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Qui sont ces trentenaires qui votent FN ?

Amélie Gautier par
le 25 avril 2012 à 05h00 , mis à jour le 25 avril 2012 à 12h53.
Temps de lecture
5min
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Dossier Election présidentielleINTERVIEW - Selon un sondage TNS Sofres/Sopra Group pour TF1 et Métro, Marine Le Pen est arrivée en 2e position chez les 25-34 ans, avec 24% juste derrière François Hollande. Qui sont ces jeunes ayant voté pour elle et pourquoi ? Décryptage.

 TF1 News : Selon une enquête* publiée dimanche, Marine Le Pen est arrivée en deuxième position au premier tour chez les 25-34 ans à 24% ; devant elle Hollande avec 25%... Qui sont ces électeurs ?
Sylvain Crépon** : Beaucoup appartiennent à l'électorat de base du Front national : les petits commerçants-artisans et les ouvriers de l'industrie et des services. Beaucoup sont également non-diplômés. En début de carrière ou avec des emplois précaires, c'est une génération qui n'est pas encore totalement intégrée professionnellement. Elle est la plus menacée par la crise économique, la plus concernée par les plans sociaux, la plus inquiète aussi. C'est la France précaire, celle des laissés pour compte, des oubliés de la mondialisation. Cette dernière fait peur aux non-diplômés, ceux notamment qui ne parlent pas de langue étrangère. Ils ne se sentent pas armés pour faire face à la construction européenne. Face à tout cela, le réflexe peut être de se réfugier dans un discours qui prône la fermeture des frontières, la préservation de l'identité, le retour à d'antan avec ce mythe des origines où tout allait bien. C'est chez ces jeunes qu'il peut y avoir le plus grand pessimisme, le moins de confiance en l'avenir notamment au niveau économique et social. Et donc, peut-être, le sentiment d'être les oubliés des politiques, des gouvernements. Le vote Front national peut être une sorte de rappel à l'ordre : ne nous oubliez pas.
 
TF1 News : Ce serait donc un vote de "crise", comme l'ont dit François Hollande et Nicolas Sarkozy ?
S.C. : Il y a effectivement cette dimension conjoncturelle qui me semble essentielle. Je ne crois pas à ce 'vote d'adhésion', on en parle d'ailleurs depuis 20 ans. Selon moi, il s'agit toujours d'un vote protestataire. Les gens plébiscitent les fondamentaux de Marine Le Pen (immigration, insécurité, précarité sociale) mais ne lui reconnaissant pas pour autant une aptitude à gouverner. En revanche, pour eux, elle sait pointer leurs vrais problèmes. C'est une autre explication du succès de Marine Le Pen chez cette génération : elle a su capter le désarroi de cette catégorie populaire. Lui donner un sens, l'exprimer. Reconnaitre ces catégories précarisées pour ce qu'elles sont : des personnes fragiles.
 
TF1 News : Vous parlez également d'une 'identification'...
S.C. : Oui. C'est l'une des raisons pour lesquelles Marine Le Pen peut plaire. C'est une femme, elle a la petite quarantaine, elle est active, avocate, divorcée deux fois, elle a un compagnon aussi divorcé et une famille recomposée... C'est un peu l'archétype de la femme moderne, elle est l'image de la bonne copine. Selon moi, c'est quelque chose ayant pu marquer cette génération. 'Marine, elle est comme nous' est un argument qui revient souvent dans les discussions avec les sympathisants frontistes. Il y a aussi le côté générationnel. Elle donne le sentiment d'avoir rompu avec son père, avec cette époque Algérie-française. Cela aussi donne le sentiment que le parti est dépoussiéré, c'est quelque chose qui peut jouer.
 
TF1 News : Voter Le Pen est-il plus avouable aujourd'hui ?
S.C. Statistiquement, c'est difficile à dire. Mais lors de mes enquêtes sur le terrain, je constate effectivement que les militants ou sympathisants ont moins de réticences à avouer leur vote ou leur adhésion. C'est assez nouveau. Il y a 10 ans, ils me disaient très souvent 'vous ne citez pas mon nom' etc.
 
TF1 News : Est-ce que cela veut dire que son entreprise de "dédiabolisation" a marché ?
S.C. Partiellement. Elle a un peu rompu avec le côté sulfureux de son père, s'est démarquée de ses provocations sur la Shoah, l'inégalité entre les races. Cela a sans doute contribué à baisser les barrières autour du FN. Car cette génération sait très bien qui est Jean-Marie Le Pen, ce qu'est le FN. Pas mal de gens m'ont dit 'tant que c'était Jean-Marie Le Pen, je ne pouvais pas rejoindre le FN. Maintenant avec Marine, je le peux'.
 
Elle a su transformer l'image du parti, donner des gages de bonne foi démocratique. Elle a également changé son discours vis-à-vis à de l'immigration. Cela a pu aussi sensibiliser ce nouvel électorat. On ne parle plus immigration forcément en termes économiques mais on s'oppose à l'immigration au nom de la défense des valeurs culturelles. Là, elle s'est inspirée des partis néo-populistes européens, le PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas par exemple. C'est quelque chose qui est beaucoup plus porteur électoralement.
 
TF1 News : Mais le FN n'a-t-il pas changé ?
S.C. Non, son programme est le même. Toute la subtilité du discours de Marine Le Pen est d'avoir préservé ses fondamentaux (populisme, dénonciation des élites, immigration, insécurité) en en dépoussiérant l'image. En d'autres mots, elle a préservé l'essentiel de la boutique en faisant juste un petit ravalement de façade.
 
TF1 News : Ceux qui restent les plus réfractaires au FN sont les retraités. Selon ce sondage, 11% des plus de 65 ans ont voté pour elle. Comment l'expliquez-vous ?
S.C. Plusieurs hypothèses. Ils appartiennent à la génération du baby-boom, une génération qui a connu le plein-emploi, assez protégée, privilégiée, qui n'est pas confrontée forcément à une très grande précarité. Deuxième explication : c'est une génération qui a été confrontée à l'émergence du FN, au côté violent et sulfureux de Jean-Marie Le Pen. Ces personnes âgées ont traversé une certaine période sombre de l'histoire de France : la seconde guerre mondiale pour les plus âgés, pour les autres, les guerres de décolonisation auxquelles s'est associé Le Pen. C'est peut-être une population plus vigilante au regard de son expérience historique.

*Sondage TNS Sofres/Sopra Group/TriÉlec pour TF1 et Métro publié dimanche et réalisé par téléphone le 22 avril auprès d'un échantillon de 1.515 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus et inscrite sur les listes électorales. Méthode des quotas.
 
** Sociologue spécialiste du FN, Sylvain Crépon est notamment l'auteur d'Enquête au cœur du nouveau Front national (Éd. Nouveau Monde).

Commenter cet article

  • jps7658 : Cela fait plaisir de voir des jeunes lucide

    Le 30/04/2012 à 11h28
  • zen1494 : C'est bien connu que les jeunes choisissent les extrêmes jusqu'au moment où ils entrent dans le monde du travail. Avant c'était l'extrême gauche et maintenant c'est l'extrême droite. Mais ce repli sur soi de la jeunesse est tout de même inquiétant.

    Le 28/04/2012 à 10h47
  • morob... : à avecsarko30 : manichéisme...le bien....le mal...sarko...hollande....hollande....sarko? choisissons le moins mauvais!

    Le 28/04/2012 à 01h19
  • seiyar70 : Seb__ allez dire ça à un buraliste que je connais , qui a bossé 44 ans et qui touche 800 euro net de retraite par mois...

    Le 26/04/2012 à 15h49
  • doradus : Alcyon01 : FS ou NS sont compétents ?

    Le 26/04/2012 à 14h10
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