Images d'archives de Nicolas Sarkozy et François Hollande © Montage TF1 NewsL'un veut fêter le "vrai travail", l'autre ironise sur l'éventuelle existence en France d'un "faux travail" : Nicolas Sarkozy et François Hollande, repartis sur les chapeaux de roues dans une campagne d'entre-deux-tours qui s'annonce déjà éreintante, se sont affrontés lundi soir par meetings interposés sur un sujet inattendu - celui des rassemblements du 1er mai. Un sujet qui était apparu en cours de matinée, avec une déclaration du président sortant et candidat de l'UMP faite à l'issue d'une réunion à Paris avec son équipe de campagne sur les suites du premier tour du scrutin.
"Le 1er mai, nous allons organiser la fête du travail mais la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, qui sont exposés, qui souffrent et qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille", avait dit le chef d'Etat à la presse. "Et donc, il y aura un très grand rassemblement le 1er mai autour du travail et on défendra nous, vraiment, le travail, pas le statut". Ce projet de rassemblement pourrait avoir lieu place du Trocadero, dans le XVIe arrondissement de Paris. Une façon pour Nicolas Sarkozy de défier les "corps intermédiaires" que sont les syndicats, qui organisent traditionnellement ce jour-là de grandes manifestations et qu'il n'a de cesse de critiquer. Mais peut-être aussi un clin d'oeil au Front national, dont les électeurs détiennent en partie la clef du second tour de la présidentielle, le 6 mai, et qui défile également tous les ans le 1er mai dans la capitale.
"J'ai vu que M. Hollande n'était pas content..."
En campagne à Lorient, le candidat socialiste a raillé quelques heures plus tard la volonté du président sortant de fêter "le vrai travail". "Cela voudrait dire qu'il y aurait un faux travail en France, qu'il y aurait finalement une opposition à organiser entre les travailleurs eux-mêmes, ou entre les travailleurs et les chômeurs, ou entre les travailleurs et les assistés ?" a demandé François Hollande. "Non. S'il y a eu la fête du travail (...) c'est parce qu'il y a eu des hommes et des femmes qui voulaient se réunir, se rassembler, se mettre ensemble pour la dignité du travail, pour le travail pour tous, pour la reconnaissance du travail, la rémunération du travail", a-t-il poursuivi. "Moi, je ne fais pas le jour du 1er mai une fête des uns contre les autres", a-t-il également lancé à Quimper.
La réponse du président sortant, à la fin de son meeting de Tours, lundi soir devant plusieurs milliers de partisans, n'a pas tardé. "Je vois qu'on me reproche quelque chose de terrible : j'ai choisi de vous inviter à un très vaste rassemblement le 1er mai, le jour de la fête du travail, parce qu'il me semble que nous tous on a aussi le droit de parler du travail", a-t-il dit. "J'ai vu que M. Hollande n'était pas content mais je ne savais pas que le 1er mai avait été privatisé par le Parti socialiste", a poursuivi Nicolas Sarkozy. "Tenez-vous bien : il nous est donc interdit de nous réunir le 1er mai et nous n'avons pas le droit de parler du travail, le 1er mai ! Eh bien, j'ai envie que cette France qui travaille se rassemble à Paris le 1er mai et j'ai envie de lui parler de notre conception du travail".
Au-delà des deux candidats qui vont s'opposer au second tour de la présidentielle, cette proposition de Nicolas Sarkozy a vivement fait réagir à gauche. "C'est vraiment une honte d'utiliser le 1er mai", a contré la numéro un du PS, Martine Aubry. Soulignant que le président sortant avait "augmenté d'un million" le nombre de chômeurs sur son quinquennat, elle a jugé : "à sa place je ferai profil bas". Quatrième homme de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon (11,1%), a parlé d'une "radicalisation du combat" par Nicolas Sarkozy, voyant dans les manifestations unitaires "le meilleur anti-poison dont on dispose". Du côté des écologistes, le sénateur Jean-Vincent Placé (EELV), soutien d'Eva Joly (2,3%), a aussi dénoncé une "provocation préméditée" d'un président sortant qui veut "courir derrière les voix" du Front national avec des "discours les plus poujadistes possibles contre les forces syndicales du pays".














