Après deux débats PS, qu'est-ce qui change déjà ?

Par , le 29 septembre 2011 à 16h16 , mis à jour le 29 septembre 2011 à 18h21

Dossier : PS : dossier sur le Parti socialiste

A dix jours du 1er tour de la primaire, les socialistes comme la droite peuvent déjà tirer des enseignements de cette première française.

[Expiré] Militants socialistes assistant au débat télévisé sur France 2 entre les candidats à la primaire PS (15 septembre 2011) © AFP / P. Kovarik

« Dire que la droite pensait qu'on allait se bousiller dans cette primaire. La vérité, c'est qu'ils nous regardent en préparation de la leur en 2017 ». Il voit juste ce soutien de Martine Aubry. Après 2011 et l'actuelle compétition interne au PS, plus rien ne sera comme avant pour les partis politiques français. Jean-François Copé confie d'ailleurs à ses amis que l'UMP fera aussi une primaire la prochaine fois, « c'est d'ailleurs prévu dans nos statuts », glisse-t-il malicieusement, lui qui ne goûtait guère il y a encore quelques semaines ce processus. Mais par son organisation professionnelle et par son déroulement, le modèle de la primaire PS va donc s'imposer à tous. Et il est déjà riche d'enseignements pour la suite du débat public en France.

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  • Aubry veut "tourner la page" de la "République délétère" de Sarkozy

    Martine Aubry, candidate à la primaire socialiste, a estimé dimanche sur Canal+ qu'il était "temps de tourner la page" de la "République délétère" du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

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Plus d'infos

 
Sur la forme d'abord, le 2ème débat entre les six candidats fut un vrai moment de télévision. Rarement la politique s'était montrée comme cela aux Français : animée mais sérieuse, sans (trop) de langue de bois mais sans injures. Peut-être vaccinés du temps des haines, les socialistes ont appris à débattre sans se battre. Et si le premier débat fut ennuyeux et crispé avec les piques Aubry-Hollande, le deuxième fut vif mais paradoxalement beaucoup plus détendu que le premier. « Il n'y avait aucune tension en coulisses, confirme à TF1 News un directeur de campagne, mais juste de la fatigue chez les candidats et dans les staff à cause du rythme de la campagne ».

Pas de tension non plus sur le plateau, les candidats à la primaire ont débattu des solutions à la crise parfois en se tutoyant et en se congratulant, parfois en exposant sans fard leurs divergences sur un ton très direct et neuf. Dans une nouvelle étape de désacralisation du politique, les socialistes ont osé pendant plus de deux heures la transparence de leurs différences, un peu comme si leurs réunions à Solférino autorisaient désormais les caméras. Au-delà des apparences, ce fut bien une soirée de télévision assez révolutionnaire puisqu'un parti politique affichait sa diversité, voire ses doutes, face à l'opinion, prêtant du coup le flanc aux critiques de ses adversaires mais assumant de fait une certaine humilité face aux solutions qui peut plaire à des citoyens lassés des programmes tout faits. « On est entré dans le dur de la crise de la mondialisation et c'est vrai que ce débat était quelque part inquiétant par les inconnues qu'il révélait mais si la droite faisait le même exercice, elle apparaîtrait aussi à poil face au monde qui vient », analyse un parlementaire chevronné.
 
« Ou sera le centre de gravité ? »
 
Il est vrai qu'au-delà des enseignements de forme sur la communication politique, le 2ème débat socialiste a tracé sur le fond les frontières nettes de deux gauches à venir, les volontaristes contre les réalistes, à la fois sur le traitement de la mondialisation comme des questions de chômage et de pouvoir d'achat. « Ce n'est pas nouveau, Mitterrand, Rocard ou Jospin, Emmanuelli ont déjà occupé ces espaces », affirme le député parisien Jean-Christophe Cambadélis mais il pose tactiquement sur son blog la question : « où sera le centre de gravité de la gauche pour la présidentielle ? »
 
Mercredi soir, François Hollande, Manuel Valls et Jean-Michel Baylet ont plusieurs fois rappelé à l'ordre leurs rivaux sur la faisabilité des solutions avancées, compte tenu du contexte de gravité des déficits publics.  Après quarante minutes de discussions, le favori des sondages a même mis fin à une polyphonie de propositions en lâchant un professoral « loin de moi l'idée qu'on puisse tout faire ! ». Tout au long de la soirée, le député de Corrèze a ainsi tenu le rôle du sage rassembleur, en se mettant déjà (trop vite ?) dans la peau du candidat de la gauche face à Nicolas Sarkozy. Au contraire, Ségolène Royal mais surtout Arnaud Montebourg ont endossé avec punch leur costume de thuriféraires du libéralisme, le second collant à la première pour espérer lui passer devant au soir du premier tour de la primaire. Enfin, Martine Aubry a pour sa part voulu tenir une place au centre de gravité du PS, mêlant par petites touches volontarisme et réalisme pour affirmer une gauche ambitieuse.
 
« La violence est partout »
 
Mais à la fin de la soirée, un constat s'imposait : quasiment tous les candidats convergeaient vers un socialisme gestionnaire, donnant aux Français les gages de sérieux qu'ils attendaient dans un contexte économique de plus en plus difficile. Un rapprochement était également très net entre tous pour affirmer que le coût du travail était trop élevé en France, minant la possibilité de faire profondément baisser le chômage. Certes, la TVA sociale défendue par Manuel Valls, visant à transférer sur la consommation une partie des charges sociales sur les salaires, a été critiquée par tous les autres candidats mais le seul fait que le débat tourne pendant vingt minutes autour de cette proposition, pour trouver d'autres solutions, est déjà une évolution notable.
 
Sur les questions de la sécurité et de l'immigration, les six candidats se refusant clairement à faire un lien direct entre les deux, l'évolution des socialistes est également très nette. « La violence est partout », ont affirmé entre autres Martine Aubry et Arnaud Montebourg, privan la droite de l'un de ses arguments fétiches pour la campagne sur l'aveuglement du PS sur le diagnostic de l'insécurité. Ségolène Royal a pu ainsi se réjouir de l'évolution de ses camarades sur ce sujet, ne se privant pas de rappeler qu'elle avait été bien seule en 2007 sur le besoin de fermeté. A la fin du débat, il ne s'est pas trouvé un candidat pour défendre la régularisation massive des sans papiers, les uns et les autres se différenciant sur des nuances.
 
Au final, le PS peut se réjouir de ces grandes convergences et réelles différences assumées au grand jour, offrant une image moderne de la vie politique. Mais il ne doit pas triompher trop vite. Le manque de précisions d'un grand projet d'espoir pour les Français peut ouvrir de l'espace à des candidats concurrents sur sa gauche, tout comme chez Europe Ecologie ou au FN. "On avait le sentiment que c'était un débat de mandataires-liquidateurs, c'est-à-dire: comment on va gérer la faillite", a réagi jeudi matin Marine Le Pen. « C'était utile mais ce n'est pas comme ça que l'on va réenchanter la gauche », confiait jeudi sous couvert de l'anonymat un des grands dirigeants du PS. Mais comment réenchanter la politique alors que le cadre national est aujourd'hui dépassé pour aborder les vraies solutions ? A ce titre, le passage mercredi soir sur l'impossibilité d'agir contre le dumping chinois tant cela se décide à l'échelon européen fut cruellement éclairant.

Par Renaud Pila le 29 septembre 2011 à 16:16
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51 Commentaires

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  • henri_bambelle, le 02/10/2011 à 02h24

    Il faut donner acte au PS de la bonne tenue des débats de ces primaires : l'exemple est à suivre. Mais on sent que certains candidats rongent leur frein et tiennent un discours policé. Le naturel me semble un peut trop "ripoliné", ce qui nuit à sa sincérité. Quoi qu'on en pense ou qu'on en dise, l'habileté de Monsieur Hollande pour tirer des conclusions de ce que disent ses camarades fait de lui un favori dépourvu d'idées mais expert pour utiliser les idées des autres à son profit.

  • jeco02, le 01/10/2011 à 05h55

    Ce qui a changé, c'est la démocratie bafouée! Des médias accaparés du matin au soir. Pourquoi ne pas supprimer la présidentielle; tout est déjà fait; çà se passe entre PS! Entre mensonges et utopies. La seule perdante la France. Pauvre France!

  • 1raleur, le 30/09/2011 à 20h34

    Vous ne voulez pas plutôt dire à l'est ? L'ouest , c'est le rêve de l'UMP !!!!!

  • alberthdb, le 30/09/2011 à 18h25

    Je vous invite à lire notre constitution voulut par le Général de Gaulle, la présidentielle n'est pas une éléction de parti mais d'hommes et de femmes qui se présente individuellement. Comme le PS etait contre cette constitution, ils la détournent en organisant des primaire à l'américaine, idem pour les verts. Croyez vous que De Gaulle, Pompidou, Mitterand aient demandé à qui que ce soit pour se présenter, c'était un homme, un projet une vision pour la France alors les saltimbanque du PS......quelle vision pour la France, celle de la Grece, de l'Italie, de l'ESpagne

  • vinebaut, le 30/09/2011 à 17h45

    Que fait le CSA contre cette monopolisation du media TV ? On n'est plus sous Peyrefitte !!!

  • riviera13, le 30/09/2011 à 16h32

    En fin de compte, c'est un petit club. Pourquoi pas?

  • gege2703, le 30/09/2011 à 16h22

    Mais que voulez vous que ça change?????rien

  • aciery, le 30/09/2011 à 15h25

    Que c'est petit, mais alors petit petit....

  • kosotto1, le 30/09/2011 à 14h44

    Alkira : vos commentaires valent largement les miens ! Alors surtout continuez aussi et au diable les jaloux !

  • kosotto1, le 30/09/2011 à 14h43

    Fm38 : c'est une idée qui me convient tout à fait, je suis persuadé que nous passerions un excellent moment, dans le rire et la bonne humeur, qualités qui nous carctérisent tous les 3.

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