© AFP / M. DaniauGonneville-sur-Mer, avec son calme, ses champs, et ses quelque 600 habitants (581 en l'an de grâce 2006, pour être précis, dont une bonne moitié de résidents secondaires) n'avait rien, en apparence, pour se retrouver au coeur d'une polémique. Rien... si ce n'est un portrait, trônant en bonne place dans la salle des mariages de la mairie de cette paisible bourgade du Calvados : un portrait du maréchal Pétain. Il aurait pu encore longtemps y prendre la poussière, s'il n'avait été remarqué par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA). Laquelle a saisi le préfet de la région Basse-Normandie pour faire disparaître le fameux portrait des murs du bâtiment officiel.
Statut des juifs en 1940: le texte original accablerait Pétain
Le document original vient d'être authentifié: pour ses découvreurs, il est annoté de la main du maréchal, qui renforce les mesures antisémites. Il a été remis au Mémorial de la Shoah à Paris.
Publié le 03/10/2010
Mais voilà : le maire ne veut pas. Interrogé début janvier, l'élu sans étiquette de la commune, Bernard Hoyé, en place depuis 2008, avait indiqué qu'il refusait d'ôter le portrait litigieux, soulignant que celui-ci était présent depuis "des décennies", que lui-même n'était "pas historien" et n'avait pas "à prendre parti". Et depuis le début de l'affaire, le préfet s'est efforcé sans succès de lui faire entendre raison en lui suggérant amicalement de décrocher le portrait en question.
"Philippe Pétain n'a jamais été Président"
Il a donc fallu passer à l'étape supérieure. D'où cette lettre en forme d'injonction expédiée en fin de semaine : "Je vous demande fermement de procéder au retrait immédiat du portrait de Philippe Pétain de la galerie de portraits présente dans votre mairie", y écrit le préfet de région, Christian Leyrit. "Ce portrait ne saurait (...) figurer aux côtés des portraits officiels affichés dans une mairie, lieu hautement symbolique de la République".
Dans cette missive datée du 21 janvier, le préfet rappelle que "Philippe Pétain, fondateur et chef du régime de Vichy, n'a jamais été Président de la République. Par ailleurs, poursuit-il, l'ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légalité républicaine a expressément constaté la nullité non seulement de tous les actes de l'autorité de fait se disant "gouvernement de l'Etat français" dont fait partie l'acte d'autoproclamation du 11 juillet 1940, mais également de tous les actes postérieurs au 16 juin 1940 jusqu'au rétablissement du gouvernement provisoire de la République Française".
"Une polémique intolérable"
Rappelant que le régime de Vichy a "permis ou facilité la déportation à partir de la France de personnes victimes de persécutions antisémites", le préfet souligne aussi "le principe de neutralité des services publics". Aussi, "ce portrait (...) ne saurait figurer aux côtés des portraits officiels affichés dans une mairie, lieu hautement symbolique de la République", argumente le représentant de l'Etat.
Dans une réaction à l'injonction faite au maire de Gonneville, la LICRA "déplore que, quelques mois après les cérémonies marquant le 65e anniversaire du débarquement allié, le préfet de Basse-Normandie ait été contraint de donner des leçons d'histoire et de droit au maire d'une commune normande. L'association demande instamment au maire de mettre définitivement fin à cette polémique intolérable en retirant ce portrait et de laver l'affront ainsi porté à la mémoire des victimes de persécutions antisémites de Pétain, des résistants et des combattants alliés".
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Statut des juifs en 1940: le texte original accablerait Pétain
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