© DR / TF1 NewsReconnaître que la Grèce ne remboursera jamais une partie de sa dette ? Y penser toujours, n'en parler jamais. C'est un peu la maxime classique des dirigeants politiques, selon qu'ils sont aux manettes ou dans l'opposition. Ainsi dimanche soir sur TF1, DSK, qui n'est plus en fonction au FMI, a brisé un tabou en affirmant qu'il fallait maintenant que la zone euro se prépare à un défaut partiel de la dette grecque. "La dette, on voit bien qu'elle est massive et qu'il faut la réduire à tout prix, sauf au prix de la stagnation et de la récession", a-t-il expliqué. « La boule de neige grossit et rend la difficulté de plus en plus grande et la croissance est de moins en moins là", a-t-il déploré. Pour l'ancien patron du FMI, "il faut accepter de reconnaître qu'il faut prendre sa perte". Le gouvernement grec s'est résigné mercredi à adopter des mesures d'austérité supplémentaires pour 2011 et 2012, sous la pression de ses créanciers, l'UE et le FMI, pour combler les trous dans ses comptes publics et écarter un défaut de paiement. Le gouvernement grec annonce ce mercredi un train de mesures d'austérité, les syndicats des grèves... Quelles sont les issues possibles pour le pays et l'Europe? Les grandes banques françaises sont-elles menacées ? Coup sur coup, depuis lundi, trois exemples étonnants montrent la baisse de confiance sur la Société Générale, le Crédit Agricole et BNP Paribas. Alors que les négociations qui doivent permettre de débloquer une nouvelle tranche d'aide à la Grèce progressent difficilement, le gouvernement grec doit détailler de nouvelles mesures d'austérité, qui suscitent d'avance la colère dans le pays. La zone euro est de nouveau ébranlée par les craintes de contagion de la crise de la dette après la baisse de la note de crédit de l'Italie, alors que la Grèce négocie encore pour éviter un défaut de paiement. Ce dernier dossier a tout de même avancé mardi soir. Le Fonds monétaire international revoit a la baisse sa prévision de croissance pour la France, désormais ramenée à 1,7% en 2011 et 1,4% pour 2012. Le FMI est pessimiste aussi concernant la Grèce, dont il relève sa prévision de dette à 189% du PIB en 2012, et la situation des banques européennes. Après la Grèce, l'Italie, qui vient pourtant de voter un plan de rigueur, a reçu un coup de semonce. La note de sa dette à long terme a été abaissée mardi de "A+" à "A" par Standard and Poor's. Après la Grèce, l'Italie, qui vient pourtant de voter un plan de rigueur, a reçu un coup de semonce. La note de sa dette à long terme a été abaissée mardi de "A+" à "A" par Standard and Poor's... au même niveau que la Pologne.
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Qui est ce « il » ? "Tout le monde doit la prendre, les Etats et les banques", a-t-il insisté. En clair, il ne s'agirait pas d'effacer purement et simplement des dettes, ce qui provoquerait la panique sur les marchés, mais plutôt de transformer des dettes à court terme en dettes à très long terme, remettant un éventuel remboursement à une date très lointaine. En langage technique, les Anglo-Saxons appellent cela un « roll over ».
Interrogé sur les préconisations de Dominique Strauss-Kahn, le député européen Daniel Cohn-Bendit a jugé qu'il "posait le vrai problème". Depuis un an, "j'ai toujours dit que la Grèce ne peut pas rembourser au rythme où on lui impose d'assainir ses finances", a-t-il expliqué. Il ne faut pas "effacer, ce qui voudrait dire : on oublie". Il faut "rééchelonner, c'est-à-dire on donne du temps à la Grèce pour mettre en place un programme réaliste", selon lui. De son côté, François Hollande a lui aussi estimé lundi ouvertement sur LCI que si les pays européens ne mettaient pas très vite en place le plan de sauvetage décidé en juillet, « on sera obligé de constater le défaut partiel » de la Grèce. L'enjeu est le déblocage en octobre, vital pour le pays, de la sixième tranche de huit milliards d'euros du prêt consenti en mai 2010 au pays. Sans quoi, le défaut de paiement sera constaté.
« C'est la méthode Coué »
Même si des dirigeants européens semblent l'envisager en coulisses, la France s'en tient officiellement à un message en forme de méthode Coué en excluant toute possibilité de faillite grecque. Un défaut de paiement de la Grèce "n'est pas une hypothèse de travail", a affirmé lundi le ministre des Finances François Baroin. François Fillon est allé lui plus loin en traitant d'"irresponsables" ceux qui suggèrent, à l'instar de l'ex-patron du FMI Dominique Strauss-Kahn, cette décision qui pourrait permettre à Athènes de partir sur de nouvelles bases.
"C'est de la méthode Coué", estime à l'AFP Jacques Delpla, membre du Conseil d'analyse économique auprès du gouvernement. Plus sévère, Charles Wyplosz, directeur du Centre international d'études monétaires et bancaires de Genève, critique une forme d' "aveuglement". "Le gouvernement français pense pouvoir éviter l'inévitable simplement en disant « non », déplore cet économiste. Selon lui, "les marchés sont désormais convaincus qu'il y aura un défaut" et le nier ne fait qu'aggraver la situation."Les Allemands en ont accepté l'idée, ils se montrent un peu plus réalistes et les Français finiront bien par suivre le mouvement", prédit-il.
Jusque là, la position de la France tient en deux points : il faut mettre en oeuvre rapidement l'accord du 21 juillet qui prévoit un renforcement du fonds de sauvetage de la zone euro et une nouvelle aide à Athènes avec la participation des banques; et la Grèce doit, d'ici là, tenir ses engagements en matière de réformes, de privatisations et de réduction du déficit. « Inutile de "réfléchir comme certains à une autre stratégie », tant qu'on n'a pas mis celle-ci en musique, a fait valoir François Baroin. Le problème, c'est que plus le temps passe, "plus on doute que l'accord du 21 juillet sera appliqué", relève Jean-François Robin, économiste chez Natixis. "Du coup, les marchés ne voient qu'une alternative, le défaut."
En coulisses, au niveau européen, un défaut de la Grèce et une restructuration de sa dette, avec des pertes sèches importantes pour les Etats et les banques, semble bien être une hypothèse de travail. Mais, selon certains experts, le discours français n'est pas forcément le plus mauvais. Jean-François Robin note d'ailleurs que Paris est sensiblement sur la même position que le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet, "l'exemple à suivre"."Le marché n'aime pas la cacophonie", souligne-t-il, regrettant que l'Allemagne sorte souvent des rangs, jetant une ombre sur la crédibilité des décisions prises en commun.
Pour Jacques Delpla aussi, la France "a raison d'être prudente". "Parler de défaut, c'est dangereux. Une restructuration de dette, ça ne s'annonce pas à l'avance, ça se prépare en coulisses", estime-t-il auprès de l'AFP. La seule solution, à ses yeux, c'est de se préparer à un éventuel défaut grec en bâtissant des "fortifications" pour éviter que l'Italie et l'ensemble de la zone euro ne soient emportés, via notamment une forme de mutualisation des dettes européennes. Le débat sur la faillite partielle ne fait en réalité que commencer, en France et en Europe, mais les gouvernements ne peuvent dire tout haut ce que leurs équipes de conseillers préparent probablement tout bas.
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