Sarkozy inspiré par Schröder ? "Ses réformes lui ont coûté son job"

Par , le 31 janvier 2012 à 19h47 , mis à jour le 01 février 2012 à 14h58

Dossier : Élection présidentielle 2012

INTERVIEW - Pour Peter Heusch, le correspondant allemand à Paris du quotidien Südwest Presse, "les réformes n'ont produit leurs effets qu'au bout de quatre ans" en Allemagne. Il explique à TF1 News comment le chancelier de l'époque a pris des décisions pour restaurer la compétitivité du pays.

Gerhard Schröder et Nicolas SarkozyGerhard Schröder et Nicolas Sarkozy © DR

Sans nul doute, Nicolas Sarkozy attend de la présence d'Angela Merkel lors d'un meeting qu'elle donne du crédit à ses choix économiques. Pourtant, il s'est surtout référé dimanche soir à Gerhard Schröder et aux mesures qu'il a prises de 2003 à 2005 pour restaurer la compétitivité de l'Allemagne, alors en proie à de graves difficultés économiques. Les annonces sur le  financement de la protection sociale et l'organisation du travail s'en inspirent directement. "Nos amis allemands l'ont fait en 2004, c'est un Premier ministre socialiste qui l'a fait, Monsieur Gerhard Schröder", a-t-il souligné sur TF1 dimanche dernier. Si ces réformes ont permis de faire baisser le chômage en Allemagne, elles ont eu pour conséquence une stagnation des salaires et une précarité accrue du marché du travail.   

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  • TF1 News : Quelle a été l'origine des réformes décidées par le chancelier Gerhard Schröder en 2003 ?

Peter Heusch (le correspondant allemand à Paris du quotidien Südwest Press) : En 2003, il y avait une prise de conscience publique de la situation grave de l'Allemagne, comme c'est le cas en France aujourd'hui. On frôlait les 5 millions de chômeurs, la réunification allemande n'était pas digérée financièrement et l'industrie allemande était de moins en moins compétitive. Pour un pays champion du monde de l'exportation (un emploi sur deux concerné), c'était très préoccupant.  Il était évident qu'il fallait faire quelque chose.

Gerhard Schröder a donc décidé de quasiment mettre un terme à l'Etat-providence. Citons quelques exemples : l'indemnisation du chômage est passée de trois ans et demi à une seule année, le marché du travail a été considérablement libéré, la possibilité de licencier a été facilitée, l'obligation d'accepter la 2ème proposition d'emploi a été décidée, etc...

D'autre part, il ne faut pas oublier la modération salariale, un point très important.  Un gros effort a été demandé aux salariés à partir de 2003. D'ailleurs, les voisins européens de l'Allemagne lui ont reproché ce dumping social.
 

  • TF1 News : Comment les réformes ont-elles pu passer ?

Peter Heusch : Ce que Schröder a fait, c'est mettre 2 millions d'Allemands dans les rues, ce qui ne s'était jamais vu dans le pays depuis la seconde guerre mondiale. Et le chancelier n'a pas réussi à retourner l'opinion puisqu'il a perdu les élections générales de 2005. Il a dû les anticiper, faute de majorité. Ces réformes lui ont coûté son job.   

Mais si elles ont pu passer, malgré la contestation, c'est aussi parce qu'elles étaient accompagnées, jusqu'à un  certain point, par les syndicats. Ils voyaient la nécessité des réformes même s'ils n'approuvaient pas telle ou telle mesure.

Une des grandes différences entre la France et l'Allemagne, c'est vraiment le rôle des syndicats. Il y a un vrai dialogue social chez nous alors qu'en France, ce ne sont pas des « partenaires sociaux » mais des  « adversaires sociaux ».  Si on prend l'exemple du chômage partiel en Allemagne , c'est-à-dire accepter une baisse ponctuelle de salaire en cas de baisse de l'activité, cette mesure a été appuyée par les syndicats.  Imaginez- vous cela en France ?

Il faut noter que ces réformes n'ont produit leurs effets qu'au bout de quatre ans. Durant les quatre premières années, la vie a été particulièrement dure pour les Allemands. Mais aujourd'hui, ils en récoltent les fruits.

  • TF1 News : Ce modèle de politique réformatrice est-il applicable à la France?

Peter Heusch : D'abord, il me semble que l'on ne peut pas dire : voilà le modèle.  L'Allemagne et la France ne sont pas comparables en termes de secteurs économiques, de tailles d'entreprises, de structure démographique, etc..  En revanche, on peut tout à fait regarder ponctuellement les mesures qui marchent ou qui ne marchent pas.

Pour Nicolas Sarkozy aujourd'hui, cela me semble être une bonne stratégie. Oui, il faut rendre l'industrie française plus compétitive. Est-ce que cela passe ou non par la TVA sociale ? C'est une autre question.  Oui, réduire les déficits est également une nécessité absolue. D'ailleurs, François Hollande comme le président de la République sont d'accord là-dessus.

Mais il ne faut pas oublier que ces réformes se sont passées dans une bonne conjoncture mondiale. Si on voulait réaliser les mêmes changements en France aujourd'hui, ce serait probablement six ou sept années très dures pour la population.

  • TF1 News : Pensez-vous que les Français acceptent plus difficilement les efforts d'adaptation que les Allemands ?


Peter Heusch : Il y a peut-être une différence culturelle. Les Allemands sont des citoyens plus disciplinés. Les gouvernements français ont généralement plus de résistance lorsqu'ils décident de réformes.  Mais vous savez, Gerhard  Schröder n'a pas non plus su persuader les Allemands de la justesse de ces mesures. Il  a aussi eu un certain courage politique. 
 

  • TF1 News : Quel est votre regard de journaliste allemand sur le début de la campagne présidentielle en France ?

Peter Heusch : Avant la primaires socialiste, je craignais que les candidats soient dans une surenchère de promesses. Or aujourd'hui, je trouve que le débat est à la hauteur des défis. Si on regarde le programme de François Hollande et ce que l'on devine de celui de Nicolas Sarkozy, les électeurs auront le choix entre deux programmes de réformes et de rigueur. 
 

Par Renaud Pila le 31 janvier 2012 à 19:47
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44 Commentaires

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  • chrimili, le 04/02/2012 à 15h24

    Les bonnes mesures sont de droite et de gauche. Faire un tri c'est bien si tout le monde arrête de s'envoyer des sceaux d'ordures à la figure. Changement ou pas la démocratie s'affichera...mais il faut laisser le temps aux réformateurs courageux. Les effets ne sont pas immédiats et il est très difficile de mettre en route le rouleau compresseur. Méfions-nous des extrêmes...ILs promettent la lune "électorale..."

  • chrimili, le 04/02/2012 à 15h14

    Pourquoi ?

  • syberya, le 02/02/2012 à 09h43

    Tout comme celles de Sarko....

  • clementine1218, le 02/02/2012 à 02h01

    En Allemagne ils n'ont pas un minimum assurer donc les patrons font ce qu'ils veulent et les Allemands ne devraient pas accepter ça. En France ça n'arrivera pas personne ne l'acceptera.

  • loava, le 02/02/2012 à 00h23

    Précisez : la gauche prefere l' immobilisme !

  • j.bon, le 01/02/2012 à 21h31

    @ claudcouledouce ou se trouve l'avantage d'aider des constructeurs qui délocalise? Comment calculez vous les 2 millions de chômeurs évites? D'ou sortez vous l'augmentation de 25% des retraites? Je ne sais pas ou vous allez chercher vos informations mais vous devriez consulter d'autres sites que celui de l'UMP J'AI BIEN PEUR QU'ON NE VOUS Y MONTRE QU'UNE VISION PARTIELLE DE LA RÉALITÉ

  • j.bon, le 01/02/2012 à 21h28

    @ drimup si vous voulez vous lancer dans ce genre d'argument je ne vois pas hollande essayer de placer ses enfants a la tête de l'epad

  • faug5, le 01/02/2012 à 21h16

    Les ministres augmenté les ouvriers avec un salaire divisé par 2( job a 1 euro) le medef en a rêvé sarkozy va le faire

  • vladkr, le 01/02/2012 à 16h30

    Parce que beaucoup de gens sont pour les réformes lorsqu'il s'agit de poster sur internet, mais sont contre la perte de leurs privilèges quand il s'agit de passer à l'action. Les reformes, c'est bien quand ça touche les autres, n'est ce pas ? En attendant, dire que la France n'est pas capable de faire des réformes est faux. D'ailleurs, s'il n'y en avait pas eues, la France serait toujours une monarchie.

  • drimup, le 01/02/2012 à 16h23

    Je ne pense pas qu'en cas de prise d'otages dans une école maternelle, Hollande ait les tripes d'aller négocier avec un gars bardé de dynamite pour sauver des gosses.

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