Pourquoi tant de haine ?

Par , le 16 novembre 2009 à 17h35 , mis à jour le 16 novembre 2009 à 18h26

Connu des socialistes depuis des mois, rendu public avec fracas le week-end dernier, le conflit d'intérêts entre Ségolène Royal et Vincent Peillon est déjà ancien. L'ex-candidate attendait le bon moment pour en découdre.

[Expiré] [Expiré] peillon royal © AFP/L.Bonaventure

"Vincent et Ségolène ont passé 72 heures à ne pas faire de la politique. Car la politique, c'est avant tout le registre du rationnel sur le passionnel, au-delà des inimitiés et des frustrations. Quand vous sombrez dans l'orgueil, autant faire autre chose". Ce commentaire désabusé lundi matin d'un parlementaire présent ce week-end à Dijon éclaire peut-être un peu l'origine de ce divorce spectaculaire entre les deux dirigeants socialistes, autrefois associés. Ce règlements de comptes à ciel ouvert aurait-il pris progressivement racine dans les rancoeurs mal enfouies, les haines sourdes ou plutôt dans une alliance mal engagée dès le départ ?  Comment souvent dans les conflits de personne, la vérité est un peu dans tout cela.

  • Peillon appelle Royal à la raison

    Au lendemain de la décision de l'ex-candidate à la présidentielle de l'écarter de la direction de son courant l'Espoir à gauche, Vincent Peillon a invité Ségolène Royal à "s'occuper de (ses) régionales.

    Publié le 18/11/2009 Peillon appelle Royal à la raison
  • Royal congédie Peillon qui refuse

    Après leur 'divorce' ce week-end, Ségolène Royal a annoncé mardi sur Canal+ avoir confié l'"animation" de son courant "Espoir à gauche" à un trio sans Vincent Peillon. Impossible, répond le débarqué.

    Publié le 17/11/2009 Royal congédie Peillon qui refuse
  • Peillon : "il n'y a pas de courant Royal"

    La querelle entre Vincent Peillon et Ségolène Royal se poursuit lundi. Elle a démarré ce week-end avec la venue impromptue de l'ancienne candidate à l'Elysée à une rencontre du centre-gauche organisée à Dijon par Vincent Peillon.

    Publié le 16/11/2009 Peillon : "il n'y a pas de courant Royal"
  • Royal-Peillon : divorce pas à l'amiable

    Rien ne va plus entre eux. Vincent Peillon a de nouveau dénoncé dimanche sur Canal+ la venue ultra-médiatique de Ségolène Royal qui s'est invitée la veille à Dijon. Et Ségolène Royal a de nouveau rétorqué.

    Publié le 15/11/2009 Royal-Peillon : divorce pas à l'amiable
  • L'auto-invitation de Royal qui fait râler Peillon... et Royal

    Comme annoncé sur son site, Ségolène Royal est venue samedi aux rencontres de Dijon. Au grand dam de son ex lieutenant, organisateur dudit rassemblement. Ce qui a énervé Ségolène Royal.

    Publié le 14/11/2009 L'auto-invitation de Royal qui fait râler Peillon... et Royal
Plus d'infos

 
Petit retour en arrière. L'association Royal-Peillon est conclue il y a plus d'un an lors de la préparation du congrès de Reims. L'un et l'autre mettent alors dans la corbeille de mariage des atouts complémentaires, le charisme médiatique pour l'une, la connaissance des arcanes du parti pour l'autre. Le courant l'Espoir à gauche (EAG) se constitue pour emporter une majorité dans le PS, autour de la motion de l'ex-candidate à la présidentielle. Mais déjà il y a un an, un malentendu vient gripper sérieusement l'accord entre Ségolène Royal et Vincent Peillon puisque ce dernier espérait occuper, après la victoire contre les amis de Martine Aubry, le poste de Premier secrétaire, la présidente de Poitou-Charentes ayant mis sa candidature "au frigidaire". "Peillon, Valls, Guérini et les autres s'étaient à l'époque servi de Ségolène pour s'emparer du parti mais le jour où, très calmement, avec le sourire, elle leur déclara qu'elle avait finalement décidé de briguer le poste de Première secrétaire, ils ne pipèrent mot et durent avaler leur première couleuvre", raconte un membre du courant.
 
Dès l'échec de leur motion digéré, les uns et les autres reprirent donc très vite leurs billes,  Manuel Valls créant son club pour préparer la primaire présidentielle, et Vincent Peillon s'attelant, en s'appuyant sur ses réseaux parlementaires, à l'organisation méthodique du courant l'Espoir à gauche. Son objectif désormais ?  Travailler à une majorité autour d'un projet rénové et d'une alliance avec le MoDem, et se tenir prêt à prendre la place de Martine Aubry si elle venait à échouer à la tête de Solférino. Par exemple lors du congrès de 2011 ou au lendemain d'un nouvel échec de la gauche en 2012.
 
"Elle s'est sentie trahie"
 
Touchée par sa défaite contre Martine Aubry, Ségolène Royal avait alors pris un peu de champ par rapport au courant qui l'avait soutenu. Lors de l'affaire des excuses à Zapettero en avril 2009, on vit alors Vincent Peillon commencer à prendre ses distances avec Ségolène Royal, affirmant publiquement qu'elle aurait "pu s'abstenir". Passé l'été, et de manière beaucoup plus claire, le député européen critique le 6 septembre sur Radio J dernier l'ex-candidate. Pour lui, «la façon de faire des uns et des autres n'est pas la bonne. Il serait heureux qu'on sorte de la Star Ac' et de cette pipolisation de la vie politique (...) A la fois Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal nous ont empêchés d'avoir un certain nombre de vrais débats», lançait-il. La rupture entre les deux anciens alliés était, de l'avis de leurs proches, consommée. "Ségolène en veut terriblement à Vincent, elle s'est senti trahie", entendait-on régulièrement dans la bouche des fidèles royalistes.
 
Le décor du psychodrame de Dijon était planté. Il ne fallait plus qu'une équation politique non résolue jusque là par l'ensemble des socialistes pour faire éclater la mèche : quelle place reste-t-il pour une ex-candidate à la présidentielle jusqu'en 2012 ? Elle est bien mince. Malmenée depuis quelques mois dans les sondages qui portent haut DSK, sans doutée préoccupée de voir François Hollande s'installer en prétendant à l'Elysée, gênée de constater la mainmise de Martine Aubry sur le parti, Ségolène Royal disparaissait progressivement du paysage socialiste. Elle se devait d'agir.

Avec le flair politique qu'ont peut lui connaître, elle a donc attendu la bonne fenêtre de tir pour "se payer Peillon",  comme l'affirme un cadre socialiste. "Affaibli par sa brouille avec Valls et le double jeu de Rebsamen et Bianco, Vincent n'a pas vu le coup arriver. Sa fureur ce week-end est un signe de fragilité. Sa tentative de construction d'une  ligne politique avec le MoDem et Europe-Ecologie pour concurrencer la direction du PS est mis à bas".

"Donner une claque à son fiston"

 
Même si elle n'en demandait pas tant, le culot incroyable dont a fait preuve Ségolène Royal à Dijon pour "recadrer" Vincent Peillon sert pourt le moment Martine Aubry. Elle affaiblit celui qui tend de plus en plus ouvertement la main aux amis de François Bayrou, et ce contre la stratégie de rassemblement à gauche définie par Solférino. Elle montre par contraste une maire de Lille calme et bosseuse, un profil qui peut rassurer une base militante de plus en plus décidée à en découdre avec Nicolas Sarkozy.

Ce week-end à Dijon, la présidente de Poitou-Charentes est venue "donner une claque à son fiston, devant ses amis, alors qu'il était en pleine surboum", pour reprendre l'image d'un haut responsable socialiste. Pas sûr que son image de femme passionnée, lyrique et inattendue ait gagnée ces dernières heures en présidentialité mais il est des moments en politique où seul l'irrationnel permet de rester dans le jeu. La présidentielle va arriver vite, dans deux ans et demi. La candidate Royal le sait, mieux que personne. 

Par Renaud Pila le 16 novembre 2009 à 17:35
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25 Commentaires

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  • l5e6o, le 17/11/2009 à 18h31

    Peillon, très mignon, n'est-ce-pas, veut être le chef peut-être. Car, qui sera le chef face à la propagande dégoulinante et promise du camp d'en face ? Parce qu'il va falloir un chef. A qui pense Peillon ? Ou à quoi ? 25 ans de sarkoland ? C'est ça qu'il veut pour nous ? Parce que là on est bien parti. Tranquille, faut juste continuer comme ça...

  • mberle, le 17/11/2009 à 15h38

    A ceci pres qu'il suffit de lire les commentaires dont elle est lobjet regulierement.. pour y reconaitre le sexisme apeine voile..et les propos ad hominen... la France est encore asses arrierer pour cela..il suffit de voir les autres cultures politique d'Europe.

  • r1o2g3e4r, le 17/11/2009 à 13h05

    Il n'y a pas d'acharnement matchiste concernant Ségolène Royale. Comme le dit legaulois560 l'acharnement est identique pour Nicolas Sarkosy. Parce qu'elle a obtenu un bon score a l'élection présidentielle, Ségolène Royal s'immagine que la moitié des français aurait aimé qu'elle soit Présidente de la République. Dans ce score, il y a tous ceux qui ont voté pour elle pour ne pas voté pour Sarkosy. C'est comme tous ceux qui ont voté pour Chirac pour ne pas voter Le Pen. Chirac n'aurait jamais obtenu un tel score s'il avait eu en face un socialiste. Ce qui est agaçant, c'est que tout le monde sait qu'elle ne sera jamais Présidente de la République sauf elle. Et en insistant, aucune possibilité d'alternance ne verra le jour. Je suis apolitique. Je l'ai déjà dit et je le répète. Mais bon, je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas de repproche à une femme politique et qu'on en ferait à un homme politique. Il ne s'agit pas de matchisme mais d'égalité des sexes. Depuis le temps que les femmes le demande! Mais çà ne va pas que dans un sens.

  • mberle, le 17/11/2009 à 11h59

    Tout a fait daccord cher Gaulois de Comines..mais celui ci na rien a voir avec la matchisme !

  • r1o2g3e4r, le 17/11/2009 à 10h06

    Je dirais même plus. Le peuple se désagrége.

  • jpc78, le 17/11/2009 à 09h05

    La " blanche colombe" est revenue vers son clocher ! et c'est le "bordel" comme d'habitude chez ces gens là ! A quel moment ils comprendront "tous" qu'il faut mettre fin à la sanglante bataille des "égos" et se mettre au boulot pour offrir un "jour peut etre"un alternance crédible ! pendant ce temps là le peuple se désespère et attend........................ JPC78

  • gegeclermont, le 17/11/2009 à 08h44

    Quel beau parti socialiste ! Ils se bouffent tous le nez entre eux. Il faut qu'ils se séparent selon leur sensibilité. Comment les centre-gauche(vals-peillon) peuvent-ils s'entendre avec les gauche-gauche (hamon-emmenuelli) C'est impossible et leur programme ne peut pas voir le jour avec l'accord de tous ces adversaires. Ils n'ont pas de chef écouté de tous et imposant son charisme. C'est un parti sans tête

  • legaulois560, le 17/11/2009 à 07h46

    Et l'acharnement obsessionnel des gens de gauche à l'égard de Nicolas Sarkosy à longueur d'année est-ce également une métaphore?

  • mberle, le 17/11/2009 à 03h34

    (rectificatif) .. " qui ne peut que resister a l'assaut ... " '(Merci)

  • mberle, le 17/11/2009 à 02h15

    @a1.2.c...L'expression..une "faute" ou un" crime" inexpugnable.. precisement veut dire..qui ne peut resister a " l'assaut " du pardon ou de la "compassion" ..cela s'appelle une metaphore... Et part ailleur l'acharnement presque obsessionnel dont avec beaucoup d'autre vous faites preuve quant a la personne de Segolene Royal..vous eloignes totalememt du terrain ou ce situe le debat .. a savoir celui des idees. Mais peut etre etes vous un peu "mal comprenant " ?.. et cela voyez vous..c'est aussi une "metaphore"...

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