Quel impact des affaires sur les Français ?

Par R.P, le 22 juillet 2010 à 20h47 , mis à jour le 22 juillet 2010 à 21h08

Depuis maintenant deux mois, le débat public tourne quotidiennement autour de l'affaire Woerth-Bettencourt. Le paysage politique va-t-il en sortir bouleversé ?

Eric WoerthEric Woerth, ministre du Budget et des Comptes, à l'Assemblée nationale le 15 juillet 2008 © TF1/LCI

Il réagit très vite. Quelques jours après le démarrage de l'affaire Worth, Arnaud Montebourg attaque frontalement le ministre du Travail. La charge est sans appel, elle n'est pas relayée au sein du parti socialiste. Car Martine Aubry prend son téléphone pour lui dire qu'elle n'a pas apprécie le ton employé pour réagir à cette affaire qu'elle sait d'importance. Dès les premières révélations du site Médiapart et du Point, la Première secrétaire a en effet une préoccupation : éviter l'emballement. Elle et ses proches craignent que la tempête politico-judiciaire entame la crédibilité de la classe politique toute entière et fasse passer au second plan le contre-projet du PS sur les retraites. « La polémique a aussi fait passer notre convention sur la rénovation début juillet totalement inaperçu », regrette ainsi le député Jean-Christophe Cambadélis, un proche de Martine Aubry. Près de deux mois après le déclenchement de la crise politique, la stratégie mesurée et graduée de l'opposition était-elle la bonne ? Sur un plan stratégique, les premières données semblent plutôt conforter ce choix, avec toute la prudence qui entoure une réflexion à chaud.  

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Dans les premières enquêtes d'opinion réalisées en plein cœur de l'affaire Woerth-Bettencourt, tous les leaders politiques perdaient en effet des points, comme touchés par une nouvelle défiance générale des Français vis-à-vis de leurs élites. A gauche, une Ségolène Royal très offensive après sa dénonciation d'un « système Sarkozy corrompu » ne paraissait pas bénéficier d'un crédit de l'opinion puisqu'elle cédait un point dans le baromètre Ifop/Paris-Match publié la semaine dernière, à 38% de popularité. Arnaud Montebourg, quant à lui, voyait sa cote baisser de six points, à 25%. La réalité d'une « prime à la dénonciation » chez les Français ne semble pas se retrouver dans les chiffres.
 
En 1991 déjà...
 
Dans une étude détaillée sur la question, le directeur-adjoint de l'IFOP trace un début d'explication. « Aux yeux des Français, il est d'usage et attendu que le camp adverse en profite pour tenter d'affaiblir le parti concerné et que les médias s'en emparent et poussent les feux pour engranger de l'audimat et des lecteurs alors même que la justice ne s'est pas prononcée, explique-t-il. Cette vision des choses n'est pas peut-être pas satisfaisante d'un point de vue démocratique, mais force est de constater qu'elle est aujourd'hui très répandue voire dominante ». Et de s'appuyer dans sa démonstration sur un rappel du sentiment des Français sur la corruption de leur classe dirigeante. Pour 64% d'entre eux, les hommes politiques sont plutôt corrompus (sondage Viavoice publié le 13 juillet dernier), soit la même proportion qu'en 1991 (65%), la grande période des affaires concernant le PS. Avant celle-ci,  ils n'étaient « que » 46% à penser ainsi. La césure des années 90 aurait donc pu entraîner une certaine banalisation/résignation de l'opinion vis-à-vis des révélations sur les affaires de financement politique.
 
« Il tient son noyau dur »
 
Reste l'effet des affaires sur la cote de popularité présidentielle alors que le nom de Nicolas Sarkozy revient régulièrement dans les polémiques. Il est un peu tôt pour tirer des conclusions mais la conséquence semble pour l'instant mince. Avant les affaires, sa cote oscillait entre 30 et 35%. Depuis le début de la crise politique, il ne semble pas descendre plus bas, Jacques Chirac ayant par exemple atteint les 16% de confiance en juillet 2006 après la crise du CPE. « Le président a perdu 39 points dans l'opinion en trois ans. Une chute en réalité brutale et rapide qui s'opère principalement durant les sept premiers mois de son quinquennat », analyse le directeur général adjoint de la Sofres Brice Teinturier dans le Nouvel Obs. Le mal semblait donc pour lui déjà fait et comme se lamentent la plupart des parlementaires de l'opposition, « il tient son noyau dur ».

La percée d'Eric Woerth chez les sympathisants UMP dans la dernière enquête Ipsos-Le Point participerait de ce même effet solidarité à droite lorsque secoue la tempête. Toujours dans ce même sondage, un chiffre a été regardé de près à l'Elysée, avec soulagement : 59% des sondés affirment que les affaires ne vont pas empêcher le chef de l'Etat de poursuivre les réformes de son quinquennat, contre 38% d'un avis inverse. Le président est durablement impopulaire mais pas désarmé donc. Une crise politique comme d'autres, et non pas une crise de régime.
 
Plus précieuses que les enquêtes d'opinion, à manier toujours avec prudence malgré leur sérieux, les dernières élections partielles ne laissent également pas percevoir d'impact brutal du climat actuel sur l'opinion. Ainsi, comme le note Jérome Fourquet (Ifop), « pour spectaculaire qu'elle soit, la conquête par une candidate écologiste de la très droitière 10ème circonscription des Yvelines a sans doute été favorisée par le climat ambiant mais l'essentiel de la progression s'était effectué avant : l'écologiste obtenant 51,8% contre déjà 49,9% en 2009". Il est à noter dans le même sens que l'électorat UMP n'a pas attendu l'affaire Woerth-Bettencourt et autres polémiques sur les cigares pour s'abstenir massivement, c'était en mars dernier lors des régionales. Le manque de résultats par rapport aux promesses de Nicolas Sarkozy en 2007 semble avoir un effet autrement plus dévastateur que la mise en cause de telle ou telle personnalité politique.
 
L'ère du zapping médiatique ne pourrait-elle pas lasser ou éloigner une partie de l'opinion de ce compliqué feuilleton politico-judiciaire qu'est l'affaire Bettencourt ? Selon l'enquête Ifop/Paris-Match réalisé début juillet, seuls 50% des personnes interrogées avaient parlé avec leurs proches de ce sujet dans les 30 derniers jours. Une moitié de la France vivrait donc cette période, qui agite tant les rédactions, avec une certaine distance...  Ce qui fait dire à Jérome Fourquet : « au regard des ces chiffres, on ne peut pas bien entendu avancer que ces épisodes soient passés inaperçus aux yeux du grand public, mais ils n'ont pas constituer le cœur (contrairement à ce qu'on observait en termes de traitement médiatique) des préoccupations ». La gravité de la crise économique et sociale recentre plutôt les esprits sur les soucis du quotidien.  
 
Derrière la bataille médiatique sans concession, droite comme gauche sont en réalité d'une grande retenue en coulisses sur l'impact électoral des affaires. A l'UMP, on reste persuadé que Nicolas Sarkozy demeure un candidat redoutable. Au PS, certains font assaut de prudence, prenant en compte pour les mois à venir une époque sans mémoire. « 2012 se jouera dans les trois derniers mois, confie à TF1 News Jean-Christophe Cambadélis. Et comme les vainqueurs du Tour, Sarkozy n'attaquera que dans le dernier col. L'objectif, que notre candidat(e) arrive en bas de la côte dans la meilleure forme possible ».

Par R.P le 22 juillet 2010 à 20:47
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27 Commentaires

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  • zen1491, le 28/07/2010 à 08h37

    Et si on laissait enfin Monsieur Woerth travailler, il a un gros dossier à gérer, l'a t on oublié ? Tout cela ressemble à un sabotage en règle, si on ne peut pas s'opposer à la réforme des retraites, on case la réputation du ministre. C'est totalement improductif.

  • grognir, le 25/07/2010 à 18h33

    Si seulement cela pouvait apporter plus de transparence... Malheureusement, à lire les commentaires, je suis loin d'être optimiste. Visiblement, les scandales sont le fait des journalistes et non pas des politiques, à croire qu'il est plus grave en France de voler un scooter que de détourner des millions...

  • lecritiqueur, le 25/07/2010 à 17h14

    Ces petites histoires , ne sont que l arbre que cache la forèt

  • grognir, le 25/07/2010 à 16h43

    J'ai toujours aimé cette propension à grossir le trait... 20 ans de Mitterrand (1981-1995), oui, oui, bien sûr... Bientôt on nous dira que la gauche gouverne la France depuis 30 ans, hein, qu'avant Sarkozy, il n'y a jamais eu de président ou de gouvernement de droite au pouvoir. Ah, qu'il est bon de débattre avec des esprits éclairés qui ne maquillent jamais les faits et la vérité...

  • humanoide56, le 24/07/2010 à 16h11

    Non ! A peine 5% sont impliqués (élus), les militants à jour de cotisation ne doivent pas excéder les 15 %, le reste sont hélas des spectateurs quelques peu passifs, ils votent pour faire bien, pour la plupart, sans connaitre le sens même des différences fondamentales entres les partis, experts en clichés de comptoirs !

  • goleador56, le 24/07/2010 à 15h10

    A palevie : mais il ne faut pas laisser la presse dire des choses fausses...

  • stefan7575, le 23/07/2010 à 17h32

    Les médias n'informent plus, ils politisent l'information.

  • humanoide56, le 23/07/2010 à 14h19

    Voius aviez une F1 politique dans les deux chambres et un gouvernement réputé dynamique, le proplème c'est que personne ne sait exactement comment fonctionne le changement de vitesse. Le résultat est un beau fiasco menant probablement l'écurie UMP à un dépôt de bilan, 1500 milliards de dettes et une explosion sociale !

  • baal_, le 23/07/2010 à 12h40

    Si les médias font des ventes, c'est bel et bien que ces affaires intéressent du monde.

  • baal_, le 23/07/2010 à 12h39

    Elles ont changé énormément de choses. Ce n'est pas parce que votre vie n'est pas révolutionnée qu'ils ont été inactifs.

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