Effacer la dette grecque ? Ce que révèle le propos de DSK en France et ailleurs

Par R.P (avec AFP), le 21 septembre 2011 à 14h11 , mis à jour le 21 septembre 2011 à 16h54

Dossier : Crise financière

François Fillon a immédiatement écarté la proposition de l'ancien patron du FMI de " prendre ses pertes " sur la Grèce. Pourtant, en coulisses, chacun se prépare à un tel scénario.

L'euro en débat pièce billet euros monnaie © DR / TF1 News

Reconnaître que la Grèce ne remboursera jamais une partie de sa dette ? Y penser toujours, n'en parler jamais. C'est un peu la maxime classique des dirigeants politiques, selon qu'ils sont aux manettes ou dans l'opposition. Ainsi dimanche soir sur TF1, DSK, qui n'est plus en fonction au FMI, a brisé un tabou en affirmant qu'il fallait maintenant que la zone euro se prépare à un défaut partiel de la dette grecque. "La dette, on voit bien qu'elle est massive et qu'il faut la réduire à tout prix, sauf au prix de la stagnation et de la récession", a-t-il expliqué. « La boule de neige grossit et rend la difficulté de plus en plus grande et la croissance est de moins en moins là", a-t-il déploré. Pour l'ancien patron du FMI, "il faut accepter de reconnaître qu'il faut prendre sa perte".  

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Qui est ce « il » ? "Tout le monde doit la prendre, les Etats et les banques", a-t-il insisté. En clair, il ne s'agirait pas d'effacer purement et simplement des dettes, ce qui provoquerait la panique sur les marchés, mais plutôt de transformer des dettes à court terme en dettes à très long terme, remettant un éventuel remboursement à une date très lointaine. En langage technique, les Anglo-Saxons appellent cela un « roll over ».
 
Interrogé sur les préconisations de Dominique Strauss-Kahn, le député européen Daniel Cohn-Bendit a jugé qu'il "posait le vrai problème".  Depuis un an, "j'ai toujours dit que la Grèce ne peut pas rembourser au rythme où on lui impose d'assainir ses finances", a-t-il expliqué. Il ne faut pas "effacer, ce qui voudrait dire : on oublie". Il faut "rééchelonner, c'est-à-dire on donne du temps à la Grèce pour mettre en place un programme réaliste", selon lui. De son côté, François Hollande a lui aussi estimé lundi ouvertement sur LCI que si les pays européens ne mettaient pas très vite en place le plan de sauvetage décidé en juillet, « on sera obligé de constater le défaut partiel » de la Grèce. L'enjeu est le déblocage en octobre, vital pour le pays, de la sixième tranche de huit milliards d'euros du prêt consenti en mai 2010 au pays. Sans quoi, le défaut de paiement sera constaté.
 
« C'est la méthode Coué »
 

Même si des dirigeants européens semblent l'envisager en coulisses, la France s'en tient officiellement à un message en forme de méthode Coué en excluant toute possibilité de faillite grecque. Un défaut de paiement de la Grèce "n'est pas une hypothèse de travail", a affirmé lundi le ministre des Finances François Baroin. François Fillon est allé lui plus loin en traitant d'"irresponsables" ceux qui suggèrent, à l'instar de l'ex-patron du FMI Dominique Strauss-Kahn, cette décision qui pourrait permettre à Athènes de partir sur de nouvelles bases.
 
"C'est de la méthode Coué", estime à l'AFP Jacques Delpla, membre du Conseil d'analyse économique auprès du gouvernement. Plus sévère, Charles Wyplosz, directeur du Centre international d'études monétaires et bancaires de Genève, critique une forme d' "aveuglement". "Le gouvernement français pense pouvoir éviter l'inévitable simplement en disant « non », déplore cet économiste. Selon lui, "les marchés sont désormais convaincus qu'il y aura un défaut" et le nier ne fait qu'aggraver la situation."Les Allemands en ont accepté l'idée, ils se montrent un peu plus réalistes et les Français finiront bien par suivre le mouvement", prédit-il.
 
Jusque là, la position de la France tient en deux points : il faut mettre en oeuvre rapidement l'accord du 21 juillet qui prévoit un renforcement du fonds de sauvetage de la zone euro et une nouvelle aide à Athènes avec la participation des banques; et la Grèce doit, d'ici là, tenir ses engagements en matière de réformes, de privatisations et de réduction du déficit. « Inutile de "réfléchir comme certains à une autre stratégie », tant qu'on n'a pas mis celle-ci en musique, a fait valoir François Baroin. Le problème, c'est que plus le temps passe, "plus on doute que l'accord du 21 juillet sera appliqué", relève Jean-François Robin, économiste chez Natixis. "Du coup, les marchés ne voient qu'une alternative, le défaut."
 
En coulisses, au niveau européen, un défaut de la Grèce et une restructuration de sa dette, avec des pertes sèches importantes pour les Etats et les banques, semble bien être une hypothèse de travail. Mais, selon certains experts, le discours français n'est pas forcément le plus mauvais. Jean-François Robin note d'ailleurs que Paris est sensiblement sur la même position que le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet, "l'exemple à suivre"."Le marché n'aime pas la cacophonie", souligne-t-il, regrettant que l'Allemagne sorte souvent des rangs, jetant une ombre sur la crédibilité des décisions prises en commun.
 
Pour Jacques Delpla aussi, la France "a raison d'être prudente". "Parler de défaut, c'est dangereux. Une restructuration de dette, ça ne s'annonce pas à l'avance, ça se prépare en coulisses", estime-t-il auprès de l'AFP. La seule solution, à ses yeux, c'est de se préparer à un éventuel défaut grec en bâtissant des "fortifications" pour éviter que l'Italie et l'ensemble de la zone euro ne soient emportés, via notamment une forme de mutualisation des dettes européennes. Le débat sur la faillite partielle ne fait en réalité que commencer, en France et en Europe, mais les gouvernements ne peuvent dire tout haut ce que leurs équipes de conseillers préparent probablement tout bas. 

Par R.P (avec AFP) le 21 septembre 2011 à 14:11
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28 Commentaires

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  • look165, le 22/09/2011 à 21h18

    Non, il y a une autre solution : changer le moteur.

  • Tracteur, le 22/09/2011 à 17h22

    C'est bien beau de critiquer la proposition de dsk... Mais vous, que préconisez vous??

  • mireye11, le 22/09/2011 à 07h31

    DSK......puisqu'il propose d'effacer la dette grecque : les conseilleurs ne sont-ils pas les payeurs ?????

  • morob..., le 22/09/2011 à 06h34

    A d.bernard: je le sais bien que c'est nous qui allons nous faire encore avoir! quand je pense aux centaines de millions d'euros que ce sont partagé les banquiers et leurs traders à l'issue de l'injection de plusieurs milliards de "nos" euros en 2008 par le gouvernement et que nous, nous n'avons pas touché le moindre centimes. tout ça me rend dingue! et je ne parle pas des frais bancaires que l'on nous prend chaque mois pour la moindre opération....

  • morob..., le 22/09/2011 à 06h29

    à marinebis: des précisions s v p! parce que si c'est vraiment possible, je vais tenter le coup!

  • diabolo2012, le 21/09/2011 à 23h48

    Oui et ce n'est pas la meilleur solution...

  • loava, le 21/09/2011 à 23h36

    En quoi est ce clairvoyant ?

  • look165, le 21/09/2011 à 22h37

    Y-a-t-il une autre solution ? Non. Même si les pays déficitaires serrent les boulons, le résultat ne pourra pas être apparent dans 1 an ou 2., Croyez-vous que l'Irlande soit en mesure de résorber, même en 20 ou 30 ans une dette extérieure de 1100% le PIB ? (Oui, vous avez bien lu, 1100%). La seule solution reste l'éponge. On remet les compteurs à 0 et on repart, mais comme il faut ce coup-ci. IL faut savoir que l'argent qui fait défaut aux pays dits capitalistes ou libéraux est entre les mains des pays dits communistes ou apparentés (Russie, Chine Corée...).

  • d.bernard, le 21/09/2011 à 21h47

    ça c'est bien vrai. Mais en vérité c'est nous qui allons rembourser la dette grecque, pas les banquiers!!

  • marinebis, le 21/09/2011 à 21h37

    C'est une procédure qui existe aussi pour les particuliers, renseignez vous...

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