La France combat le réchauffement climatique... hors de France

Par Matthieu DURAND , le 07 mars 2001 à 12h01 , mis à jour le 07 mars 2001 à 12h40

Hélène Gassin, spécialiste des énergies renouvelables à Greenpeace France, revient sur les conclusions du rapport rédigé par les experts de l’Onu et sur l’attitude ambivalente de la France dans la lutte contre les changements climatiques.

Sciences vignette nature © INTERNE

Dans un communiqué, Greenpeace a indiqué que le rapport de l’IPCC  "met en évidence des moyens peu coûteux " pour lutter efficacement contre les changements climatiques. Le document "montre ainsi que les arguments des industriels américains qui défendent les énergies fossiles et sont hostiles au protocole de Kyoto  sont dénués de tout fondement. Il devrait aider le président Bush à se prononcer en faveur du protocole". La rédaction de tf1.fr a contacté Hélène Gassin, spécialiste des énergies renouvelables à Greenpeace France.

tf1.fr : Que pensez-vous du rapport publié à Accra par l’IPCC ?

Hélène Gassin : Il confirme ce que Greenpeace et d’autres associations disent depuis longtemps, à savoir qu’il existe des moyens peu coûteux pour lutter efficacement contre les changements climatiques et que, parmi ces moyens, les énergies propres ont tout à fait leur place.

tf1.fr : Pourquoi ces énergies propres, qui sont économiquement viables d’après l’IPCC, ne sont-elles pas plus utilisées ?

H. G. : Parce que le modèle mondial de développement économique repose sur la surconsommation d’énergie. Lorsque les institutions internationales financent les infrastructures énergétiques des pays en voie de développement, 80% des subventions concernent les filières charbon, fioul, voire nucléaire. Or, les centrales éoliennes ou hydrauliques, plus petites, sont souvent mieux adaptées aux besoins de ces pays.

"Le modèle mondial
de développement
économique
repose sur la
surconsommation
d’énergie"

tf1.fr : Les experts de l’Onu ne remettent pourtant pas en cause le recours au nucléaire…

H. G. : Nous ne partageons pas leur analyse sur ce point. Une centrale nucléaire ne rejette pas beaucoup de CO2 dans l’air mais elle génère des problèmes bien plus graves.

tf1.fr : Les échanges de "droits de polluer" entre pays pourraient aussi être bénéfiques…

H. G. : Au départ, nous étions opposés à ce dispositif ; aujourd’hui, nous pensons que ces échanges doivent être limités et que les efforts doivent être menés à 80% dans les frontières nationales. Imaginez, la Russie pourrait bénéficier d’un crédit d’émission de carbone énorme qui permettrait à des pays comme le Canada ou la France de ne prendre aucune mesure sur leur territoire…

tf1.fr : Justement, dans cette lutte contre le réchauffement climatique, la France est-elle un bon élève ?

H. G. : Au niveau international, de même qu’au sein de l’Union européenne, la France joue un rôle moteur. Les prises de position courageuses de Dominique Voynet n’y sont pas pour rien. Par contre, au niveau national, rien n’est fait. Des 96 mesures contre le réchauffement climatique annoncées en janvier 2000, une seule a été appliquée ! Dans le cadre du Plan Etat-Régions, 60 à 70% des budgets sont encore consacrés à la route, pas au rail, ni au développement des transports en communs. Or, les Français sont très sensibles aux changements climatiques, l’impact de la tempête de décembre 1999 l’a bien montré. A nous, associations écologistes, de faire comprendre aux politiques que ce thème pourrait devenir un enjeu électoral à l’occasion de la présidentielle.

Par Matthieu DURAND le 07 mars 2001 à 12:01
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