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Les retraites en Commission : twitter ou pas ?


le 20 juillet 2010 à 10h07
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Le site Twitter (capture d'écran). / Crédits : Twitter/DR

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PolitiqueLe projet de loi sur les retraites est discuté en Commission des Affaires sociales. Le huis clos devait être respecté puisque les députés " live-twitters " n'y seront pas... mais le PS s'y est mis.

« Quand je suis dans une réunion maintenant, ils regardent si j'allume ou pas mon ordinateur ». Ils ?  Ce sont les collègues parlementaires du député Lionel Tardy, mais surtout les huissiers. Ces mêmes huissiers qui le 30 juin dernier lui ont demandé d'arrêter de « live-twitter » l'audition à huis clos de Domenech et d'Escalettes devant la Commission des Affaires culturelles de l'Assemblée. Il faut dire que ce chef d'entreprise geek n'en était pas à sa première réunion twitée, au nom de la publicité des débats parlementaires. Il en a fait son cheval de bataille. « Twitter m'a permis de soulever médiatiquement ce problème de transparence des travaux parlementaires, lors de l'audition Escalettes/Domenech : c'était le but ! Malheureusement, on revient à la case départ ! », écrit-il sur son blog en début de semaine, très agacé.
 
La case départ ?  C'est pour lui la réunion de la Commission des Affaires sociales cette semaine avec au menu la réforme des retraites, et le tout à huis clos. Un huis-clos décidé par le président de cette Commission, Pierre Méhaignerie, comme il en a constitutionnellement le pouvoir. « Les députés sont plus directs et plus naturels si les débats ont lieu à huis clos », expliquait-il au quotidien Le Parisien lundi. Ce député UMP chevronné redoute, comme d'autres de ses collègues, un effet de théâtralisation si les échanges se font en présence de nombreux journalistes, chacun y allant de sa petite phrase ou de sa volonté d'obstruction puisqu'il se sait sur la scène médiatique. Traditionnellement, les travaux en commission ont toujours été à huis clos, garantie alors d'un travail plus sérieux et approfondi que dans l'hémicycle.  « Cette décision est scandaleuse et antidémocratique » réagit Lionel Tardy. Et de s'appuyer sur une argumentation qui repose sur la réforme constitutionnelle voulue l'an dernier par le chef de l'Etat.
 
Réfutant toutes les critiques sur des coups de buzz d'autopromotion (« je ne twitte pas depuis l'Elysée » précise-t-il, visant son collègue Yannick Favennec), ce député de Haute-Savoie explique à TF1 News que « désormais ce qui se passe dans les commissions parlementaires est primordial dans l'élaboration de la loi. Avant la réforme, c'était le projet de loi du gouvernement qui arrivait en discussion dans l'hémicycle. Désormais, c'est le texte discuté et modifié par les amendements en commission. Les débats de cette semaine concernent donc tout le monde et ne peuvent demeurer à huis clos. Sur les retraites, tout va se décider là ! » 
 
« C'est Bernard Accoyer qui a levé les brouilleurs »

A la présidence de l'Assemblée nationale, on est bien conscient des changements apportés par la révision constitutionnelle même si l'on n'entend pas laisser certaines pratiques désorganiser le travail parlementaire. « Le président de l'Assemblée a beaucoup fait pour le numérique depuis son arrivée, explique à TF1 News l'entourage de Bernard Accoyer, mais il ne faut pas que l'utilisation de twitter ne respecte pas certaines règles de travail en commun. La question sera abordée lors du bureau de l'Assemblée à la rentrée. » Si rien n'est encore décidé, un rappel du règlement et de la bonne conduite semble plus probable que des décisions plus radicales comme la mise en place de brouilleurs dans les réunions, lesquels empêcheraient les uns les autres d'utiliser internet. « C'est Bernard Accoyer qui a levé les brouilleurs pour permettre aux députés de recevoir et d'envoyer des sms depuis l'hémicycle », fait ainsi remarquer son entourage.
 
Les députés qui live-twittent les réunions parlementaires se comptent sur les doigts d'une main à l'Assemblée et aucun n'est membre de la Commission des Affaires sociales. Ces trois jours de débat sur les retraites devaient donc normalement voir le huis clos respecté mais en réalité, quelques députés socialistes tels que Gaetan Gorce ou Jean-Marc Ayrault ont finalement décidé de twitter la réunion.  

 « C'est grotesque », commentait lundi soir Lionel Tardy qui confiait à TF1 News son souhait d'écrire immédiatement au président de l'Assemblée et au président de la Commission Pierre Méhaignerie.  « Même si je n'en fais pas partie donc je ne peux pas voter les amendements, j'aurais pu assister aux travaux de cette Commission mais la session s'est officiellement arrêtée le 13 juillet et j'ai des impératifs dans ma circonscription cette semaine. On a été prévenus trop tard », se plaint-il.
 
Le débat sur twitter et le huis clos en commissions pourrait toutefois se tasser dans les mois qui viennent puisque des travaux sont actuellement en cours à l'Assemblée pour équiper en vidéo l'ensemble des salles de Commissions, seule la Commission des Affaires économiques permettant actuellement les retransmissions en direct. « Le président de l'Assemblée est favorable à la publicité des débats, affirme son entourage. La réforme institutionnelle va dans ce sens ». Il faudra alors que les députés « twittos » trouvent d'autres sujets d'inspiration.

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