Patrick Devedjian à l'Elysée en 2007 © AbacapressPatrick Devedjian accuse vendredi, dans une interview au Monde, l'Elysée d'avoir multiplié les pressions sur les élus des Hauts-de-Seine pour qu'il ne soit pas réélu à la tête de la fédération UMP dans ce département, visant également son rival Jean Sarkozy, le fils du président. Président du conseil général des Hauts-de-Seine, M. Devedjian, qui n'a pas conservé son poste de ministre de la Relance lors du remaniement, a été battu lundi soir par le député-maire de Chaville Jean-Jacques Guillet lors des élections internes à la fédération UMP (319 voix contre 180 voix).
Devedjian : "désormais, entre lui et moi, il y a son fils"
Sur RTL lundi, Patrick Devedjian s'est dit "sûr" que si Nicolas Sarkozy voulait lui faire perdre la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine, il y parviendrait.
Publié le 22/11/2010
Selon sa version, M. Devedjian a été "convoqué" le 15 octobre "en urgence par Nicolas Sarkozy", qui "s'est ému que cinq candidats se présentent contre son fils Jean aux élections internes de l'UMP à Neuilly". Nicolas Sarkozy "m'en a rendu responsable. J'ai dit que c'était faux. Il ne m'a pas cru et, très mécontent, m'a dit que j'aurais bientôt ‘une surprise'", affirme l'ancien ministre. "Quelque temps après, j'ai appris qu'Olivier Biancarelli, attaché parlementaire de l'Elysée, et Eric Cesari, directeur général de l'UMP, téléphonaient aux principaux responsables politiques des Hauts-de-Seine pour leur dire de voter pour Jean-Jacques Guillet qui venait, oh surprise !, de se déclarer candidat contre moi à la présidence de la fédération", raconte aussi M. Devedjian. Evoquant une "campagne orchestrée", il vise notamment les élus de Levallois et intimes du président, Patrick et Isabelle Balkany, le secrétaire départemental de l'UMP Philippe Pémezec, qui "n'a cessé de violer son devoir de neutralité", ainsi qu'un élu proche de Jean Sarkozy, Thierry Solère.
Un élu confirme une "altercation" avec Jean Sarkozy
Le fils du président n'est pas épargné. "Lionnel Rainfray, élu UMP de Colombes et délégué de la première circonscription, m'a rapporté qu'il avait fait directement l'objet de pressions de la part de Jean Sarkozy. Celui-ci l'aurait menacé de ‘briser sa carrière politique' s'il votait pour moi", rapporte Patrick Devedjian.
Vendredi après-midi, Lionnel Rainfray a confirmé avoir eu une "altercation" avec le fils du président, Jean Sarkozy, à propos de ce vote interne à l'UMP, mais il a démenti avoir reçu des "pressions" pour évincer Patrick Devedjian lors de ce scrutin. Jean Sarkozy "ne me l'a pas dit dans des termes aussi brusques" mais "il m'a fait comprendre que c'était bien de voter pour son candidat", Jean-Jacques Guillet, député-maire de Chaville et "pasquaïen" historique. "Il (Jean Sarkozy) m'a fait largement comprendre que c'était un mauvais choix pour moi (de voter Devedjian, ndr)... c'est des choses qui se comprennent", a ajouté M. Rainfray, qui est aussi PDG du groupe de lingerie Arthur. "Le ton était assez fort. C'est pour ça d'ailleurs que j'ai été en parler à Patrick (Devedjian) en lui disant que je ne pensais pas qu'être un de ses soutiens m'amènerait à en prendre autant plein la figure de la part de Jean (Sarkozy)", a-t-il raconté. "Je n'ai pas l'habitude de me laisser dicter ma conduite et j'ai maintenu mon vote pour Patrick Devedejian", a-t-il ajouté, précisant par ailleurs qu'il n'était que "délégué de circonscription", autrement dit "pas grand-chose".
Pour Patrick Devedjian, rien n'a été laissé au hasard au moment du vote. "M. Pémezec a fait installer une urne pour chacune des 13 circonscriptions UMP qui composent la fédération. Lors du dépouillement, il était facile de vérifier où la consigne de faire voter pour Guillet n'était pas respectée", décrit-il. "Les électeurs étaient accueillis par Patrick et Isabelle Balkany ainsi que Thierry Solère qui leur demandaient pour qui ils allaient voter. S'ils disaient ‘pour Devedjian', ils étaient pris par le bras et emmenés vers Jean-Jacques Guillet. Ceux qui persévéraient étaient présentés à Jean Sarkozy", assure aussi M. Devedjian. "Je ne doute pas que pour me faire battre à la présidence du conseil général, ils utiliseront la même méthode qu'aujourd'hui", ajoute encore le patron de la collectivité, dont le poste sera renouvelé après les cantonales de mars 2011. Thierry Solère et Philippe Pemezec ont appelé vendredi le président du conseil général à "garder son calme" et à "dépasser ses aigreurs".
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