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Pourquoi tant de haine ?

Par Renaud PILA, le 16 novembre 2009 à 17h35, mis à jour le le 16 novembre 2009 à 18:26

Connu des socialistes depuis des mois, rendu public avec fracas le week-end dernier, le conflit d'intérêts entre Ségolène Royal et Vincent Peillon est déjà ancien. L'ex-candidate attendait le bon moment pour en découdre.

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Vincent Peillon et Ségolène RoyalVincent Peillon et Ségolène Royal en novembre 2008

"Vincent et Ségolène ont passé 72 heures à ne pas faire de la politique. Car la politique, c'est avant tout le registre du rationnel sur le passionnel, au-delà des inimitiés et des frustrations. Quand vous sombrez dans l'orgueil, autant faire autre chose". Ce commentaire désabusé lundi matin d'un parlementaire présent ce week-end à Dijon éclaire peut-être un peu l'origine de ce divorce spectaculaire entre les deux dirigeants socialistes, autrefois associés. Ce règlements de comptes à ciel ouvert aurait-il pris progressivement racine dans les rancoeurs mal enfouies, les haines sourdes ou plutôt dans une alliance mal engagée dès le départ ?  Comment souvent dans les conflits de personne, la vérité est un peu dans tout cela.


 
Petit retour en arrière. L'association Royal-Peillon est conclue il y a plus d'un an lors de la préparation du congrès de Reims. L'un et l'autre mettent alors dans la corbeille de mariage des atouts complémentaires, le charisme médiatique pour l'une, la connaissance des arcanes du parti pour l'autre. Le courant l'Espoir à gauche (EAG) se constitue pour emporter une majorité dans le PS, autour de la motion de l'ex-candidate à la présidentielle. Mais déjà il y a un an, un malentendu vient gripper sérieusement l'accord entre Ségolène Royal et Vincent Peillon puisque ce dernier espérait occuper, après la victoire contre les amis de Martine Aubry, le poste de Premier secrétaire, la présidente de Poitou-Charentes ayant mis sa candidature "au frigidaire". "Peillon, Valls, Guérini et les autres s'étaient à l'époque servi de Ségolène pour s'emparer du parti mais le jour où, très calmement, avec le sourire, elle leur déclara qu'elle avait finalement décidé de briguer le poste de Première secrétaire, ils ne pipèrent mot et durent avaler leur première couleuvre", raconte un membre du courant.
 
Dès l'échec de leur motion digéré, les uns et les autres reprirent donc très vite leurs billes,  Manuel Valls créant son club pour préparer la primaire présidentielle, et Vincent Peillon s'attelant, en s'appuyant sur ses réseaux parlementaires, à l'organisation méthodique du courant l'Espoir à gauche. Son objectif désormais ?  Travailler à une majorité autour d'un projet rénové et d'une alliance avec le MoDem, et se tenir prêt à prendre la place de Martine Aubry si elle venait à échouer à la tête de Solférino. Par exemple lors du congrès de 2011 ou au lendemain d'un nouvel échec de la gauche en 2012.
 
"Elle s'est sentie trahie"
 
Touchée par sa défaite contre Martine Aubry, Ségolène Royal avait alors pris un peu de champ par rapport au courant qui l'avait soutenu. Lors de l'affaire des excuses à Zapettero en avril 2009, on vit alors Vincent Peillon commencer à prendre ses distances avec Ségolène Royal, affirmant publiquement qu'elle aurait "pu s'abstenir". Passé l'été, et de manière beaucoup plus claire, le député européen critique le 6 septembre sur Radio J dernier l'ex-candidate. Pour lui, «la façon de faire des uns et des autres n'est pas la bonne. Il serait heureux qu'on sorte de la Star Ac' et de cette pipolisation de la vie politique (...) A la fois Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal nous ont empêchés d'avoir un certain nombre de vrais débats», lançait-il. La rupture entre les deux anciens alliés était, de l'avis de leurs proches, consommée. "Ségolène en veut terriblement à Vincent, elle s'est senti trahie", entendait-on régulièrement dans la bouche des fidèles royalistes.
 
Le décor du psychodrame de Dijon était planté. Il ne fallait plus qu'une équation politique non résolue jusque là par l'ensemble des socialistes pour faire éclater la mèche : quelle place reste-t-il pour une ex-candidate à la présidentielle jusqu'en 2012 ? Elle est bien mince. Malmenée depuis quelques mois dans les sondages qui portent haut DSK, sans doutée préoccupée de voir François Hollande s'installer en prétendant à l'Elysée, gênée de constater la mainmise de Martine Aubry sur le parti, Ségolène Royal disparaissait progressivement du paysage socialiste. Elle se devait d'agir.

Avec le flair politique qu'ont peut lui connaître, elle a donc attendu la bonne fenêtre de tir pour "se payer Peillon",  comme l'affirme un cadre socialiste. "Affaibli par sa brouille avec Valls et le double jeu de Rebsamen et Bianco, Vincent n'a pas vu le coup arriver. Sa fureur ce week-end est un signe de fragilité. Sa tentative de construction d'une  ligne politique avec le MoDem et Europe-Ecologie pour concurrencer la direction du PS est mis à bas".

"Donner une claque à son fiston"

 
Même si elle n'en demandait pas tant, le culot incroyable dont a fait preuve Ségolène Royal à Dijon pour "recadrer" Vincent Peillon sert pourt le moment Martine Aubry. Elle affaiblit celui qui tend de plus en plus ouvertement la main aux amis de François Bayrou, et ce contre la stratégie de rassemblement à gauche définie par Solférino. Elle montre par contraste une maire de Lille calme et bosseuse, un profil qui peut rassurer une base militante de plus en plus décidée à en découdre avec Nicolas Sarkozy.

Ce week-end à Dijon, la présidente de Poitou-Charentes est venue "donner une claque à son fiston, devant ses amis, alors qu'il était en pleine surboum", pour reprendre l'image d'un haut responsable socialiste. Pas sûr que son image de femme passionnée, lyrique et inattendue ait gagnée ces dernières heures en présidentialité mais il est des moments en politique où seul l'irrationnel permet de rester dans le jeu. La présidentielle va arriver vite, dans deux ans et demi. La candidate Royal le sait, mieux que personne. 

le 16 novembre 2009 à 17:35
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