Gisèle Chaleyat chez elle © A.Ga.Elle pourrait enchaîner parties de belote, tricots et thés à 5 heures avec ses amies. On le lui dit, elle sourit. Les yeux malicieux, la tête en arrière, les doigts jouant avec son collier de perles. "Certes, certes..." Non, décidément, à 92 ans dont ne témoigne que sa carte d'identité, Gisèle Chaleyat préfère aller, dès qu'elle le peut, distribuer des tracts au nom des Verts, dont elle est l'une des fondatrices, sur les marchés parisiens. Avec son chapeau aux tons des prairies irlandaises et son écharpe vert d'eau, à répéter à l'envi : "Nous ne sommes pas indispensables mais nous sommes utiles" en espérant faire mouche pour ces régionales. Lors des municipales de 2008, elle était encore présente sur la liste des Verts dans le 1er arrondissement de Paris. "Les Verts, c'est une partie de moi-même", dit-elle comme un résumé de sa vie.
Aujourd'hui militante parmi les plus âgées, Gisèle Chaleyat est une écolo de la première heure, une "écolo avant les Verts", s'amuse-t-elle. Pourtant, "je n'étais pas une Amie de la Terre...", précise-t-elle. A l'origine de son engagement politique : le féminisme. Flash-back : Marseille, dans les années 60. Gisèle Chaleyat, professeure à l'école de commerce, est confrontée de plein fouet au machisme ambiant. Peu de femmes sont cadres et les filles diplômées ont peu de débouchés comparé à leurs homologues masculins. "Un jour : un directeur commercial m'a dit à propos de l'une des mes élèves : 'Ah, elle va faire des enfants, je vais donc la payer moins. Oui, carrément !", raconte Gisèle Chaleyat, toujours offusquée 40 ans après. Ces réflexions l'horripilent à en interpeller, en pleine réunion, le maire de l'époque Gaston Defferre.
"Ils sont moins machos qu'ailleurs"
1973. Gisèle Chaleyat, veuve depuis ses 30 ans, monte à Paris, ses deux filles sous le bras. Dans ses bagages, cette idée omniprésente que les femmes n'ont pas assez leur place dans la société. La voila "embrigadée" chez les féministes à militer pour l'augmentation du nombre de femmes au Parlement. Pour être plus efficace, ces suffragettes doivent se rapprocher d'un parti. Va pour les écolos parce qu'"ils sont moins machos qu'ailleurs... A condition de les surveiller", raconte Gisèle Chaleyat, toujours amusée.
Bien droite dans son fauteuil, elle continue de raconter ses années de combat. Elle s'excuse d'oublier un peu les dates. Qu'importe, l'essentiel y est : l'engagement, les actions, la passion. "On était toujours sur le terrain", se délecte-t-elle. Son plus grand souvenir ? Etre étendue place de la Bastille pour protester contre le nucléaire. Gisèle Chaleyat aime raconter son parcours et ça se voit. Elle vous ressort ses photos avec Henry Cartier-Bresson, son "ami" René Dumond, vous donne des tracts d'Europe Ecologie, insiste pour vous prêter une biographie de Germaine Poinso-Chapuis, première Française ministre de plein exercice.
"Pauvre Martine"
Aujourd'hui, elle espère que la gauche, Europe Ecologie en tête chez qui elle compte de nombreux amis, fera un bon score pour freiner Nicolas Sarkozy. Le président l'exaspère. "Bon sang ! Ce désir de paraître, de mettre la main sur tout et de vouloir tout changer... C'est épouvantable ! Quelle régression terrible de la démocratie..." Elle voue une admiration sans borne à Simone Veil et plaint cette "pauvre Martine". "Même maintenant pour s'imposer chez les hommes, aïe, aïe, c'est pas gagné". Comme anecdote, elle raconte que dans les statuts des Verts, il était inscrit "parité si possible". "Et bien, on a mis 10 ans pour faire supprimer le 'si possible'. Vous vous rendez-compte !"
Malgré tout, elle se félicite du chemin parcouru du côté de l'écologie comme du féminisme. A quoi le voit-elle ? Aux réactions des gens sur les marchés, ces sempiternels marchés. "On m'a longtemps insultée comme féministe à base de 'va donc repriser les chaussettes de ton mari', se souvient-elle. Aujourd'hui, personne n'oserait me dire une telle chose". Même constat pour le combat pour la planète. "Avant, les personnes nous accueillaient ironiques en nous demandant si on voulait revivre comme l'homme de Cro-Magnon. Aujourd'hui, ils nous disent bravo..." Gisèle Chaleyat vous regarde, la moue fière, heureuse, satisfaite. Et puis, elle a cette phrase prononcée d'un ton plus bas. "Il faut s'engager. S'engager, c'est faire quelque chose d'utile.... Quel que soit le parti".
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