François Fillon et Nicolas Sarkozy, le 24 juillet 2007 © TF1/LCIFrançois Fillon souriait sur les images vendredi dernier à Brégançon, François Fillon continue de diriger le gouvernement de la France mais François Fillon se tait. Certes, l'homme n'est pas un habitué des micros mais depuis le discours musclé du chef de l'Etat à Grenoble, plusieurs voix de la majorité n'ont cessé de commenter en bien ou en mal le virage sécuritaire. On n'a pas entendu en revanche le Premier ministre. Contacté par l'AFP, l'entourage de l'intéressé assure qu'il n'y a pas l'ombre d'un différend sur ce thème entre les deux hommes : "Zéro sujet !". Mais il y a bien un silence Fillon. "On peut y lire une certaine forme de distanciation", euphémise un ministre. "Quand Fillon n'est pas d'accord il se tait", décrypte encore une source gouvernementale, qui estime que "la sécurité, ce n'est pas trop son truc". Plutôt que d'étendre la mesure de déchéance de la nationalité pour certains criminels, l'élu UMP propose de rendre les naturalisations plus difficiles. Après avoir enregistré son plus mauvais score en trois ans au début de l'été, Nicolas Sarkozy voit sa cote de confiance progresser de 4 points, à 30%, dans le baromètre mensuel TNS Sofres Logica pour le Figaro magazine. Après avoir rencontré des policiers agressés aux Tarterêts, le président a redit mardi sa "volonté inflexible" de vite mettre en oeuvre les mesures sécuritaires annoncées fin juillet, dont le durcissement des peines pour les délinquants qui s'en prennent aux forces de l'ordre. Pour expliquer le virage sécuritaire de l'été, le ministre de l'Intérieur, flanqué d'Eric Besson, de Pierre Lellouche et du préfet de Paris, a donné ce lundi une conférence de presse, réaffirmant le message de fermeté du gouvernement. Des expulsions en cas de vols répétés et "mendicité agressive" sont d'ailleurs à l'étude. L'ancien Premier ministre a assuré mardi sur RTL que la plupart des ministres du gouvernement ne croyaient pas à l'efficacité de la politique sécuritaire du chef de l'Etat, notamment sur les Roms. Premier ténor de l'UMP à critiquer ouvertement "la dérive droitière" de cet été, Jean-Pierre Raffarin qui a demandé" sur RMC à François Fillon de s'exprimer. Violences envers les forces de l'ordre, polygamie : tels pourraient être les motifs de déchéance de nationalité, selon deux amendements remis par Brice Hortefeux au gouvernement. Eric Besson annonce une réunion d'arbitrage présidée par Nicolas Sarkozy la semaine prochaine. Les interviews de trois leaders socialistes sont publiées ce dimanche dans des quotidiens nationaux. Tous fustigent la politique sécuritaire de l'Exécutif. Une politique qui s'en prend encore "aux plus faibles" et risque de remettre le FN au coeur du jeu, selon eux. Rattrapé par les critiques qui agitent la classe politique et son propre camp sur le renforcement des mesures d'expulsion contre les Roms, Nicolas Sarkozy réunit le premier Conseil des ministres d'après les vacances. Alors que le dossier fissure désormais la droite, François Fillon a réuni mardi après-midi à Matignon les ministres concernés pour faire le point sur les mesures d'évacuation des camps illégaux de Roms. Et s'est exprimé. Répondant aux critiques de Bucarest et de Sofia, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes les appellent à "prendre leurs responsabilités" à l'égard de leurs citoyens. Amine Benalia-Brouch, raillé en 2009 par Brice Hortefeux, qui avait été condamné pour racisme à la suite de ces propos, annonce sur son profil Facebook sa décision de quitter le parti majoritaire. "J'en ai ras le bol de cette politique menée par le gouvernement", explique-t-il. Pour l'ancien Premier ministre, cette politique constitue une "faute morale, (une) faute collective commise en notre nom à tous, contre la République et contre la France. Il y a aujourd'hui sur notre drapeau une tache de honte". Avec respectivement 36% et 53% d'opinions favorables, le chef de l'Etat et le Premier ministre sont en hausse de deux points, selon le baromètre mensuel Ifop du JDD. Le ministre de l'Intérieur défend dans le Monde sa politique sécuritaire en s'attaquant de manière virulente "au petit milieu politico-médiatique parisien" et à "la gauche milliardaire" qu'il juge éloignés "de la réalité de la société française".
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Le manque de soutien médiatique de Matignon à la politique sécuritaire ne fait pas les affaires de l'Elysée. "L'absence de Fillon sur la sécurité a été un sujet pour Nicolas Sarkozy, qui aimerait qu'il s'exprime d'avantage", affirme un responsable de l'UMP à l'AFP. Mais pour le chef de l'Etat, le casse-tête de la fin des vacances est le même qu'au début : par qui remplacer François Fillon ? Après l'élimination de l'hypothèse Eric Woerth (Travail), englué dans l'affaire Bettencourt, les deux noms les plus souvent cités sont ceux de Jean-Louis Borloo (Ecologie) et Michèle Alliot-Marie (Justice), cette dernière semblant tenir la corde. Mais ces choix sont de "seconde main", raille la source gouvernementale. Surtout "il va être très compliqué pour Nicolas Sarkozy de justifier de virer un Premier ministre qui cartonne dans les sondages" (entre 43% et 53% d'opinions favorables selon les dernières études, loin devant Nicolas Sarkozy).
Du coup, ceux qui hier encore tablaient sur un départ certain n'en sont aujourd'hui plus si sûrs. "Mon pronostic c'est qu'il ne partira pas", juge même un ministre, qui n'exclut pas que l'intéressé reste jusqu'à la fin du mandat. A Brégançon, après la réunion consacrée aux questions économiques, Nicolas Sarkozy et François Fillon ont eu un long tête-à-tête d'une heure. Rien n'a filtré de leur entretien, mais les deux "hommes étaient satisfaits de la rencontre", croit savoir un responsable de la majorité. En attendant, le PS entend bien tirer profit du silence de François Fillon sur la sécurité, qui "isole encore plus Nicolas Sarkozy", juge le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis.
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