Retraites : "lâcher autre chose" menacerait le financement, dit Fillon

Par D.H. (avec agences), le 09 septembre 2010 à 22h21 , mis à jour le 09 septembre 2010 à 22h53

François Fillon s'est livré jeudi soir sur France 2 à un exercice de pédagogie sur la réforme des retraites, deux jours après le succès de la mobilisation, avant de laisser la place à Ségolène Royal qui a assuré "solennellement" que le PS rétablira l'âge légal à 60 ans s'il est élu en 2012.

François Fillon lors de l'émission "A Vous de juger" sur France 2 le 9 septembre 2010François Fillon lors de l'émission "A Vous de juger" sur France 2 le 9 septembre 2010 © France 2

Le Premier ministre était, deux jours après le succès de la mobilisation contre la réforme des retraites, l'invité de l'émission "A Vous de juger" sur France 2. Une émission dédiée à ce dossier chaud, au cours de laquelle sont également intervenus Bernard Thibault et François Chérèque, avant que François Fillon laisse la place à Ségolène Royal. Les invités se succédant dans l'émission, avec leurs soutient (le Premier ministre avec des membres du gouvernement et de l'UMP, Ségolène Royal avec des membres de la direction du PS) s'évitant soigneusement, sans se parler, contrairement à l'habitude sur des sujets aussi brûlants.

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Plus d'infos

 
Une émission au cours de laquelle le chef du gouvernement s'est livré à un exercice de pédagogie pour tenter d'inverser le rapport de force, sans bouger d'un iota sur son contenu, en premier lieu sur le report de l'âge légal. Il a aussi évoqué, plus rapidement, d'autres sujets, comme l'affaire Woerth et son humeur "détendue" du moment. Tour d'horizon.
 
"Etre réaliste" sur les retraites
 
François Fillon a exclu d'autres concessions sur la réforme des retraites, qui mettraient selon lui en péril la pérennité du système, en expliquant que tous les autres pays européens, dont l'Allemagne, avaient des âges de référence plus élevés. Les députés devaient adopter jeudi soir l'article-clé du projet de loi, celui qui relève de 60 à 62 ans l'âge légal de départ en retraite malgré les grèves et les manifestations de mardi qui ont vu défiler de 1,1 à 2,7 millions de personnes. "Je pense qu'aujourd'hui lâcher autre chose, ça veut dire ne plus assurer le financement des retraites", a dit le Premier ministre. Il répondait à une question sur l'autre âge de référence, celui à partir duquel il est possible de toucher une pension à taux plein, quel que soit le nombre de trimestres cotisés, que le gouvernement veut porter de 65 à 67 ans.

"C'est pas une réforme facile, je comprends parfaitement l'inquiétude, le fait que les Français n'approuvent pas le fait de travailler plus. En même temps je leur demande d'être réaliste et de regarder ce qui se passe autour d'eux", a ajouté François Fillon. "Si on ne travaille pas plus longtemps, on ne cotisera pas plus et donc on ne parviendra pas à financer le système de retraites", a-t-il poursuivi en expliquant que si rien n'était fait le déficit serait de 45 milliards d'euros par an en 2020.

CGT ET CFDT DÉPLORENT L'IMMOBILISME
A propos du recul de l'âge de la décote de 65 à 67 ans, il a
expliqué que "si on fait bouger ce paramètre-là, il faut trouver
6 milliards qui sont nécessaires pour financer les retraites".


Toutefois, François Fillon a aussi affirmé lors de cette émission qu'il n'y avait "pas de réforme définitive" des retraites, et qu'il faudrait "des adaptations" au projet du gouvernement à l'avenir. "Il faudra forcément réaliser des adaptations au cours de la mise en oeuvre de cette réforme (...) il faudra faire évoluer les choses", a-t-il dit. Le chef du gouvernement a fait valoir le caractère "raisonnable" de la réforme proposée par le gouvernement comparée à celles menées dans les autres pays européens et qui "s'inscrit dans une continuité après celles de 1993 et de 2003". "Dans tous les autres pays européens, le débat est entre 65, 66, 67 voire 68 ans", a-t-il ajouté.
 
Qui est le boss ?
 
Sur la forme cette fois, interrogé pour savoir si le président de la République était le "patron de la réforme des retraites", le Premier ministre a répondu : "bien sûr, comment pourrait-il en être autrement ? Le président est élu par les Français et décide. Il en toujours été ainsi, même si parfois les apparences étaient différentes". "Dans le passé, je n'ai pas le souvenir, lorsque François Mitterrand était président de la République, lorsque Jacques Chirac était président de la République, que les organisations syndicales refusaient de discuter avec les ministres", a-t-il justifié. Les leaders syndicaux ont refusé de débattre jeudi soir avec le ministre du Travail, Eric Woerth. "Vous pensez vraiment, un instant, que sur une réforme des retraites, le président Mitterrand ou le président Chirac n'avaient pas leur mot à dire ? Qui peut penser cela ?", a-t-il insisté. Mais, a-t-il ajouté, "il n'y a aucune mesure dans cette réforme des retraites qui n'ait fait l'objet d'un débat avec le président de la République, avec le gouvernement, avec Eric Woerth et Georges Tron (Fonction publique)".
 
Humeur, Woerth, Tapie : les autres sujets
 
Quant à lui, comme Arlette Chabot lui faisait remarquer qu'il apparaissait "détendu, serein" sur la plateau alors que le remaniement du gouvernement est attendu en novembre, François Fillon a reconnu être, après plus de trois ans à Matignon, "détendu", car "simplement, je fais ce que je crois juste, parce que j'ai le sentiment que la politique que nous conduisons est en train de porter ses fruits (...) Donc c'est normal que cela me rende détendu".
 
A propos de l'affaire Woerth/Bettencourt, François Fillon a une nouvelle fois apporté son soutien à Eric Woerth "un homme honnête" qui n'a "pas commis de faute", en illustrant son propos par ce que lui, Premier ministre, vit. "Je ne crois pas que le fait de demander une décoration soit une faute. Ou alors il faudrait que je publie la totalité des lettres qui me sont envoyées tous les jours pour des hommes de droite et de gauche, et des femmes, pour me recommander les mérites de telle ou telle personne."
 
Enfin, le chef du gouvernement a refusé de "commenter la décision de justice" qui oblige l'Etat à verser 210 millions d'euros à Bernard Tapie dans le dossier Adidas/Crédit Lyonnais, soulignant toutefois que sur ce montant l'Etat prélèvera la fiscalité.
 
"La réforme de François Fillon est la réforme du Medef"
 
A suivi sur le plateau, Ségolène Royal, qui, comme les autres dirigeants socialistes ces derniers jours, a assuré "solennellement" que le PS, s'il revient au pouvoir en 2012, reviendra à l'âge légal à 60 ans. La socialiste a également longuement fustigé une réforme du gouvernement "terriblement injuste" qui "est la réforme du Medef", appelant à taxer le capital pour financer le système de retraites. "On n'entend pas le Medef, parce que la réforme de François Fillon, c'est la réforme du Medef : mettre à bas les 60 ans et taxer les salariés". 

"Ce que je vous dis aujourd'hui solennellement, parce qu'on entend les ricanements que j'ai entendus quand les socialistes disent qu'ils rétabliront la liberté de partir à 60 ans - on les traite soit de menteurs soit d'irresponsables--, le camp des menteurs et des irresponsables n'est pas de ce côté-ci !". "Quand vous remettez en cause la liberté de prendre la retraite à 60 ans vous frappez les ouvriers, les petits employés, vous frappez les femmes", a ajouté Ségolène Royal. "Est-ce qu'il est juste au moment où nous devons sauver les systèmes par répartition de frapper les catégories populaires et les catégories moyennes ?", a-t-elle interrogé.

"Il n'y a pas eu d'argument nouveau"
 
Entre les deux politiques, le n°1 de la CGT Bernard Thibault, a vu en François Fillon un Premier ministre "pas fondamentalement convaincu par sa démonstration". Interrogé tout comme le leader de la CFDT, juste après le passage du chef du gouvernement qui a quitté le plateau à l'issue de son intervention d'une heure en même temps que tous les ministres qui l'y avaient accompagné, il a déploré sa rigidité. "Il n'y a pas eu d'argument nouveau", a dit le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, qui y voit une raison de plus pour les Français de descendre dans la rue le 23 septembre, lors d'une nouvelle journée de grèves et de manifestations. "Les choses ne bougent pas, les deux bornes (d'âge), on n'y touchera pas", a renchéri François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, qui a fait du maintien de la retraite à taux plein à 65 ans la principale revendication de sa centrale.

Intervenant en dernier, en duplex de l'Assemblée nationale, Eric Woerth a à son tour défendu le projet gouvernemental, assurant un nouvelle fois n'avoir pas proposé sa démission à cause de l'aaffaire Bettencourt : "c'est pas du tout le sujet".

Par D.H. (avec agences) le 09 septembre 2010 à 22:21
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44 Commentaires

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  • grognir, le 12/09/2010 à 15h42

    @ kilian0611 : Visiblement, votre français aussi est malléable... J'aime votre analyse de 2002, c'est d'un limpide...

  • xxl.44., le 11/09/2010 à 15h47

    Pour ma part beaucoup parti de gauche ne veulent pas rallonger le temps de travail, mais je crois que bientôt l'on n'auras plus d'argent pour payer les retraites, et si l'argent manquent je penses que les retraités iront vendre le < Muguet le 1° Mai car Mr Laurent du P.C. as dis qu'il y a vais de l'argent .???????

  • michalowice, le 10/09/2010 à 21h06

    Vous mentez Mr.Fillon et vous en êtes conscient, votre patron a menti en 2007! et continue à aider les riches!!! il est le Président de 52% des citoyens, voilà pourquoi sa cote est toujours en baisse!!! vivement 2012!

  • kilian0611, le 10/09/2010 à 16h46

    Vous savez un sondage ne veut rien dire les chiffres sont maléable suivant ou sont posé les questions et a qui. De plus vou srajouter des parametres d'argent et vous pouvez faire changer la donne, je m'explique vous posez la question etes vous pour ou contre travaillez 2 années de plus et ensuite vous etes pour ou contre laissez la retraite a 60 ans sachant que vous toucherez moins et la vous ferez réagir les gens suivant l'aspect financier car comme tout a chacun nous réagissons par l'argent (malheureusement) mais apres tout libre a vous de croire que 75% soutenaient, au faite en 2002 les sondages ne donnait pas Le Pen au 2eme tour et malgre tout il a balayez Jospin

  • desgiffles, le 10/09/2010 à 15h09

    GOLEADOR56...BERNARD75015....il y a eu un sondage paru en début de semaine indiquant que 75% des français soutenaient le mouvement de grève....je n invente pas....renseignez vous.....il est vrai que vous ne semblez voir que ce qui va dans votre sens....on peu soutenir une manifestation sans y participer, ce qui explique votre calcul un peu simplste.....

  • lutner, le 10/09/2010 à 15h04

    La retraite à 62 ans? Laisser moi rire!! Si vous voulez une retraite à taux plein dans ces conditions il faudra compter avec 67 ans et non 62... Le calcul du départ à la retraite doit être basé sur la durée de cotisation réelle et non sur un age hypothétique de départ. Et les femmes dans tout ça, pourquoi leurs droits à la retraite seraient ils différents et plus pénalisant?....etc...etc..

  • lutner, le 10/09/2010 à 14h49

    Oui le même qui voulait nous faire partir en pré retraite à 55 ans, il y a quelques années...

  • laureb77, le 10/09/2010 à 14h46

    A etchechris....vous n'avez rien compris !! il s'agit de ceux qui ont des contrats de travail établis après la réforme pour 35h de travail payés 35 h.

  • philippe_94, le 10/09/2010 à 14h04

    J'avoue trouver très complexe le problème des retraites. Mme Royal a raison sur un point : le handicap lié à une pénibilité peut survenir pendant la retraite et ce risque n'est pas pris en compte par la réforme. Par contre son idée de référendum est grotesque comme l'a souligné le bayrouiste Alain Duhamel. Etant donné qu'oil y a plusieurs pistes à explorer, ça voudrait dire qu'il faut faire jusqu'à un référendum par proposition... pas très réaliste. Et puis de toute façon le vote des français n'est pas respecté (cf le vote sur la constitution européenne). Le gouvernement dit qu'ailleurs (il cite l'Allemagne) l'âge du départ à la retraite est plus élevé mais il oublie de mentionner les autres paramètres...

  • terredillusion, le 10/09/2010 à 13h55

    Non c'est Fillon qui a refusé de débattre!

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