Jacques Chirac © REUTERSReportée pendant des années, la question d'un procès de l'ex-président Chirac, dans le dossier des emplois présumés fictifs de la mairie de Paris, se pose désormais avec acuité. Depuis l'annonce de son renvoi en correctionnelle, les Français ont été consultés sur la question : peut-on juger Jacques Chirac ? Le premier sondage (BVA pour M6) a montré dimanche qu'une large majorité des sondés (72%) estime que la "justice doit le poursuivre comme n'importe quel citoyen". Seuls 26% d'entre eux pensent que "la justice devrait le laisser tranquille, car ces histoires sont anciennes".
Emplois fictifs présumés : Chirac convoqué chez un juge
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L'ancien chef d'Etat, qui pourrait ainsi - une première dans l'histoire de la Ve République - se retrouver en tant que prévenu au tribunal, n'en engrange pas moins les soutiens. Le Figaro publie ainsi ce lundi une tribune d'un homme qui a longtemps travaillé avec lui : pour Frédéric Salat-Baroux, qui fut secrétaire général de la présidence de la République de 2005 à 2007, "rien ne serait pire pour Jacques Chirac qu'un appel du parquet" contre l'ordonnance de renvoi en correctionnelle signée par la juge d'instruction Xavière Simeoni. "Ce procès aurait mille fois pu être évité. Il est maintenant indispensable" et il faut qu'il "vienne et vienne vite", ajoute l'ancien secrétaire général de la présidence. Pourquoi indispensable ? Tout simplement pour que chacun des 21 emplois présumés fictifs reprochés à Jacques Chirac à l'époque où il était maire de Paris "soit passé au crible objectivement et sans le prisme de décennies d'amalgames et de campagnes de presse". Il s'agit donc de "purger des années de campagnes et de salissures".
"Trop tard"
Sa fille adoptive, Ahn Dao Traxel, n'en redoute pas moins un procès et a décidé d'abandonner sa discrétion habituelle : "Je trouve que c'est injuste et choquant", a-t-elle commenté ; "condamner cet homme serait injuste". Domiciliée à Boissy-la-Rivière, dans l'Essonne, elle a raconté avoir travaillé durant vingt ans, de 1980 à 2000, à la mairie de Paris comme agent de bureau, "sans jamais avoir bénéficié d'un passe droit alors qu'il (M. Chirac) aurait pu (lui) donner une fonction passe-partout de chargé de mission s'il l'avait souhaité". Ahn Dao Traxel, qui fait néanmoins "confiance à la justice dans cette affaire", a dit "partager l'avis de Ségolène Royal" selon laquelle "il a mérité d'être tranquille". Elle a mis en outre l'accent sur l'action de son père adoptif sur la scène internationale, citant notamment son refus à la guerre en Irak aux côtés des Américains.
Dimanche, Patrick Devedjian (Relance), qui fut son avocat, a estimé que le renvoi de Jacques Chirac n'était pas "une si bonne chose que ça", s'agissant "d'un président à la retraite et pour l'image de la France", même si cela donne "le sentiment que la justice est la même pour tous". Et tous, peu ou prou, qu'ils soient de droite ou de gauche, étaient partagés entre deux commentaires : "la justice doit être la même pour tous", et une reconnaissance de l'action internationale de l'ancien chef de l'Etat.
En estimant "normal et justifié" que Jacques Chirac "réponde de ses actes", Arnaud Montebourg (PS), un de ses principaux détracteurs, a ainsi jugé que c'était "trop tard". Et d'ajouter : l'ancien président "a rendu des services à la nation quoi qu'on pense de lui". "C'est une décision qui ne réjouit personne", a renchéri Pierre Moscovici (PS), mais "la justice doit être égale pour tous". "Il est normal que la justice soit la même pour tous", a commenté Chantal Jouanno (Ecologie). L'ancien ministre du budget de François Mitterrand, Michel Charasse, a été plus tranchant dans sa désapprobation de la décision, longtemps après les faits. Selon lui, elle risque de "porter atteinte à l'image de la France". Il a considéré aussi que l'action de Jacques Chirac n'avait "pas été indigne pour la République".
D'après agence
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