L'objet à la Une : l'urne

Par Dominique LOEILLET, le 13 mars 2010 à 10h52 , mis à jour le 13 mars 2010 à 11h09

Depuis l'Antiquité grecque jusqu'à notre XXIe siècle numérique, l'urne accompagne les hommes dans leur désir de démocratie et de justice. Mais sa forme actuelle - ou presque - remonte à peine à la fin du XIXe siècle.

urne vote scrutin élection municipales cantonalesImage d'archives © LCI

Depuis le 1er janvier 1991, les urnes électorales françaises doivent être transparentes. Autant, en principe que doit l'être le scrutin. L'article L63 du code électoral stipule également que cette urne n'a qu'une ouverture destinée à laisser passer l'enveloppe contenant le bulletin de vote et doit, avant le début du scrutin, avoir été fermée par deux serrures dissemblables. Les clefs restent, l'une dans les mains du président du bureau de vote, l'autre dans celles d'un assesseur tiré au sort.

L'histoire de l'urne électorale est indissociable de celle de l'avènement de la démocratie. Le secret du vote était déjà une préoccupation dans la Grèce antique. Les jurés de l'Héliée votaient avec des jetons de bronze munis d'une tige centrale, creuse pour les condamnations, pleine pour les acquittements. Ils tenaient les jetons entre le pouce et l'index de manière à en dissimuler le centre, déposaient celui qui correspondait à leur vote dans une urne en bronze et jetaient l'autre dans une boîte en bois.

"Un homme, une voix"

Pendant la Révolution française, les partisans du "vote écrit" l'emportent sur ceux du "vote à haute voix". Le vote par bulletins ne garantit pas pour autant le secret car le citoyen-électeur est souvent analphabète. Il dépendait alors des scrutateurs ayant prêté le serment "de bien remplir leurs fonctions et de garder le secret", pour remplir son bulletin. Qu'il l'ait ou non rédigé lui-même, le votant devait ensuite déposer "ostensiblement" le bulletin dans l'urne (boîte quelconque ou vase) placée devant le président en jurant qu'il avait fait son choix en son âme et conscience.
 
En 1872, l'Angleterre institue le "Secret Ballot Act", le scrutin à bulletin secret. La petite ville de Pontefract, dans le Yorkshire, s'illustre alors en inventant la "ballot box" (boîte en bois munie d'une fente pour glisser le bulletin). L'urne est scellée au réglisse (l'une des spécialités locales) afin d'éviter toute manipulation frauduleuse. Le maire en personne s'occupe du dépouillement, ce qui lui prend plus de trois heures. Le scrutin gagne en sérénité ce qui n'est pas sans décevoir la population car auparavant, les journées électorales étaient l'occasion de beuveries et de bagarres.

Secret et démocratie

Il faut attendre la loi du 29 juillet 1913, "ayant pour objet d'assurer le secret et la liberté du vote ainsi que la sincérité des opérations électorales", pour voir apparaître dans la France de la IIIe République l'enveloppe, l'urne et l'isoloir.
 
En France, le suffrage de plus en plus universel (étendu à tous les hommes en 1848 et enfin aux femmes en 1944) a rendu plus complexe l'organisation des élections. Même si l'abstention a tendance à augmenter, le droit de vote reste un élément essentiel de la citoyenneté. Le bureau de vote dans un préau d'école, avec ses urnes et ses isoloirs, son président et ses assesseurs, reste un des symboles de la République.

Par Dominique LOEILLET le 13 mars 2010 à 10:52
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1 Commentaires

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  • sambrest, le 13/03/2010 à 13h43

    Ce dimanche et le prochain, que les urnes se remplissent jusqu'à exploser!

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