Frédéric Mitterrand, le 6 septembre 2009 à Seignosse, au campus d'été de l'UMP © Abacapress.com"Se faire traîner dans la boue par le Front national est un honneur." En une seule phrase, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a répondu mercredi à la sortie du Conseil des ministres aux attaques répétées du Front national (FN), qui réclame sa démission pour ses écrits sur le tourisme sexuel. Dans le livre La mauvaise vie, l'actuel ministre confesse son penchant pour les "jeunes garçons" durant ses voyages.
En revanche, "si un député de gauche me traîne dans la boue, c'est une honte pour lui", a ajouté un peu plus tard le ministre de la Culture. Une réponse cette fois aux propos du porte-parole du PS, Benoît Hamon à son encontre. Ce dernier avait qualifié mercredi de "choquant" le livre publié en 2005 par Frédéric Mitterrand qui raconte des épisodes de tourisme sexuel, dénonçant un "ministre consommateur". "C'est bien dommage de pouvoir imaginer que des élus de gauche aillent rejoindre le Front national. Je dois dire que les bras m'en tombent", a déclaré Frédéric Mitterrand à quelques journalistes à l'issue d'une audition devant la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale.
La polémique enfle
Et le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, a volé au secours du ministre de la Culture. Trouvant lui aussi "choquant" que le porte-parole du PS "se situe sur le terrain" du FN, il a "dénoncé les propos tenus par Benoît Hamon et le FN. De la part du FN, cela nous surprend moins. De la part de Benoît Hamon, c'est beaucoup plus surprenant et tout aussi choquant". "Quand je vois le Parti socialiste, par la voix de son porte-parole, se situer aujourd'hui sur le terrain de l'extrême droite, franchement où va-t-on ?", a poursuivi Xavier Bertrand, depuis les couloirs de l'Assemblée. "Se servir de la vie privée des gens pour en faire des attaques politiques ou politiciennes, cela me rappelle les pires heures de l'histoire", selon le responsable UMP. "Cela n'a pas de nom. C'est une véritable honte. Le FN ne fait pas cela pas hasard", a-t-il insisté.
Le parti d'extrême-droite, qui a réclamé l'intervention de Nicolas Sarkozy, a lancé une pétition pour exiger la démission du ministre, en invoquant son livre-confession La mauvaise vie, publié en 2005, dans lequel ce dernier raconte des épisodes vécus de tourisme sexuel. La vice-présidente du FN, Marine Le Pen, a estimé que la présence de Frédéric Mitterrand "pose une tache indélébile sur l'ensemble du gouvernement", lors d'une intervention virulente lundi soir à la télévision, au cours de laquelle elle a lu des extraits de l'ouvrage.
Sur l'affaire Polanski, Mitterrand reconnaît "trop d'émotion"
La Première secrétaire du PS, Martine Aubry, s'est de son côté montrée prudente, précisant qu'elle n'avait pas lu le livre incriminé. "Je ne m'imagine pas un seul instant que Frédéric Mitterrand ait pu faire l'apologie du tourisme sexuel, je vais regarder ce qu'il en est", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse. "Je ne peux pas imaginer que celui qui est devenu notre ministre de la Culture ait fait cela."
Pour le député socialiste Patrick Bloche, le problème vient du fait que les propos de Frédéric Mitterrand sur Roman Polanski ont "immanquablement rappelé à certains ce qu'il a écrit". Le FN reproche en effet aussi au ministre de la Culture son soutien au cinéaste franco-polonais Roman Polanski, arrêté en Suisse, sur mandat américain, pour une affaire d'abus sexuels sur mineure remontant à plus de trente ans. Le 27 septembre, Frédéric Mitterrand avait jugé "absolument épouvantable" l'arrestation de Roman Polanski pour "une histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens". Le ministre s'en est aussi expliqué devant les élus. "Il y a eu peut-être trop d'émotion de ma part. J'avais eu la femme de Roman Polanski une heure avant au téléphone et j'étais un peu impressionné, ému par son sort", a-t-il raconté. "Aucun artiste n'est au-dessus des lois mais aucun artiste n'est au-dessous des lois et le fait d'être un très grand artiste de notoriété internationale, d'une capacité de réaction absolument admirable, entraîne aussi pour Roman Polanski une appréciation extrêmement vive de son statut et un danger de lynchage médiatique", a ajouté le ministre.
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