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DOSSIER : Euthanasie: le débat

Hollande et l'euthanasie : les couacs de la com

Franck Lefebvre-Billiez par
le 22 juillet 2012 à 12h15 , mis à jour le 22 juillet 2012 à 20h23.
Temps de lecture
4min
Un lit d'hôpital.

Un lit d'hôpital/Image d'archives / Crédits : Thinkstock

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Politique"Euthanasie" : lorsqu'il a annoncé, mardi, la création d'une mission sur la fin de vie pour "les cas exceptionnels", François Hollande n'a pas prononcé le mot. Pour le président, le débat s'annonce comme un terrain miné. Ce que montre aussi le choix d'un rendez-vous fixé au dernier moment pour cette annonce...

Les bouleversements d'emploi du temps sont une constante de la vie présidentielle. En cela, François Hollande ne se distingue pas de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Mais ces lignes biffées et réécrites sur l'agenda du chef de l'Etat peuvent être révélatrices. En témoigne la visite faite mardi dernier par le chef de l'Etat à la maison médicale Notre-Dame-du-Lac, à Rueil-Malmaison - une institution gérée par les Diaconesses de Reuilly, communauté religieuse protestante, et spécialisée dans la médecine palliative et l'accompagnement des patients en fin de vie. C'est là que le chef de l'Etat, entouré de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, et de Michèle Delaunay, déléguée aux Personnes âgées et à l'autonomie, a officiellement chargé le professeur Didier Sicard d'une mission sur la fin de vie pour "les cas exceptionnels".

C'était, pour François Hollande, la concrétisation d'un engagement de campagne. Mais le choix des mots, tout comme le choix de l'endroit, soulignent surtout le malaise d'un président engagé sur un terrain qu'il sait miné. A aucun moment, il n'a prononcé le mot "euthanasie". Il ne s'est pas davantage engagé dans la voie d'une légalisation de l'aide aux patients incurables à mourir, réclamée depuis des années par certaines associations comme l'ADMD, l'Association pour le droit de mourir dans la dignité. Et c'est depuis un service de soins palliatifs qu'il a annoncé la création d'une mission de réflexion.

Des positions tranchées

Mais le débat ultra-sensible sur la fin de vie oppose trop souvent de manière radicale les tenants d'une légalisation de l'euthanasie, et ceux qui réclament plus de moyens d'accompagnement - ces derniers étant souvent marqués par un engagement fort dans le domaine religieux. Et en la matière, les positions de l'Eglise catholique sont sans ambigüité : toute mort volontairement donnée est moralement inacceptable, même s'il s'agit d'abréger les souffrances de patients condamnés. En acceptant de se risquer sur le terrain de la fin de vie, tout en rappelant les avancées de la loi Leonetti... mais sans aller plus loin, le chef de l'Etat risquait de susciter les critiques d'associations comme l'ADMD. Mais impossible de lancer une mission de réflexion sur un tel thème en occultant purement et simplement l'aspect religieux. Alors, à qui en confier les rênes ?

Dans un tel débat, Didier Sicard pouvait sembler une personnalité incontestable. Médecin et ancien président du Comité consultatif national d'éthique, il est aussi et surtout une personnalité respectée du milieu protestant. Quant au lieu choisi pour cette annonce, il a, lui aussi, fait l'objet de subtils arbitrages. Spécialisée dans l'accompagnement des patients en fin de vie, la maison médicale Notre-Dame-du-Lac est, elle aussi, liée au monde protestant. François Hollande, qui, lors de sa visite, a insisté sur son respect des "consciences et des voix venues notamment des autorités spirituelles", a reçu le même jour, dans l'après-midi, Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France. Voulait-il, en choisissant un tel lieu pour son annonce, marquer sa volonté d'associer toutes ces "autorités spirituelles" à une telle réflexion ? Ou fallait-il voir dans ce choix un souci de se démarquer quelque peu des institutions catholiques ?

Après l'annonce...

Mais - conséquence, précisément, de ces subtils arbitrages - le rendez-vous avait été arrêté au tout dernier moment. Il avait même été ajouté si tardivement dans la liste des déplacements du chef de l'Etat que les Diaconesses de Reuilly, qui ne disposent pas de leur propre service de presse et s'en remettent, pour cela, à la Fédération de l'Entraide Protestante, n'avaient pas pu communiquer à ce sujet. Quant aux journalistes présents sur place lors de la déclaration présidentielle, cet aspect leur a sûrement paru secondaire. Dès lors, les seules mentions du lieu faites dans les médias le présentaient simplement comme le deuxième centre de soins palliatifs en France, géré par une communauté religieuse, dans une institution portant le nom en apparence fort catholique de "Notre-Dame-du-Lac". Il est vrai que les Diaconesses font figure d'exception dans un monde protestant où les ordres religieux sont rarissimes. Même Jean-Luc Romero, président de l'ADMD, a dénoncé le choix de Didier Sicard pour mener la mission sur la fin de vie en se référant à "la puissance du lobby catholique" et en le qualifiant de "proche de la théologie morale catholique". Une proximité supposée envers les positions de l'Eglise catholique qui avaient déjà attiré à Didier Sicard les critiques du sociologue Pierre-André Taguieff...

Si François Hollande cherchait à rester au-dessus de la mêlée, et à éviter d'être vu comme plus proche d'un camp ou de l'autre dans le très délicat débat sur la fin de vie, c'est raté. Et l'incident révèle en tout cas que, si les changements d'agenda constituent le quotidien des chefs de l'Etat, la lisibilité de leur ligne politique n'y gagne pas toujours.

Commenter cet article

  • vincentt1 : Justement il ne prend pas parti car il est incapable de prendre des décicions sur des sujets majeurs. Et comme d'habitude, il réfléchit, consulte, re réfléchit et au fina au bout de 6 mois, il ne fera rien.

    Le 23/07/2012 à 13h27
  • shooby02470 : Il était temps qu'on se penche sur le problème. Que va t-il en sortir ?

    Le 23/07/2012 à 08h41
  • bill_boquet : Sur ce sujet, Monsieur Hollande ne parviendra jamais à mettre d'accord le chevrier, le loup, la chèvre, le chou et le jardinier. Il serait bien inspiré soit de prendre parti clairement, soit de passer à autre chose.

    Le 22/07/2012 à 15h55
  • anne342 : La France doit-elle légaliser la mort alors qu'elle dépense des fortunes pour le confort de grands prisonniers. La France n'a pas son mot à dire NON A L'EUTHANASIE, cela semble plus que logique dans un pays qui a aboli la peine de mort !!!

    Le 22/07/2012 à 15h48
  • archiarchibald : Je n'ai pas tout à fait saisi en quoi il y a eu des "couacs" ? Je dois probablement être bête, ou ne pas savoir lire, malgré mon Master... Dans un débat si délicat, François Hollande a essayé de ménager tout le monde. Il n'évitera jamais la critique, à moins de ne satisfaire qu'un seul camp. Le précédent gouvernement serait passé en force et sans débat.

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