© INTERNEContactés par la rédaction de tf1.fr, Anne Deschamps, responsable du Réseau national de surveillance sismique pour la Provence-Alpes-Côte d’Azur, Jean-Robert Grasso, physicien au Laboratoire de géophysique interne et tectonophysique de Grenoble, et Jean Virieux, directeur du Laboratoire Géosciences Azur, reviennent sur la secousse sismique qui a touché les Alpes-Maritimes, dimanche soir.
tf1.fr : Les tremblements de terre de 4,9° de magnitude, comme celui de Nice, sont-ils fréquents sur la Côte d’Azur ?
Anne Deschamps : Ils ne sont pas fréquents mais les habitants de la région niçoise en ressentent plusieurs au cours de leur vie. Deux séismes de cette ampleur s’étaient déjà produits en 1989 et en 1995.
tf1.fr : Peut-on s’attendre à d’autres séismes dans la région ?
Jean-Robert Grasso : Certainement. Le dernier séisme de cette taille, qui s’était déroulé à Annecy en juillet 1996, avait généré une série de petits séismes pendant près de deux ans mais la plupart n’avait pas été ressenti par la population. Une seule certitude : il est très difficile de savoir quand, où et combien de ces "répliques" se produiront.
tf1.fr : Pouvait-on prévoir un tel séisme ?
A. D. : Malgré tous les instruments de détection dont nous disposons, nous ne pouvons pas prévoir les séismes. Et je ne connais aucun signe avant-coureur qui indique qu’un séisme va se produire.
tf1.fr : A quoi servent donc les réseaux de surveillance de l’activité sismique ?
A. D. : A affiner notre connaissance des zones où les " effets de site ", c’est-à-dire les
Une seule
mouvements du sol, sont les plus importants et surtout, les plus préjudiciables à l’activité humaine. Nous savons que les zones à risques concernent plus particulièrement les sommets des pics et les bassins sédimentaires. Pour Nice, nous avons quelques idées mais il nous faut les valider à partir de mouvements sismiques plus forts.
certitude : il est
très difficile
de savoir quand,
où et combien
de ces "répliques"
se produiront
Jean Virieux : Notre travail consiste à savoir comment les ondes sismiques se propagent car ce sont elles qui génèrent des dégâts, plus que les séismes. Or ce ne sont pas nécessairement les régions les plus proches du séisme qui sont les plus touchées ; il y a des zones qui propagent ces ondes plus facilement que d’autres. Mexico est un bon exemple puisque la ville ressent des séismes qui se produisent à plus de 200 kilomètres de distance. Nous devons donc améliorer nos connaissances de ces zones sismogènes, notamment en mer, où s’est produit le séisme de dimanche dernier.
tf1.fr : La Côte d’Azur est-elle préparée à supporter des séismes importants ?
J. V. : Depuis les années 50, il existe en France des protocoles précis concernant les constructions en zones sismiques. La grande difficulté consiste à s’assurer que ces règles garantissent un minimum de dégâts pour un minimum de coûts. En tant que responsable du Programme national des risques naturels, qui regroupe plusieurs organismes scientifiques, il me semble important que se développent des agences des risques naturels dans lesquelles chercheurs, ingénieurs, sociologues et politiques peuvent communiquer et interagir. C’est le cas en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, où a été créé le Pôle méditerranéen des risques naturels.
tf1.fr : Justement, les politiques sont-ils suffisamment sensibilisés aux risques liés aux tremblements de terre ?
J. V. : Dans les régions les plus touchées, comme sur la Côte d’Azur, cela ne fait aucun doute. Reste que l’on observe très peu de séismes en France et que nous ne pouvons pas proposer de solutions immédiates à ces phénomènes. Dès lors, certains peuvent se demander pourquoi investir aujourd’hui alors que ces recherches n’aboutiront pas avant 25-50 ans… Je crois que nous le devons aux générations futures.
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