© AFPOlivier Besancenot est-il le facteur jovial que les Français ont découvert en 2002 sur leurs écrans ? Non. Encourage-t-il l'ouverture de l'extrême-gauche aux nouvelles tendances de la société ? Non. Souhaite-t-il l'arrivée de la gauche au pouvoir ? Non. Nicolas Sarkozy combat-il vraiment le porte-parole du NPA ? Encore moins. Dans sa dernière enquête, Renaud Dély souhaite comme souvent, arguments à l'appui, remettre certaines pendules à l'heure. Et il s'attaque cette fois-ci à "la tête de gondole du trotskisme", le séduisant Olivier Besancenot. Au fil de ses pages, il nous fait découvrir une personnalité beaucoup plus ambigüe que le sourire qu'elle arbore souvent sur les plateaux télé. Mieux, il nous présente un dirigeant politique avec qui Nicolas Sarkozy aurait conclu une alliance objective, et ce sur le dos de la gauche réformiste.
Régionales : il va "mouiller sa chemise"
Olivier Besancenot annonce mercredi qu'il conduira la liste du Nouveau parti anticapitaliste pour les élections régionales en Ile-de-France en mars prochain.
Publié le 20/01/2010
C'est un "révolutionnaire à visage peu humain" que nous présente d'abord le directeur-adjoint de la rédaction de Marianne. Exemples à l'appui. Au début des années 90, Olivier Besancenot, à peine 20 ans, assiste, désabusé, à la main tendue par la LCR à quelques responsables socialistes, communistes ou écologistes en déshérence après le retour de la droite au pouvoir. L'idée de voir alors ses camarades accueillir des "sociaux-traîtres" l'insupporte. Il regarde alors du côté de Lutte Ouvrière, l'autre organisation trotskiste menée d'une main de fer par Arlette Laguiller. Mais LO est trop hermétique aux questions de société et notamment à la cause antiraciste à laquelle le jeune Besancenot est très attaché. Le ralliement ne se fera donc pas, de peu, mais la révélation de cet épisode montre déjà "sa stratégie sans concession aucune à l'endroit de quiconque pourrait être suspecté de s'éloigner d'une certaine idée de la pureté révolutionnaire..."
L'épisode Jean-Marc Rouillan
Cette pureté révolutionnaire, on la retrouve en 2000 lors d'un vote d'abstention de la LCR au parlement européen sur une étude de faisabilité de la taxe "Tobin". Alors jeune assistant parlementaire du député européen Alain Krivine, Olivier Besancenot est à l'origine de ce refus. Faire cause commune avec les réformistes de gauche est pour lui pire qu'une démarche altermondialiste. Cette erreur tactique jeta le trouble à l'époque, jusque dans les rangs même de l'organisation trotskyste.
Et puis plus récemment, il y a l'épisode Jean-Marc Rouillan. Un déjeuner avec l'ex-leader d'Action directe en juin 2008 et surtout le soutien qu'il lui apporte après son interview dans L'Express où il ne renie rien de ses crimes passés contre le PDG de Renault Georges Besse. «Olivier Besancenot voit dans cette attitude provocatrice un moyen de peaufiner la spécificité du NPA, parti pas comme les autres car radicalement antisystème », analyse Renaud Dély.
Dans son essai volontiers provocateur, le journaliste regarde « Olivier Le Pen ou Marine Besancenot » à travers le prisme d'une stratégie identique : « apporter quelques aménagements cosmétiques, une petite touche plus glamour, un visage un peu plus présentable, plus fréquentable, mais ne rien changer au fond du programme ». Le NPA ou le FN changeraient juste d'emballage avec un produit idéologique maintenu intact.
"Des jumeaux médiatiques"
Il est une autre comparaison dans le livre, beaucoup plus longuement argumentée, « cette improbable parenté » mise en lumière par Renaud Dély. Entre un chef de l'Etat de droite et le leader d'une organisation trotskyste. « La gémélité politique de Sarkozy et Besancenot saute aux yeux (...), pour l'auteur. Deux enfants terribles de cette drôle d'époque dans laquelle est entrée la politique, deux garnements qui ne respectent guère la tradition, deux rebelles qui méprisent une Histoire qu'ils ne connaissent pas, bref, deux affranchis ». Et cette « drôle d'époque », le directeur-adjoint de la rédaction de Marianne ne semble guère la goûter, plus enclin à analyser la politique qu'à faire buzzer la pipolitique.
Il présente Nicolas Sarkozy et Olivier Besancenot comme "des jumeaux médiatiques", "des artistes de la tchatche", "des fabricants d'histoire à voter les yeux fermés". "Raconter les faits divers avec des sanglots dans la voix" pour le locataire de l'Elysée, "description des luttes dans son bureau de Poste des Hauts-de-Seine" pour Olivier Besancenot, ces deux "petits bruns qui s'agitent" seraient des as du storytelling qui ont besoin, tous comptes faits, l'un de l'autre pour nourrir leurs ambitions secrètes.
Vous l'aurez compris, sa charge contre Nicolas Sarkozy et Olivier Besancenot relève d'une critique non dénuée d'humour contre un « vrai couple de faux ennemis ». Si l'auteur ne remet pas en cause la sincérité de ses convictions, il voit dans le leader du NPA l'un des meilleurs auxiliaires du président. Et ce dernier ne s'en cacherait pas à en croire une anecdote rapportée en juin 2008 et citée dans l'ouvrage. « Avec Besancenot, je vais vous faire chier pendant 20 ans, comme vous avez emmerdé la droite avec le Front national », aurait expliqué Nicolas Sarkozy à François Hollande dans l'avion qui le ramenait de Beyrouth avec les chefs de partis. Et pour mettre en valeur son meilleur ennemi, le chef de l'Etat utilise, selon l'auteur, la ficelle de sondages permettant à certains médias de titrer régulièrement : « Besancenot s'installe en concurrent du PS ».
Dans ce texte au style enlevé, Renaud Dély poursuit son travail de décryptage de la scène politique française. Avec en filigrane un souhait, assumé, que l'électeur de gauche puisse voter lors des prochains scrutins les yeux ouverts.
Besancenot, l'idiot utile du sarkozysme. Renaud Dély. Editions Bourin éditeur, 19 euros.
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Régionales : il va "mouiller sa chemise"
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