© AFP. Après une hausse des intentions de vote dans un récente sondage, le patron des centristes en lice pour la présidentielle 2012 voit sa cote de popularité progresser de 7 points en décembre par rapport à novembre, avec 64% de bonnes opinions, selon un sondage Ifop pour Paris-Match. Laurent Wauquiez a estimé mardi que le candidat PS à l'Elysée était "soit naïf, soit complice" dans le dossier du PS du Pas-de-Calais, fédération sur laquelle planent des accusations de corruption. Si le second tour de l'élection présidentielle se déroulait dimanche, le candidat PS serait largement élu face à Nicolas Sarkozy, selon un sondage Ipsos. Derrière le duel UMP-PS va se dérouler dans chaque camp une bataille contre les candidats portant la colère française. Jouant sa partition sociale, la candidate du FN à l'Elysée a promis dimanche lors de son meeting à Metz, d'être la présidente "des oubliés de la politique française" et des "invisibles", devant 1000 à 1500 sympathisants.
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"Malédiction". Le mot avait été lâché par François Hollande lui-même, il aurait pu y mettre un pluriel. Malédiction(s). Il parlait alors de ces sondages trop hauts qui allaient fatalement redescendre. Ce fut le cas.
Mais il aurait pu désigner aussi cette difficulté culturelle des socialistes à s'organiser en force efficace, là où, en face, la machine bonapartiste est déjà prête. Juxtaposition classique d'égos qui cherchent leur place, jalousies et rancoeurs héritées d'années de haines et réconciliations recuites, la rue de Solférino n'échappe pas à son image apparatchik en cette fin d'année. Sans parler des affaires qui viennent éclabousser deux fédérations. François Hollande sent qu'il devra faire campagne seul face aux Français, en marge d'un Parti socialiste que ni Martine Aubry, ni d'ailleurs lui-même ou d'autres n'ont pu rénover totalement.
Il aurait pu désigner ce réflexe d'auto-flagellation des gens de gauche qui clament déjà sous cape que le socialiste sera bien sûr battu, pendant que les partisans de Nicolas Sarkozy arborent un légendaire volontarisme. Le souvenir chez beaucoup d'UMP d'un Chirac au plus mal en janvier 1995 fait chez eux office de mentra. Et la remontée automnale du président dans les intentions de vote au 1er tour leur donne raison. On sait faire la guerre, où on ne la fait pas. La politique est un sport de combat.
Toutefois, au terme d'une très riche séquence internationale et d'une représidentialisation incontestable, pourquoi Nicolas Sarkozy reste-t-il aussi largement battu par François Hollande dans les sondages ? Le niveau actuel de l'un et l'autre, en duel, conduit prudemment à deux enseignements.
Un retour à la normale ?
S'il a su remarquablement tuer la vraie concurrence à droite pour 2012, le rejet personnel dont souffre encore Nicolas Sarkozy dans l'opinion est grand, persistant. "On ne travaille plus depuis longtemps sa popularité mais la comparaison", confirme un dirigeant de la majorité. Mais la stratégie de président protecteur et sauveur de l'euro avec Merkel semble résistible. D'autant plus que derrière le chef d'Etat rassembleur face aux crises perce le candidat clivant. A ce titre, le discours-meeting de Toulon fut à contre-emploi dans la stratégie cohérente de prise de hauteur présidentielle.
En face, François Hollande propose, lui, tranquillement, un autre visage. Placide et souriant, volontairement en retrait du spectacle politique et presque timide face à la fonction suprême. Comme si le "candidat normal" voulait persuader les Français que, comme eux, il avait soif d'un retour à la normale. Pourtant les temps sont tout sauf normaux. Paradoxe d'un homme du compromis doux dans un moment de l'Histoire où il faut trancher durement. Paradoxe d'un homme qui pratique la maîtrise mitterrandienne du temps dans une époque où le temps est aboli.
Si le vaudeville Verts-PS lui a tous comptes faits permis de montrer de l'autorité face à Eva Joly, cet épisode suivi du feuilleton sur son QG de campagne a conforté sa conviction d'un écart grandissant entre les soubresauts médiatico-parisiens et les préoccupations du pays. Conviction que partage Nicolas Sarkozy. "On ne me parle pas de ça sur le terrain", lance souvent le politique au journaliste.
Depuis plusieurs jours, François Hollande s'éloigne de Paris et travaille le contact direct avec les Français dans des déplacements relayés dans les JT. Répondre à l'adversaire juste quand c'est nécessaire mais surtout montrer qu'il est celui qui se soucie le mieux des plus faibles, ceux qui ne croient plus possible un autre chemin. S'échauffer en martelant le bilan du sortant pour proposer le moment venu deux ou trois thèmes. La stratégie semble se construire, elle est mise en musique par Manuel Valls, efficace directeur de campagne-image dont l'expérience à Matignon limite les désordres initiaux.
Campagne douce et floue
Face au rouleur compresseur Sarkozy-Merkel, François Hollande a décidé de jouer la crise française contre la crise européenne, la hausse du chômage plutôt que la règle d'or, les injustices plutôt que la refonte qu'il sait pourtant nécessaire du modèle social français. Sans perdre son image de bon gestionnaire, le député de Corrèze tente de construire le chemin très étroit d'une politique germano-compatible, avec l'esprit de justice en bandoulière. Cette stratégie provinciale ne pourra éventuellement fonctionner que si la présidentielle ne se transforme pas en référendum pour ou contre l'Europe, sans quoi la fracture de 2005 risque de se rouvrir à gauche.
François Hollande, lui, rêve bien sûr d'un référendum pour ou contre Nicolas Sarkozy. Un adversaire dont le désamour lui permettrait peut-être de poursuivre cette campagne douce et floue. "Et si les Français préféraient à la fin faire du pédalo", s'interroge un ancien ministre de droite.
Mais gare à la blietzkrieg à venir du candidat Sarkozy. L'homme a de la souplesse sous le pied, et l'UMP de Jean-François Copé un gros travail programmatique en réserve. Si le chef de l'Etat parvient à initier un saut historique pour l'Europe, François Hollande devra inévitablement élever le niveau de jeu et abattre ses cartes. Sans compter que l'un et l'autre sont sous la menace d'une autre campagne, celle menée par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou. Mais en attendant, l'homme François Hollande ne rate pas son début de campagne, elle est juste brouillée pas quelques socialistes et "alliés" bien encombrants qui alimentent la petite chronique médiatique.
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