© INTERNEIl faut limiter les publicités qui incitent les jeunes à boire. Tel est le message lancé dans une déclaration commune par les représentants de 51 pays, en majorité européens, qui ont participé à Stockholm à la conférence sur les jeunes et l’alcool, organisée par l’Organisation mondiale de la santé et l’Union Européenne, et qui s’est achevée mercredi. En réaction à cet appel aux gouvernements, la rédaction de tf1.fr a recueilli les propos de Pierre Guibé, médecin alcoologue en centre d’alcoologie pour l'A.N.P.A (Association Nationale de Prévention de l'Alcoolisme) et en milieu hospitalier dans le Val d’Oise, et Pascal Melihan-Cheinin, coordinateur des actions d’information et de prévention à la Ligue nationale contre le cancer.
tf1.fr : Que pensez-vous de la résolution adoptée lors de la conférence ?
Pierre Guibé : C’est un encouragement fort pour les associations et les professionnels de la santé. Il était important que la lutte contre la toxicomanie n’occulte pas celle contre l’alcoolisme car c’est une question majeure de santé publique. Maintenant, je suis plus réservé sur la capacité des parlements nationaux à légiférer sur ce thème, notamment en France, où la pression des milieux viticoles est très forte. Et il faut que le ministère de la Santé se donne les moyens financiers d’engager des actions de prévention et de mettre en place des centres de soins adaptés.
tf1.fr : Une étude présentée à Stockholm indique pourtant que les jeunes Français boivent moins que la moyenne européenne…
P. G. : Cette étude concerne les jeunes de 16 ans, un âge auquel la consommation d’alcool est beaucoup moins importante qu’à 20 ans. Bien sûr, il ne faut pas confondre l’expérience de l’ivresse et la dépendance mais, d’une manière générale, je pense que l’alcoolisme chez les jeunes est sous-estimé. Les jeunes consultent rarement pour des problèmes liés à l’alcool car la "L’alcoolisme
prise de conscience intervient plus tardivement. Médecins, éducateurs, professeurs et policiers sont confrontés à une toute autre réalité sur le terrain. Dans les centres de soins, nous avons affaire aux cas les plus graves : des polytoxicomanes avec des troubles de la personnalité. D’ailleurs, la délinquance juvénile est souvent liée à l’alcoolisme.
chez les
jeunes est
sous-estimé."
tf1.fr : L’OMS préconise de limiter la publicité sur les alcools pour réduire la consommation chez les jeunes, une politique appliquée en France dans le cadre de la lutte anti-tabac. Le bilan est-il positif ?
Pascal Melihan-Cheinin : L’interdiction de toutes formes de publicité sur le tabac est l’un des éléments-clés de la loi Evin, votée en janvier 1991. Ce dispositif législatif, dont beaucoup de pays se sont inspirés, a eu des effets immédiats. De 1992 à 1997, les ventes de tabac en France ont baissé de 11,3% et celles de cigarettes de 14,5%. En 2000, les ventes de cigarettes ont encore baissé de 1,4%. Toutefois, les industriels ont contourné cette interdiction en multipliant les activités de promotion dans les lieux de vie fréquentés par les jeunes : boîtes de nuit, soirées "Pour
étudiantes, festivals musicaux…
sensibiliser
les jeunes,
il faut
leur parler
concret."
tf1.fr : Début février, Philip Morris avait lancé en France une campagne sur le thème " les mineurs ne doivent pas fumer ". Une initiative qui n’a pas fait l’unanimité…
P. M.-C. : Le moteur de l’expérience tabagique, c’est le passage à l’âge adulte. L’interdiction suscite un sentiment de rejet chez les jeunes et les conforte dans leurs pratiques. Les industriels du tabac l’ont bien compris. Ce type de campagne leur permet également de se dédouaner et de se donner une bonne image. Communiquer sur les dangers du tabac auprès des jeunes n’est pas facile. Depuis le 22 janvier, la Ligue nationale contre le cancer et la Mutualité Française proposent aux 15-35 ans la prise en charge partielle des traitements afin d’arrêter de fumer. Pour sensibiliser les jeunes, il faut leur parler concret.
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