Copé et Chatel en octobre 2009 © AbaccaCopé fait son rassemblement
Le patron du groupe UMP réunit ses troupes à Maussanne, dans les Bouches-du-Rhône. Il entend faire de son club Génération France le pivot de la prochaine campagne présidentielle.
Publié le 09/07/2010
Chez Jean-François Copé, point de discours moral. D'ailleurs, le député-maire de Meaux n'est pas du genre à philosopher pendant des heures. L'homme est pressé et beaucoup plus ambitieux que ses homologues européens qui sont dans la salle. Il leur propose donc ce jour là de transformer son « club des 27 » en think-tank. Objectif, formuler bientôt des propositions, notamment sur cinq thèmes qu'il avait en tête : la gouvernance, la crise financière, l'emploi, l'agriculture et l'énergie. « Nous avons commencé à 18 il y a deux ans, nous sommes 27,'' se réjouit Jean-François Copé qui a convaincu son homologue allemand de recevoir le club à Berlin l'an prochain. Après son club Génération France, il se construit donc son « Génération Europe », nouvelle boîte à idées qu'il entend bien faire prospérer.
« Donner une impulsion à l'axe franco-allemand »
Avec la crise grecque qu'il qualifie de « très, très grave », Jean François Copé considère que l'Union européenne a "un rendez-vous majeur de gouvernance économique". "Si nous voulons y arriver, car je pense que la France sera l'un des moteurs de cette démarche, affirme-t-il, il nous faudra aussi, nous Français, donner des gages en matière de réformes structurelles, notamment celle des retraites, de réduction des déficits et dans une réflexion plus globale sur les moteurs de croissance". Critiquant entre les lignes la politique européenne de Nicolas Sarkozy, il affirme depuis quelques jours qu'il faut "donner une impulsion supplémentaire à l'axe franco-allemand". Et de laisser entendre en privé que la France doit maintenant retrouver une meilleure discipline budgétaire pour retrouver la confiance de son partenaire allemand.
Mais c'est sur "les moteurs de la croissance" que le patron du groupe UMP va accentuer son discours ces prochains mois. Pour lui, c'est clair : le modèle allemand est meilleur que celui de la France dans la nouvelle mondialisation. Fondé sur l'exportation (40% du PIB, 2 fois plus qu'en France), il oblige, selon lui, les entreprises à être toujours en mouvement car organisés pour la conquête de marchés extérieurs. « Notre croissance est fondé, elle, sur l'importation, la consommation et la dépense publique. Cela ne peut pas continuer indéfiniment », s'alarme-t-il.
Pour une autre croissance française
Cet appel à une réorientation de l'économie sonne comme un constat plutôt sévère de la politique économique suivie par Nicolas Sarkozy depuis 2007. En mars pourtant, Christine Lagarde déclarait dans le Financial Times ne « pas être sûre » que le modèle allemand tourné vers l'exportation « soit un modèle viable à long terme et pour l'ensemble de la zone euro ». Deux partitions différentes donc. Ce thème d'une autre croissance française, Jean-François Copé entend l'aborder plus longuement en septembre lors d'un colloque. Mais n'allez pas lui parler de la prochaine présidentielle, vous n'aurez toujours droit au mieux qu'à un petit sourire distancié...
Le patron du groupe UMP trace en réalité sa route, avec deux rendez-vous en tête. L'un qu'il affiche : faire gagner la droite en 2012. L'autre qu'il prépare méthodiquement : son combat de 2017. Et pour cela, il veut progressivement incarner, assumer des choix qui le différencient de l'UMP sarkozyste. Ce fut le cas depuis des mois avec la volonté martelée sur toutes les ondes de faire interdire totalement le voile intégral sur le territoire français. Il aura fallu la débâcle aux régionales pour que Nicolas Sarkozy se rallie finalement à sa position. « Une victoire sur le fond, affirme son entourage, c'est tout sauf un coup ». Un premier marqueur identifiant en effet pour le patron du groupe UMP qui réalise parallèlement une bonne opération tactique.
Ainsi si la loi passe, il apparaîtra comme son initiateur. Mais si la loi ne peut aboutir, par exemple à cause d'une censure, il pourra toujours affirmer qu'il a été le premier à entendre une opinion favorable à cette interdiction. Les moteurs de la croissance, c'est certes bien moins spectaculaire que le débat incandescent sur la burqa mais la petite musique copéiste n'a pas fini de titiller les oreilles des dirigeants de l'UMP. La majorité a désormais sa droite plurielle.
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