 2009 à 19h53 , mis à jour le 16 octobre 2009 à 16h57

Polémique sur son fils, affaires Polanski, Mitterrand et Clearstream, bouclier fiscal... Le président essaie de reprendre la main en s'expliquant dans une longue interview au Figaro.

sarkozy 31 août 2009Nicolas Sarkozy, le 31 août 2009 © Reuters

Après une visite à Gandrange jeudi, tardive compte tenu de ses promesses (lire notre article), Nicolas Sarkozy s'explique sur les polémiques et les dossiers du moment dans un entretien fleuve au Figaro daté de vendredi et diffusé jeudi par le quotidien. Une manière de reprendre pied, une volonter d'apaiser les tensions, comme les controverses et décisions politiques de ces dernières semaines commencent à entamer l'unité de la majorité. Faisant la longue liste des présidents depuis le général De Gaulle inclu, Nicolas Sarkozy conclut : "J'en tire la conclusion qu'il ne faut pas confondre le climat du milieu médiatique, qui est par construction politisé et agité, avec la réalité de la société française qui attend du gouvernement qu'il apporte des solutions concrètes aux problèmes des Français". Voilà pour le climat général. Dans le détail, voici les sujets évoqués par le chef de l'Etat, point par point :
 
> Affaire Jean Sarkozy
Face aux accusations de népotisme qui entoure la succession possible à 23 ans de son fils Jean Sarkozy à la tête de l'Epad (l'Etablissement public d'aménagement de la Défense) à la place de Patrick Devedjian, le président se défend. "La présidence de l'Epad est un poste non rémunéré", souligne-t-il, "il ne s'agit donc pas d'une prébende." "C'est une élection, il ne s'agit donc pas de népotisme (...) A travers cette polémique, qui est visé ? Ce n'est pas mon fils. C'est moi. Ceux qui ne se sont jamais faits à mon élection et qui n'ont rien à dire sur le fond essayent d'attaquer sur tous les sujets avec une mauvaise foi et une méchanceté qui ne trompera pas les Français." "Il y a 45 conseillers généraux dans le département des Hauts-de-Seine, élus par le suffrage universel. Ils ont tous le droit de postuler à un poste d'administrateur à l'Epad. Sauf un! Et pourquoi ne peut-il pas ? Parce qu'il est mon fils", insiste-t-il "Ceux qui ne se sont jamais fait à mon élection et qui n'ont rien à dire sur le fond essayent d'attaquer sur tous les sujets avec une mauvaise foi et une méchanceté qui ne trompera pas les Français", ajoute-t-il.
 
> Procès Clearstream
Nicolas Sarkozy fait amende honorable. Il dit regretter d'avoir fait des commentaires. Une allusion à ses propos fin septembre, quand il avait parlé de "coupables" à propos des prévenus de l'affaire Clearstream. "Ce que je voulais, c'est que la vérité éclate. Elle est en train d'éclater. Le mieux à faire est de laisser se dérouler ce procès, de faire confiance à la justice et de s'abstenir de tout commentaire. J'aurais été mieux inspiré de le faire dès le début", dit-il. L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin s'est déclaré "touché" jeudi à Lille par ces regrets. "Ce que vous me rapportez des propos du président de la République, évidemment c'est quelque chose qui me touche, parce que je crois que nous avons besoin d'une politique faite de respect", a-t-il déclaré.
 
> Affaire Polanski
- Le chef de l'Etat estime que les poursuites de la justice américaine contre le réalisateur Roman Polanski pour viol ne constituent pas, 32 ans après les faits, "une bonne administration de la justice". "Je comprends que l'on soit choqué par la gravité des accusations contre Roman Polanski. Mais j'ajoute que ce n'est pas une bonne administration de la justice que de se prononcer trente-deux ans après les faits alors que l'intéressé a aujourd'hui 76 ans."
- A propos de cette affaire, le président reconnaît également que la première réaction de son ministre de la Culture Frédéric Mitterrand à l'affaire Polanski constituait une erreur. "Frédéric Mitterrand a reconnu sa déclaration était une erreur et a dit qu'il la regrettait. Je ne saurais mieux dire", dit-il.
 
> Affaire Mitterrand
Evoquant la polémique qui a suivi celle de la réaction de Frédéric Mitterrand à l'affaire Polanski, celle sur les écrits du ministre de la Culture, Nicolas Sarkozy indique qu'il ne laissera "personne assimiler homosexualité et pédophilie" et pense que son ministre n'a "jamais fait l'apologie du tourisme sexuel". "C'est un retour au Moyen-Age qui fait honte à ceux qui ont employé cet argument. Quand je vois le porte-parole du PS emboîter le pas à Marine Le Pen et, avec quel enthousiasme, je me demande où sont passées les valeurs de ce grand parti républicain."

> Le gouvernement : François Fillon et l'ouverture
- La rumeur politico-médiatique le dit de nouveau en délicatesse... Nicolas Sarkozy renouvelle sa confiance à son Premier ministre. "François Fillon et moi nous travaillons main dans la main. Ni lui ni moi ne nous reconnaissons dans les commentaires qui sont faits sur nos relations", déclare le chef de l'Etat. "Il est partie prenante à toutes les décisions. J'ai confiance en lui. Nous sommes complémentaires", ajoute Nicolas Sarkozy, qui écarte l'idée d'un changement de Premier ministre dans un proche avenir. "Pourquoi voudriez-vous que je prenne une initiative politique, voire politicienne, qui viendrait compliquer le travail de modernisation de la France, qui est déjà bien assez complexe et sur lequel je ne cèderai pas", dit-il. Invité de RTL, l'intéressé a ironisé mardi sur le fait que "depuis deux ans et demi, tous les trois mois environ", les médias annonçaient son "départ".
- Quant à l'ouverture, va-t-il la poursuivre ? lui demande-t-on. Il répond : "Autant il convient de se méfier de la cohabitation ou des coalitions, qui favorisent les manœuvres d'appareil et le système des partis, autant je crois plus que jamais à l'ouverture".

> Son avenir politique, 2012
Seule question à laquelle on n'aura pas de réponse dans cette interview : celle de sa candidature pour la présidentielle de 2012. "C'est une question qui se posera dans le courant de l'année 2011 pas avant, répond-il, en conscience, je ne suis pas encore prêt à répondre. Et croyez bien que cette réponse est sincère".

> Suicides à France Télécom
Nicolas Sarkozy estime nécessaire que les entreprises prennent plus en compte la valeur humaine, estimant que "des salariés heureux au travail" favorisent leur compétitivité. "Il ne faut pas exploiter ces drames humains douloureux. Mais ils viennent rappeler que le travail des salariés doit être au-dessus du reste", estime-t-il a propos de la vague de suicides qui est en train de frapper l'entreprise où, jeudi encore, un ingénieur s'est donné la mort à son domicile, le 25e suicide depuis février 2008, selon le décompte des syndicats (lire notre article). Les salariés "doivent évoluer dans un environnement de qualité et recueillir le fruit de leurs efforts à travers le salaire, l'intéressement et la participation", ajoute-t-il mettant indirectement en cause la direction de France Télécom. Il juge qu'"on a trop privilégié dans certaines entreprises l'avis des analystes financiers et ainsi on a oublié la qualité des relations sociales. La moralisation du capitalisme doit nous amener à changer cette détestable habitude". "Trop longtemps, la vie des entreprises a tourné autour du cours de la Bourse et du court terme, au détriment des conditions de travail et des relations sociales", déplore le chef de l'Etat en expliquant que c'était la raison pour laquelle il a voulu "en finir avec les bonus excessifs des traders".

> Banques  
- "Les banques ont répondu à nos attentes et deviennent exemplaires", estime le président, en référence à l'annonce de leur retrait des paradis fiscaux, au remboursement des aides d'Etat et à l'encadrement des bonus. "Elles ferment leurs filiales dans les paradis fiscaux et le dispositif retenu par la France pour encadrer les bonus des traders s'est imposé au reste du monde lors du G20", dit-il.
- Le président évoque également le remboursement par les banques des aides consenties par l'Etat. Les cinq banques concernées ont toutes annoncées ces quinze derniers jours qu'elles rembourseraient tout ou partie de ces aides dans les prochaines semaines. "L'aide que leur a fournie l'Etat a été profitable pour les contribuables", affirme le chef de l'Etat, rappelant que les commissions perçues par l'Etat se montent à 716 millions d'euros. "Comme elle semble dépassée la polémique sur l'argent prétendu donné aux banques", juge-t-il. 
 
> Cagnotte scolaire
Nicolas Sarkozy exprime sa "grande réticence" au sujet de la mise en place d'une cagnotte collective pour lutter contre l'absentéisme, cette récompense financière pour les élèves qui renonceraient à l'absentéisme, expérimentée dans trois lycées professionnels. "Je ne peux accepter qu'on puisse récompenser des élèves simplement parce qu'ils vont à l'école (...) En revanche, je partage l'idée de Martin Hirsch de valoriser et de récompenser ceux qui font plus que leur devoir. Le mérite doit être encouragé, le non respect de la règle doit être sanctionné", ajoute-t-il.

> Fiscalité
"Je ne toucherai pas au bouclier fiscal", malgré la proposition de la commission des Lois de l'Assemblée nationale d'en retirer la CRDS, assure le président qui promet également qu'il "n'augmentera pas les impôts". "Je n'ai pas été élu pour augmenter les impôts." Selon lui, "ce choix déterminé" est destiné à "rompre avec une politique menée depuis vingt ans et qui a conduit à détruire des emplois en handicapant la compétitivité de notre économie". "Je ne toucherai pas au bouclier fiscal car je crois au principe selon lequel on ne peut prendre à quelqu'un plus de la moitié de ce qu'il gagne", affirme-t-il aussi. Nicolas Sarkozy estime que "si on laisse passer une exception, comme par exemple la CSG, ce n'est plus un bouclier. S'agissant des niches fiscales, nous verrons au cas par cas. Certaines peuvent être modifiées. Dans l'immobilier, par exemple, il n'y aura plus d'avantage fiscal si l'immeuble concerné n'est pas labellisé basse consommation".

> Grand emprunt
Universités, PME, énergies renouvelables, avion du futur, recherche sur la dégénérescence des cellules : telles pourraient être les pistes pour l'usage du futur "grand emprunt national", dit Nicolas Sarkozy. Exemples : "Il nous faut avoir les meilleures universités du monde. Encore faut-il leur donner les fonds propres nécessaires pour attirer les meilleurs. Même chose pour les PME", ou encore "Par ailleurs, pourquoi ne pas mettre en oeuvre un grand programme sur les énergies renouvelables, à l'image de celui qui a fait le succès du nucléaire français ?". Une commission coprésidée par les anciens Premiers ministres Alain Juppé (UMP) et Michel Rocard (socialiste), planche sur ce grand emprunt, dont Nicolas Sarkozy a annoncé en juin le lancement pour le début de 2010.

>Taxe professionnelle
Nicolas Sarkozy reconnaît que la suppression de la taxe professionnelle était une réforme "difficile" mai affirme qu'elle est "nécessaire". "Il faut supprimer la taxe professionnelle qui n'existe nulle part ailleurs en Europe", insiste-t-il. "La taxe professionnelle était dénoncée de toutes parts comme un ‘impôt imbécile' qui taxait les investissements des entreprises. Cela a conduit à des délocalisations désastreuses, qui ont ravagé nos régions", déplore-t-il, souhaitant que la France reste "une terre de production et d'industrie".
 
> Afghanistan
Le président déclare qu'il faut "rester en Afghanistan" et "rester pour gagner", mais ajoute que "la France n'enverra pas un soldat de plus". "Faut-il rester en Afghanistan ? Je réponds oui. Et rester pour gagner. Pas contre l'Afghanistan, mais pour l'Afghanistan", déclare le chef de l'Etat. "Si nous partons, c'est le Pakistan, puissance nucléaire, qui sera menacé", avertit-il. "Mais la France n'enverra pas un soldat de plus", tranche-t-il. "Ma conviction, c'est qu'il faut davantage de soldats afghans. Ce sont eux qui seront les plus efficaces pour gagner cette guerre, parce que c'est leur pays. Mais il faut les payer davantage afin d'éviter des désertions au bénéfice des talibans". Quelque 3.700 militaires français sont engagés dans le conflit afghan, dont 3.000 en Afghanistan même. Le Premier ministre britannique a annoncé mercredi l'envoi de 500 soldats supplémentaires. Et le Washington Post avait affirmé lundi que Barack Obama avait décidé d'envoyer en Afghanistan, sans l'annoncer, 13.000 soldats américains en plus des 21.000 renforts qu'il a rendus publics en mars, une information démentie par le Pentagone.

> Agriculture
A la veille d'une journée de manifestation des agriculteurs en France (voir la vidéo), Nicolas Sarkozy promet des initiatives fortes sur le dossier agricole d'ici la fin du mois d'octobre, en pleine crise du lait et sur fond de baisse des revenus de la profession. "Je n'accepterai jamais que l'agriculture française, comme européenne, soit sacrifiée sur l'autel d'une mondialisation anarchique", dit-il. "Il nous faut porter une nouvelle régulation agricole qui considérera les agriculteurs comme des entrepreneurs, qui ne craindra pas la préférence communautaire (...) et qui enfin garantira aux agriculteurs un juste prix de leur travail", ajoute-t-il. 
 
> Traité de Lisbonne
Nicolas Sarkozy juge inadmissible le refus du président tchèque Vaclav Klaus de signer le traité de Lisbonne sur la réforme des institutions européennes et déclare que ce choix aura des conséquences. "Ce refus est d'autant plus inadmissible que le Parlement tchèque a voté en faveur du traité et que le gouvernement tchèque est favorable à sa ratification", dit-il. "Mais le président tchèque ne pourra pas jouer sur les deux tableaux. L'heure du choix arrive pour lui et il ne sera pas sans conséquence. En tout état de cause, cette question sera réglée à la fin de l'année." "La question réglée avant la fin 2009", assure le président. La République tchèque est le dernier des 27 Etats membres de l'Union à ne pas avoir ratifié le traité, en raison du refus de son président Vaclav Klaus, qui demande des garanties supplémentaires pour son pays.

> Réactions
Le président du groupe PS à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, a ironisé jeudi soir sur la "bulle présidentielle". L'ex-premier secrétaire du PS François Hollande  estime lui que "ce n'est pas le fils qui est un problème, mais le père". "Nicolas Sarkozy devrait avoir la lucidité de le comprendre", ajoute le député de Corrèze, "à la fois pour l'image de la France à l'étranger, aujourd'hui raillée et moquée, pour l'image de la présidence, qui ne peut  simplement être le fait du monarque, et pour l'image du département des  Hauts-de-Seine, qui n'appartient pas à une famille", dit-il dans Libération. La première secrétaire du PS, Martine Aubry, a estimé vendredi que Nicolas Sarkozy s'est livré à un exercice d'"autosatisfaction" alors qu'il est rattrapé par "l'échec absolu de sa politique" qui nous "mène dans le mur". Le PCF a estimé jeudi que l'entretien que Nicolas Sarkozy était "à mille lieues de ce que vit notre peuple, à mille lieues des réformes à mettre en oeuvre pour sortir la France de la crise". 

Par D.H. (avec agences) le 15 octobre 2009 à 19:53
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256 Commentaires

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  • SUP, le 23/10/2009 à 09h27

    Pour une fois ...

  • SUP, le 21/10/2009 à 19h39

    Bien répondu Le gaulois !

  • Gilles, le 19/10/2009 à 13h12

    @ Martin, que fut Michèle Alliot-Marie si n'est ministre de la défense sous Chirac.

  • Baro, le 19/10/2009 à 04h00

    Aux âmes bien née la valeur n'attend pas le nombre des années

  • Martin, le 19/10/2009 à 02h34

    Il faut des gardes-fous et des gardes a vous si demain le Ministre de l'Armée française est une femme. On ne sait pas a quel saint se vouer si c'est comme un tatamis, on ne sait pas sur quelle boite on tombe de plein pied et joint et sans les mettre dans un plat de ciment ou de béton.

  • Hutch, le 18/10/2009 à 16h08

    Mais on va se couchés pour te plaindrent pépére........

  • Le gaulois, le 18/10/2009 à 13h24

    Pour Doobie Genets on ne vous suit pas bien cher Monsieur.A qui vos reproches s'adressent-ils? au PS et au FN??.J'en profite pour vour rassurer car en 2012 vous aurez peut être un Tsar ou une Tsarine à la place du Roi et ça sera peut être le dilemme de celui qui abandonne un borgne pour un aveugle!!......

  • Doobie, le 18/10/2009 à 12h08

    J'ai voté pour vous, je ne veux plus voir les personnes que vous êtes, ni les pseudos valeurs que vous prétendez défendre, dehors ! PS, FN, tous les mêmes, égoïstes avec un égo démesuré, aucune humilité, des salaires astronomiques, des avantages interminables, on en peut plus de vos arguments et de vos luttes stériles qui occupent l'espace médiatique. Vous n'êtes pas le peuple Français, vous êtes des nantis sans scrupules et sans considération pour nous qui vous payons, sans bénéficier d'aucun des avantages de votre quotidien royal ! Scandaleuse monarchie déguisée, c'est une honte !

  • Jean, le 18/10/2009 à 08h40

    J'ai entendu sur une radio (la première de France) un éloge du petit Jeannot par un certain Balkani. Comme témoin de "moralité" il aurait pu trouver mieux.

  • Sam, le 17/10/2009 à 20h33

    Quand je lis que Mitterrand a laissé un lourd passif, ça me fait rire : si c'est de la dette dont il s'agit, manque de bol, les déficits se sont beaucoup plus creusés sous des gouvernements de droite que sous des gouvernements de gauche. renseignez vous avant de poster des imbécilités...

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