Ce que la campagne présidentielle n'a pas réussi à enclencher, la dégradation forte du climat économique et sociale l'oblige : la droite, mais aussi maintenant la gauche vont débattre du manque de compétitivité de l'industrie française et du problème du coût du travail. Le choc de l'annonce du plan social chez PSA accélère les choses. Le président du groupe automobile réclame une baisse "massive" du coût du travail pour éviter de nouveaux sinistres sociaux en France.
En réalité, le décor a été planté avant cette annonce, lors de la grande conférence sociale. Ainsi François Hollande a ouvert lundi la rencontre en érigeant la compétitivité parmi les "grands défis" du pays. Et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, la ferme le lendemain en annonçant une concertation, suivie d'une réforme en 2013, sur le financement de la protection sociale, avec l'objectif affiché d'"améliorer la compétitivité de nos entreprises".
Reste à connaître les recettes du gouvernement. Pressé par l'OCDE et Bruxelles de procéder à des réformes structurelles, notamment pour baisser le coût du travail, le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, promet des "efforts", mais pour une "compétitivité à la française" aux contours encore flous. Malgré un consensus sur le constat du mal, droite et gauche ont fait campagne, avant la présidentielle, sur des remèdes différents. L'ancienne majorité a adopté in extremis sa "TVA sociale" ou antidélocalisations": une hausse de la taxe sur la consommation pour compenser un fort allègement des cotisations sociales payées par les entreprises. Cette mesure visait à diminuer le coût du travail pour aligner l'industrie française sur l'Allemagne, championne des exportations et qui pratique la modération
salariale depuis une décennie.
Quelles solutions ?
La droite, après avoir multiplié sans grand effet les plans d'aide à l'export, faisait ainsi de la "compétitivité prix" le coeur du problème. La gauche a d'abord contesté cette analyse. Pour elle, le coût du travail n'est que très partiellement en cause. Le candidat Hollande a donc promis d'abroger la "TVA sociale", misant plutôt sur une baisse de la cotisation foncière des entreprises, susceptible à ses yeux de mieux cibler le secteur industriel exposé à la concurrence internationale.
Pour le reste, les socialistes veulent renforcer la "compétitivité hors prix" en aidant les PME à grossir pour se développer à l'international. Pierre Moscovici a évoqué jeudi au Sénat une "politique globale" qui "mettra l'accent sur tout ce qui renforce l'innovation, la recherche et l'industrie". Mais cela ne suffit pas au patronat, qui plaide inlassablement pour un allègement du coût du travail et a reçu le soutien d'économistes, le week-end dernier aux Rencontres d'Aix-en-Provence, prônant un "choc d'offre" via "un transfert massif des charges patronales vers la CSG".
Message entendu par l'exécutif. Moins d'une semaine après avoir confirmé, en Conseil des ministres, l'annulation de la "TVA sociale", le gouvernement a ainsi ouvert le chantier. Pour l'heure, les ministres se bornent à affirmer que relever la CSG pour baisser les cotisations est "une piste", mais pas forcément "la solution". La balle est dans le camp tout nouveau commissaire général à l'Investissement, Louis Gallois, chargé cette semaine par le Premier ministre d'une mission sur la compétitivité des entreprises









