Qui aurait prédit il y a quelques mois que la mobilisation contre le mariage gay et l'adoption rassemblerait environ entre 340 000 et 800 000 personnes dans les rues de Paris ? Parti de la société civile et non de la société politique, ce mouvement a surpris le gouvernement et les observateurs par son ampleur, sa diversité et son organisation. Mais depuis la manifestation de novembre qui avait réuni, sans battage médiatique, plus de 100 000 personnes, François Hollande savait qu'il devrait compter avec ces cortèges. Et le président sait aussi qu'ils ne le feront pas reculer. Sur cette promesse de campagne, il n'a pas le choix.
Tout d'abord, s'il est bien un sujet qui identifie la gauche politique et sociale, c'est bien le mariage gay et l'adoption. Revendication de longue date des socialistes et de leurs alliés, cette réforme sociétale a déjà été adoptée par plusieurs pays européens, notamment par l'Espagne socialiste de Zapatero en 2005. C'est un sujet qui fait consensus à gauche et qui soude la majorité de François Hollande, ce qui est loin d'être le cas dans le champ économique et social. Ainsi, au moment où le gouvernement va devoir faire accepter à l'Assemblée en mars un accord sur l'emploi plus social-libéral que socialiste, il est de bon aloi de pouvoir afficher sa fermeté sur le mariage gay, un des totems de la gauche.
Par ailleurs, si François Hollande montre sa fermeté dans ce débat, c'est qu'il peut s'appuyer sur une grande partie de l'opinion et sur une majorité politique. Toutes les enquêtes d'opinion montrent en effet qu'une large majorité des Français se montrent favorables au mariage entre couples homosexuels. Si l'approbation de l'adoption pour ces couples est devenue minoritaire ces derniers jours, elle ne suscite pas un rejet massif. Soutenu par l'opinion, le président de la République peut également aisément faire le calcul que sa réforme passera à l'Assemblée comme au Sénat, et sans accroc avec les communistes. Ce qui n'est pas si fréquent en ce moment. Quant à la demande d'un référendum, il dira que le champ de celui-ci ne comporte par les sujets de société et donc qu'il n'est pas constitutionnel.
"Ce n'est pas la rue qui fait la loi"
Politiquement, François Hollande a donc les moyens de camper sur une ligne de fermeté. Qui plus est, il y a intérêt. Dépeint depuis des mois comme un président hésitant et voguant au gré des événements, il peut montrer en ce début d'année à ses soutiens mais également à ses adversaires un nouveau profil, celui d'un homme sachant résister à la rue, même lorsqu'elle fait le plein. « Ce n'est pas la rue qui fait la loi », peut-il marteler, reprenant ironiquement à la droite un de ses vieux principes de gouvernance.
En enfilant vendredi dernier son costume de chef des armées au nom de la survie du régime malien, le président prend de la hauteur. Pendant que la France anti mariage gay défilait dimanche avec pancartes et ballons, lui réunissait un Conseil de défense à l'Elysée. A chacun son conflit en somme. Reste que si François Hollande ne cédera pas sur cette réforme sociétale du mariage gay, elle aura montré la persistance de deux France qui cohabitent sans se comprendre. Mais le président fait le pari que son gouvernement pourra s'appuyer sur la lassitude des Français, très nombreux à penser que cette division ne vaut pas tout le battage médiatique déployé.
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