Sarkozy-Fillon, la rupture institutionnelle

Par , le 26 août 2010 à 10h32 , mis à jour le 30 août 2010 à 16h32

Dossier : Le gouvernement Ayrault

En choquant une partie de son camp avec son virage sécuritaire, le chef de l'Etat a transféré au Premier ministre le rôle de stabilisateur de la majorité. Inédit.

Nicolas Sarkozy et François Fillon Nicolas Sarkozy et François Fillon après la céremonie religieuse

En ce mois d'août, François Fillon est resté muet. En bon serviteur du président, un Premier ministre aurait dû s'exprimer depuis le discours de Grenoble. Mais point de soutien pour l'Elysée, son silence valait en réalité malaise. Trop fin politique pour croire son mutisme tenable, l'hôte de Matignon ne manque pas de saisir la perche que lui tend mardi son prédécesseur, Jean-Pierre Raffarin. Mais puisqu'on le somme de parler, François Fillon va le faire à sa manière. Par la voie d'un communiqué  ou chaque mot compte, modèle de pondération et de diplomatie. Le Premier ministre appelle les "deux côtés" à se calmer, incarnation de la sagesse à équidistance de l'opposition et du clan sarkozyste.

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Incroyable sortie d'un Premier ministre qui a la parole rare et pondérée d'un président. Inédite inversion des rôles entre un chef de l'Etat qui pratique le calcul politique à petite portée et son Premier ministre sommé de défendre l'intérêt général à grande portée. Qui plus est en reprenant ce dossier pourri avec une approche européenne, celle la-même qui aurait dû constituer un point de départ. Certes, le président s'occupait de tout, quotidiennement, et avait qualifié en début de mandat son Premier ministre de « simple collaborateur ». Certes, le chef de l'Etat ne laissait s'exprimer l'hôte de Matignon que parcimonieusement. Avec toujours le dernier mot sur un déplacement ou une intervention. Hyper président. Mais jamais depuis 2007, il n'avait autant bouleversé, balayé et désormais inversé l'équilibre institutionnel de la Ve République.

Grenoble, une incitation au zèle

Eté 2010, Nicolas Sarkozy, puisque redevenu candidat, transgresse. Il lance par son discours de Grenoble une offensive sécuritaire massive appelée à durer. Avec une certitude, ses mots provoqueront des cris d'orfraie à gauche et dans la société civile. Cliver pour se faire réélire, un classique pour démarrer une campagne. Ce virage, préparé secrètement au printemps avec quelques collaborateurs, fonctionne. Il fait grand bruit et replace la sécurité au centre du débat. Les derniers fracas de l'empoisonnante affaire Woerth deviennent inaudibles.

Cette stratégie semble de prime abord gagnante mais c'était sans compter les sarkozystes de la première et de la dernière heure qui accentuent au creux du mois d'août le virage sécuritaire, eux qui ont voulu interpréter le discours de Grenoble comme une incitation au zèle. Les spectaculaires expulsions de Rom fin août achèvent de provoquer la polémique de rentrée. L'embardée de Nicolas Sarkozy à la droite de la droite sème finalement la confusion dans son propre camp, et non au PS. Juppé, Boutin ou Raffarin ont en effet rompu leur silence pour critiquer les excités de l'UMP. Puis c'est le désormais célèbre communiqué Fillon.

Figure inversée du sarkozysme

 « Il calme le jeu », « Il stabilise », « Il siffle la fin de la récré »... La presse salue mercredi la leçon d'équilibre du chef de gouvernement pour dégonfler un coup de chaud politique aux relents nauséabonds. Mais est-ce là l'un de ses derniers faits d'armes ? La rumeur le dit en sursis, Nicolas Sarkozy ayant annoncé un large remaniement fin octobre. Et pour que l'opinion perçoive une nouvelle séquence, il faut au moins un nouveau Premier ministre.

Mais aujourd'hui l'impopulaire président peut-il vraiment se séparer de son populaire chef d'équipe ? Ce serait une raison pour s'en débarrasser, sans parler des louanges empoisonnées que lui ont adressées Dominique de Villepin et François Bayrou. Mais à quelles conditions François Fillon a-t-il sauvé la rentrée de Nicolas Sarkozy alors que l'incendie se propageait à droite ? Nul ne le sait, et cette conversation avec le président n'a peut-être jamais eu lieu. Reste que désormais le chef de l'Etat entretient un lien de dépendance envers son Premier ministre qui a su se rendre irremplaçable en figure inversée du sarkozysme. Une rupture entre les deux hommes dans deux mois ?  En attendant, c'est la rupture institutionnelle. 

Par Renaud Pila le 26 août 2010 à 10:32
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32 Commentaires

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  • quelavenir, le 26/08/2010 à 23h44

    Ah bon !

  • humanoide56, le 26/08/2010 à 22h02

    Jacquot2000 ! Vérifiez vos chiffres, et vos dates, et qui a fait quoi !

  • francjl, le 26/08/2010 à 21h37

    Si nous nous fions à M FILLON, en Sarthe Cozy le tsar causes-y. Un Meilleur Président=UMP

  • jserg, le 26/08/2010 à 20h14

    Pour une fois qu'une analyse intelligente et anti-langue de bois paraît, ne gâchez pas notre plaisir, halluzen a totalement raison !!! Félicitations au VRAI Journaliste Renaud Pila !

  • a.1.2.c.4, le 26/08/2010 à 18h25

    @ "alain76600" ... vous avez ... tort ... d'écrire ... "tord" ...! :o)))

  • turbo0007, le 26/08/2010 à 18h09

    @j.rene Normal pour Mr FILLON c'est le chef du gouvernement. Si la droite et l'UMP se voient en difficultés avant 2012, je pense que Mr FILLON peut assurer en ayant une ligne de conduite et surtout la manière de le faire bien différente du Président actuel. D'après les sondages Mr FILLON est plus populaire.

  • fdd66, le 26/08/2010 à 17h57

    Oui mais c'est la gauche qui aura en charge le redressement. Et là, j'ai des doutes . Les augmentations d'impots pour rattraper le bilan de la droite seront légion. Tout le monde sera content et nous serons repartis pour un tour. Ils redeviendront impopulaires au bout d'un ou deux ans etc etc .....et les français revoteront à droite. Un vrai manège de chaises musicales la politique.

  • diktatur, le 26/08/2010 à 16h28

    Les français votent toujours pour ceux qui leur en promettent le plus... ils font face à la réalité,la tête dans le sable!

  • jacquot2000, le 26/08/2010 à 16h25

    @humanoide56=> On en est à 1500 milliard, dont 1000 milliard d'apres le mitterantdisme. Sans compté qu'une grave crise est passé par là. Donc non pas de gauchisme en france.

  • papinou0_10, le 26/08/2010 à 16h22

    Fillon-Sarko = bonnet blac et blanc bonnet !! il applqué les décisions de Sarko!!

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