Un bureau de vote parisien, le 22 avril 2012. © TF1 News/L.G. La participation aux législatives a été dimanche la plus faible de la Ve République pour cette élection : à titre de comparaison, elle a été de plus de vingt points inférieure à celle du 6 mai, second tour de la présidentielle. Face à cette abstention croissante, certains souhaiteraient enrayer la tendance. Notamment en modifiant le calendrier électoral. Mais, si l'Elysée réfléchit à cette solution, certains constitutionnalistes doutent de la possibilité, voire de la nécessité, d'ouvrir ce chantier.
Selon le politologue Dominique Reynié, la chute de la participation aux législatives est la conséquence d'une démobilisation d'électeurs qui pensent que l'essentiel est joué avec la présidentielle. Mais aussi, a-t-il commenté lundi sur France Culture, elle est la marque d'un "scepticisme vis-à-vis des partis de gouvernement" et sur leur capacité à agir. Quoiqu'il en soit, de facto, cet écart de participation entre les deux scrutins renforce la présidentialisation du système politique. Or François Hollande a déclaré vouloir rééquilibrer les pouvoirs, notamment de Matignon et du Parlement.
"La solution la plus stupide"
Face à ce constat qui renvoie les législatives au rang d'élections secondaires, l'Elysée a fait savoir que le président voulait engager une consultation avec les chefs des partis sur une réforme des institutions. En premier chef sur l'enchaînement des scrutins. Car pour nombre de responsables à gauche, la proximité entre législatives et présidentielle est contre-productive : Il est "très difficile" de mener une campagne législative après une présidentielle, observe-t-on dans l'entourage présidentiel. "Il y a peut-être une forme de fatigue démocratique", a relevé lundi la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem.
Que faire alors pour empêcher que les législatives ne deviennent un scrutin subalterne ? Hostile à la prééminence présidentielle, Europe Ecologie-Les Verts a son idée: voter le même jour pour l'Elysée et le Palais-Bourbon. Les Verts déposeront une proposition de loi en ce sens, a promis Noël Mamère, (EELV),réélu à Bègles au premier tour. Une telle correction du calendrier "remettrait la pyramide républicaine sur ses pieds", a-t-il plaidé, puisqu'à ses yeux "l'élection législative est la plus importante" dans un régime parlementaire. Pour autant, l'avis n'est pas partagé par les spécialistes : "C'est la solution la plus stupide", a tranché lundi Guy Carcassonne, spécialiste de droit constitutionnel. "C'est organiser un vote à l'aveugle : pour un député sans savoir qui est le président, pour un président sans savoir quelle sera sa majorité". "La démocratie a beaucoup à y perdre". Un autre constitutionnaliste, Dominique Chagnollaud suggère d'organiser deuxième tour présidentiel et premier législatif le même dimanche. Soit une séquence électorale en trois semaines, qui éviterait l'entre-deux incertain. Une période où on ne peut guère gouverner ou légiférer et qui en réalité, dure plusieurs mois, entre campagne présidentielle et installation de la nouvelle Assemblée.
"Réflexion à l'automne prochain"
Sur ce point, Guy Carcassonne est d'accord : on peut éventuellement réduire la période de latence entre les deux élections. Pour lui cependant, ce dossier est loin d'être essentiel. "Certes, les élections législatives prennent des allures de corvée. Mais il est des corvées indispensables", écrit-il dans le Huffington Post. Pour lui, le taux élevé d'abstention "n'a rien de préoccupant". "Même basse, la participation se situe encore à un niveau que bien d'autres démocraties indiscutables pourraient nous envier. Bref, il n'y a pas de quoi s'affoler, ni même s'offusquer".
En somme, le débat entre spécialistes risque de prendre du temps...Et au gouvernement, on reconnaît que la question est compliquée : "Il n'y a pas de solution d'évidence, donc il y aura une réflexion", a déclaré l'entourage du chef de l'Etat, "peut-être à l'automne prochain", a dit Mme Vallaud-Belkacem.










