Trois millions de Français victimes de dépression

Par Matthieu DURAND , le 01 mars 2001 à 10h00 , mis à jour le 28 février 2001 à 20h16

Alors que les Français sont souvent présentés comme les plus gros consommateurs de tranquillisants, la vraie dépression n'est pas prise en charge de façon satisfaisante. Explications d’un psychiatre co-auteur d’un rapport sur cette maladie.

Santé © INTERNE

Un groupe d'experts, réunissant psychiatres, médecins généralistes et du travail et épidémiologistes, a publié un rapport intitulé "Itinéraires de déprimés". Philippe-Jean Parquet, professeur de psychiatrie et chef de service au CHU de Lille, qui a supervisé ce travail, a répondu aux questions de la rédaction de tf1.fr.

tf1.fr : Qu’est-ce que la dépression ?

Philippe-Jean Parquet : La dépression n’est pas la déprime ou la morosité, comme le pense le public. La dépression est une vraie maladie qui regroupe des symptômes à la fois corporels et somatiques (troubles de l’alimentation, du sommeil et de la sexualité), psychologiques (souffrance morale, ralentissement intellectuel, apathie, irritabilité), et, enfin, sociaux (perte des rôles familial et professionnel).

tf1.fr : Combien y a-t-il de "vrais" dépressifs en France ?

P.-J. P. : 4,7% de la population française souffre d’un état dépressif, ce qui représente 3 millions de personnes. Au total, 25% des Français ont été, sont ou seront atteints d’une dépression. Et

"Au total,
25% des
Français
ont été,
sont ou
seront
atteints
d’une dépression."

pourtant, 50% des états dépressifs ne sont pas diagnostiqués et donc pas soignés.

tf1.fr : A quoi tient cette insuffisance des soins ?

P.-J. P. : Les dépressifs n’ont pas forcément conscience de l’être ou n’osent pas en parler à leur médecin. Les maladies mentales leur font peur, de même que les médecins qui les soignent. Les antidépresseurs ont également mauvaise réputation alors qu’ils sont tout à fait légitimes dans le cadre d’une prescription. Par ailleurs, il faut savoir que le traitement d’une dépression dure six mois. Or, 70% des patients l’abandonnent avant son terme, soit parce qu’ils se sentent aller mieux, soit à cause de certains effets secondaires -somnolence, bouche sèche, troubles digestifs- ou de ce qu’ils pensent être des effets secondaires, comme les troubles de la sexualité, mais qui sont en fait un symptôme de leur maladie. Ces abandons précoces expliquent qu’un patient sur deux retombe dans la dépression.

tf1.fr : Quelles sont vos propositions ?

P.-J. P. : Mieux informer le public sur les symptômes de la dépression et lui expliquer que c’est une maladie qui se guérit au bout d’un traitement long, nécessitant une prise en charge globale, y compris psychologique. Le patient doit aussi plus s’impliquer dans son traitement et le médecin être plus ouvert à ses attentes. Il faut enfin favoriser les échanges entre les psychiatres et les médecins généralistes, qui traitent 75% des cas de dépression. Cette maladie représente d’ailleurs 10 à 15% du total de leurs consultations.

"La dépression
coûte
globalement
30 milliards de F
par an
à la collectivité."

tf1.fr : Le traitement de la dépression est donc une véritable question de santé publique…

P.-J. P. : Cette maladie représente un enjeu à la fois humain et économique. Chaque année, la dépression coûte globalement 30 milliards de francs à la collectivité, soit environ 15.000 F par patient. Ce coût tient autant aux traitements engagés qu’à une prise en charge inefficace de la maladie.

Plus d'infos
Par Matthieu DURAND le 01 mars 2001 à 10:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Sciences
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience