Policiers condamnés : Fillon ne trouve aucune circonstance atténuante

Par D.H. (et agence), le 13 décembre 2010 à 17h16 , mis à jour le 13 décembre 2010 à 23h04

Après le tollé autour des propos de Brice Hortefeux jugeant "disproportionnée" la condamnation à Bobigny de 7 policiers à de la prison ferme, le Premier ministre l'a recadré lundi, jugeant les faits pour lesquels ils ont été condamnés "injustifiables" et exigeant "un comportement exemplaire" de la police.

François Fillon Brice HortefeuxFrançois Fillon et Brice Hortefeux/Image d'archives/Mars 2009 © ABACA

Malgré le tollé à gauche comme à droite et le rappel à l'ordre du ministre de la Justice, le ministre de l'Intérieur avait dimanche soir "confirmé, revendiqué et assumé" ses propos de vendredi quand il avait qualifié de "disproportionnée" la condamnation à Bobigny de 7 policiers à de la prison ferme (lire notre article - Policiers condamnés : Hortefeux persiste et signe). Intervenant devant les préfets lundi après-midi, François Fillon a opposé à ce qualifificatif de condamnation "disproportionnée" celui de "faits injustifiables" pour lesquels les sept policiers ont été condamnés.

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Dans son discours, le Premier ministre a même ajouté que "l'honneur de la police" exigeait "un comportement exemplaire", appelant "chacun à la raison, à la modération et au sens des responsabilités". Cet épisode a vu s'opposer les ministres de l'Intérieur et de la Justice (le second rappelant au premier qu'il "n'est pas ministre de la Justice mais qu'il est chargé des policiers"). La mise au point de François Fillon se voulait, de source gouvernementale, "extrêmement équilibrée", "pour essayer de sortir par le haut de la polémique". Et pour peaufiner la réconciliation, les ministres de l'Intérieur Brice Hortefeux et de la Justice Michel Mercier feront un déplacement commun, mercredi dans le Val-de-Marne, ont annoncé leurs cabinets lundi soir dans un communiqué.

Fillon recadre policiers et magistrats

L'épisode avait aussi relancé la guerre police-justice, notamment en Seine-Saint-Denis, par le biais de déclarations des syndicats de police et de magistrats. "Passé l'émotion, je ne puis admettre que magistrats et policiers donnent le sentiment de se dresser les uns contre les autres", a déclaré François Fillon. "Le respect dû à la justice est un des fondements de l'Etat, la justice ayant elle-même le devoir d'assurer la cohérence de la chaîne pénale tout entière", a insisté François Fillon. "Qui profite de cet affaiblissement de l'Etat ? Certainement pas les magistrats, certainement pas les policiers et encore moins les citoyens ; les seuls bénéficiaires sont les criminels et les délinquants !", a-t-il relevé.

A l'origine de la polémique : des peines de six mois à un an de prison ferme ont été prononcées vendredi à l'encontre de sept policiers, reconnus coupables d'avoir établi un procès-verbal mensonger accusant un automobiliste d'avoir renversé l'un d'eux - alors que ce  policier avait été touché par une voiture de police.

Les propos de Brice Hortefeux ont à nouveau été dénoncés lundi par l'opposition. Europe Ecologie-Les Verts a même demandé la "démission" du ministre de l'Intérieur, lui reprochant d'avoir "violé une nouvelle fois la séparation des pouvoirs et l'indépendance de la justice garantis par la Constitution". "Il n'appartient pas à un ministre de critiquer une décision de justice", a estimé le sénateur PS et ex-ministre de la Justice Robert Badinter. Le discours du Premier ministre est un "désaveu cinglant" de Brice Hortefeux, a pour sa part estimé le député PS André Vallini. Benoît Hamon, porte-parole du PS, a fustigé "un ministre qui se comporte de la pire façon qui soit (...) comme le premier des syndicalistes policiers". L'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati, qui n'a jamais caché sa mésentente avec Brice Hortefeux, s'est jointe concert de critiques : une décision qui n'est "pas définitive" n'a "pas à être commentée", a-t-elle dit.

Par D.H. (et agence) le 13 décembre 2010 à 17:16
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22 Commentaires

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  • courpatas, le 14/12/2010 à 09h54

    Est ce que Fillon trouve acceptable les erreurs a répétition des magistrats de Bobigny

  • jerome57, le 14/12/2010 à 09h10

    Même si cette sortie est purement politique ("combat "Sarko/Fillon), il n'en reste pas moins qu'elle fait du bien. Il était temps qu'un membre de l'executif s'en charge. Ce fut Fillon.

  • johntary, le 13/12/2010 à 22h07

    A quand le prochain remaniement ministériel pour que Hortefeux laisse enfin ,sa place à quelqu'un de plus compétent et intelligent que lui

  • fentch, le 13/12/2010 à 22h04

    En fin vous vous conduisez en premier ministre.

  • vingue, le 13/12/2010 à 21h53

    Le conflit de pouvoir larvé entre police et justice, juges et commissaires (pour simplifier) ne date pas d'hier. Il s'est largement révélé au grand public après la création de syndicats dans ses deux institutions à objet principalement électoraliste et corporatiste et qui, pour survivre ont eu besoin des média. A partir de là, tout était définitivement en place pour exacerber les conflits et encore plus, notamment, en pré période électorale. La police se plaint en effet du laxisme des juges qui ne punissent pas, voire renvoient dans la nature, des délinquants de tous ordres qu'elle a mis, un temps, hors d'état de nuire. Les juges et autres gens de Robe suspectent la police d'être fascisante, source d'atteintes constantes "aux droits de l'homme et du citoyen" et d'être le bras armé d'un pouvoir gouvernemental qu'il s'agit de combattre. Le phénomène est ancien et trouve ses origines dans les parlements sous l'ancien régime, qui se considérant déjà comme seuls garants des libertés publiques. Il serait temps de rappeler à tous ces acteurs qu'ils sont fonctionnaires (quelque soit leur statut particulier, protégé ou non) de la République et à ce titre soumis à ces lois, id est aux risques de punitions lors de manquements à leurs obligations professionnelles, statutaires ou déontologiques. Des policiers ont fauté, ils ont été punis, un juge a dit le droit. Si les dits fautifs estiment que la punition est inadaptée à leur faute, ils disposent des voies légales de recours. Dans le contexte d'antagonisme des deux institutions, il eut été surprenant (et dommage pour elle) que la presse ne s'invite pas; mais que des ministres en exercice s'y immiscent, c'est plus grave. Car, c'est à eux qu'appartient la responsabilité d'assurer le fonctionnement convenable des deux institutions et non d'exacerber cet antagonisme en prenant parti ostensiblement pour l'une ou l'autre. Comment espèrent-t-ils, dans ces conditions, disposer de la crédibilité morale nécessaire au maintien de la paix publique, sensu lato, dont ils sont les garants par construction ?

  • ced72440, le 13/12/2010 à 21h48

    Vous voulez dire que le délit de parjure est plutôt une idée de droite ?

  • howhow111, le 13/12/2010 à 21h08

    C'est bien la politique, ça ! Fillon a strictement la même opinion qu'Hortefeux sur ce genre d'affaire, et fort heureusement. A savoir qu'on s'en fiche totalement. Et c'est un bien, il y a assez de pleurnichards à gauche !

  • sambrest, le 13/12/2010 à 20h42

    Décidément, il est vraiment bien ce Monsieur. je n'approuve pas sa politique, mais l'homme, lui, est mesuré, calme, réfléchi. en un mot irréprochable.

  • ninik69, le 13/12/2010 à 19h55

    Je suis d accord avec vous mais le probleme c'est que les délinquants ont rarement du ferme pour des faits qui sont souvent trés grave

  • ced72440, le 13/12/2010 à 19h52

    Bravo et merci Monsieur Fillon ! Ca fait une moyenne avec notre sous-ministre de l'Intérieur. Soyons plus fermes avec les délinquants. Mais aussi avec les ripoux qui font du tort à leurs collègues.

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