Le temps de parole est fondé sur la règle de l'égalité à la radio et à la télé à partir du lundi 20 mars 2012. © TF1 News/J. HERTELEERNouvelle période
La campagne présidentielle connaît son grand chambardement médiatique mardi 20 mars. A compter de ce jour, qui correspond au lendemain de la publication de la liste officielle des candidats par le Conseil constitutionnel, l'équité des temps de parole est remplacée par l'égalité. Doit être accordé à chaque candidat, quel que soit son poids dans l'opinion le même temps à la radio et à la télévision : Nicolas Sarkozy et Philippe Poutou valent donc autant. Le temps de parole est décompté de toute déclaration d'un candidat ou de ses soutiens. Le temps d'antenne est l'ensemble du temps consacré à un candidat ou à ses soutiens sous forme de documentaires, commentaires, analyses ou présentation de sondage quand celui-ci est "manifestement favorable" au candidat. Un inconnu qui exprime un avis positif sur un candidat est aussi décompté du temps d'antenne du candidat. Dans cette période, c'est l'équité du temps de parole qui a prévalu, calculée sur le poids du candidat dans les sondages.
Le principe d'"équité" était en vigueur pour les temps de parole et d'antenne depuis le 1er janvier. Chaque "candidat" - il devait avoir reçu des soutiens publics pour être considéré comme tel - devait recevoir une couverture médiatique équivalente à sa représentativité.
La campagne officielle, du 9 avril au 4 mai, est marquée par de nouveaux bouleversements. Les médias doivent non seulement appliquer l'égalité du temps de parole et de temps d'antenne, mais aussi programmer les interventions des candidats "dans des conditions comparables". Autrement dit, si François Hollande est reçu dans un journal de 20h sur une grande chaîne, Nicolas Dupont-Aignan devra l'être aussi.
Le CSA fixe et contrôle
Le décompte du temps de parole politique, en vigueur toute l'année avec l'obligation des "trois tiers" (un tiers à la majorité, un tiers au gouvernement et un tiers à l'opposition), a été mis en place par le Conseil d'administration de l'ORTF en 1969. Une autorité indépendante a pris le relais en 1982, baptisée, en 1986, Conseil supérieur de l'Audiovisuel (CSA). Comme à chaque présidentielle depuis 1988, c'est lui qui édicte les règles médiatiques à respecter pour satisfaire au pluralisme politique. Chaque fois, elle donne à l'avance les dates d'entrée en vigueur de l'équité et de l'égalité. Ces dates varient : en 2006, les décomptes avaient démarré le 1er décembre, soit un mois plus tôt que pour l'élection présente, parce que les candidats s'étaient déclarés plus rapidement.
C'est également cette autorité administrative indépendante qui contrôle le bon respect des règles. Les grandes chaînes, celles qui représentent plus de 70% d'audience ensemble, "déclarent" leurs décomptes au CSA, qui les comparent avec ses propres mesures. Les autres médias sont contrôlés de façon inopinée. Si un manquement est avéré, le CSA adresse une lettre de mise en garde, puis met en demeure avant de sanctionner. La sanction va d'une lecture d'un communiqué à l'antenne à une suspension d'audience ou à une amende. En période électorale, jamais aucune sanction n'a jusqu'à présent été prononcée.
Les médias concernés
Ont l'obligation de respecter ces règles, en théorie, toutes les chaînes et radios. Mais le CSA s'intéresse en particulier aux chaînes généralistes et d'information, ou bien - comme Radio Classique par exemple - aux médias qui reçoivent des invités politiques. En revanche, la presse écrite et en ligne n'est pas concernée. En effet, le CSA considère que la ressource disponible sur ces supports est suffisamment vaste pour que le lecteur ou l'internaute fasse un choix libre. Et donc que sa liberté le jour du vote ne sera pas entravée.
La grogne des patrons de l'audiovisuel
Les règles ont été conçues à un moment où il n'existait que 7 établissements audiovisuels en France. Avec la multiplication des chaînes et radios d'info en continu, le respect de l'égalité devient un casse-tête pour les médias et fait l'objet de nombreuses protestations. Anticipant la période d'égalité, les dirigeants de neuf chaînes de télévision et de radio ont ainsi saisi sans succès début février le Conseil constitutionnel pour exiger un assouplissement de ces règles. "Cette situation n'existe pas chez nos grands partenaires européens qui ne sont pas moins démocratiques que la France, pas plus qu'elle ne concerne ni la presse ni internet, pourtant des vecteurs tout aussi importants d'information que l'audiovisuel", ont dit conjointement les patrons de RTL, France Inter, France Bleu, France Info, France Culture, Europe 1, RMC, BFM Business et BFM TV. D'autres redoutent que le traitement de la campagne soit réduit à la portion congrue. Régulièrement, la profession exige que l'égalité ne porte que sur la période allant du premier au second tour, soit quand il ne reste plus que deux candidats.














