S'il faut en croire Libération, la décision serait imminente. Nicolas Sarkozy compte, assure le quotidien, réunir sous peu à l'Elysée l'équipe qui travaille à son programme pour s'atteler à un dossier potentiellement explosif à droite : celui du mariage gay. L'Elysée se garde bien de confirmer ; quant à la porte-parole du gouvernement, Valérie Pécresse, elle dément totalement : "Le président de la République n'a absolument pas changé d'avis et est défavorable à l'ouverture du mariage aux couples homosexuels", a asséné la ministre vendredi matin. "Nul ne peut se prétendre son porte-parole" sur ce point. Quelques élus interrogés par Libération et proches de Nicolas Sarkozy se montrent pourtant très affirmatifs sur le choix que devrait faire le chef de l'Etat : "sa décision est prise", assurent-ils.
Selon nos informations, le futur candidat réfléchit bien à la façon dont il pourrait se prononcer en faveur de cette mesure. Mais "il faut trouver les mots, c'est un sujet qui relève aussi de l'intime pour un homme politique", confie un député UMP qui suit le dossier. Un mariage gay tel que le propose le PS ? Rien n'est tranché.
Y a-t-il donc urgence ? Pas nécessairement ; mais entre TVA sociale, politique d'austérité et défense de l'euro, le chef de l'Etat pourrait trouver là un moyen "d'humaniser un peu son image" (dixit Libé) à peu de frais, avec une annonce qui serait probablement bien reçue au sein de l'ensemble de la population.
"Un ballon d'essai"
Evolution des mentalités aidant, les Français sont en effet aujourd'hui en bonne partie favorables à une telle mesure. Et même s'il s'agit là d'une question traditionnellement dévolue à la gauche, désormais, même à droite, le mariage gay n'est plus un tabou : selon Gaël Sliman, de l'institut BVA, "environ 40% des électeurs de droite" y seraient favorables. En juin, Alain Juppé était allé jusqu'à annoncer, sur le plateau du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, qu'il était favorable à une union homosexuelle, équivalente à un mariage, en jugeant qu'il fallait "donner aux homosexuels l'égalité des droits" avec les hétérosexuels. Roselyne Bachelot s'y était également dite favorable. En novembre dernier, six cadres de l'UMP avaient même appelé dans les colonnes de L'Express à l'ouverture du mariage aux personnes du même sexe. Jean-François Copé leur avait répondu que le thème serait "évoqué dans le cadre de la campagne électorale comme un élément de débat du projet".
Le même problème pourrait se représenter aujourd'hui à l'identique. "Ce genre de mesure peut braquer complètement une partie de notre électorat", admet ainsi un conseiller de l'Elysée dans les colonnes de Libération. Et ceux qui militent depuis longtemps pour les droits des homosexuels ne cachent pas leur scepticisme. Tel Jean-Luc Romero, conseiller régional d'Ile-de-France, autrefois membre de l'UMP et aujourd'hui proche du PS. "C'est à la fois une manoeuvre électorale et un ballon d'essai", a-t-il commenté sur Europe 1. Echaudé par les anciennes promesses de Nicolas Sarkozy "en direction des homosexuels", il estime que "tout ce qu'il n'a pas fait pendant cinq ans, il va le promettre maintenant". Et il dit s'attendre d'ores et déjà à une levée de boucliers au sein de l'aile droite de l'UMP. Tout en glissant, désabusé : "aujourd'hui, il faut être honnête : un gay qui vote conservateur, c'est comme une dinde qui vote pour Noël".









