Une journée pour le cerveau

Par , le 24 mars 2001 à 08h48 , mis à jour le 14 février 2004 à 20h41

La deuxième "Journée du Cerveau" a été organisée samedi afin de sensibiliser le public aux maladies neurologiques. A cette occasion, Jacques Epelbaum, chercheur à l’Inserm, fait le point avec tf1.fr sur la recherche dans ce secteur de la science où les progrès qui restent à effectuer sont porteurs d’espoirs importants.

journee cerveau © INTERNE

tf1.fr : Pensez-vous que le public soit suffisamment informé et concerné par les maladies neurologiques (Alzheimer, épilepsie, Parkison, sclérose en plaques et sclérose latérale amyotrophique) ?
Jacques Epelbaum
 : J’ai l’impression qu’en règle générale, les gens ne se sentent pas réellement concernés, notamment pour le futur. Les problèmes vont pourtant s’aggraver avec le vieillissement de la population étant donné que ces maladies touchent en priorité les personnes âgées. On estime ainsi que le nombre de patients atteints par les démences séniles doublera d’ici 2050.

tf1.fr : Environ un million de personnes sont touchées par une maladie neurologique. Mais combien savent-elles qu’elles sont malades ?
J.E
 : Pour Alzheimer, le taux de diagnostic est de 50 %. Pour les autres, il est plus élevé car les signes cliniques sont beaucoup plus nets. Il est bien sûr très important de diagnostiquer le plus tôt possible car les médicaments symptomatiques permettent de soigner les signes et de retarder l’apparition de la maladie.

tf1.fr : La France est-elle plus touchée ou moins touchée que les autres pays développés ?
J.E
 : Elle se situe dans la moyenne. Mais comme c’est un pays dont la moyenne d’âge est plus élevée, les risques sont plus importants. En incluant les familles des malades, on estime que 10 % des Français sont concernés.

" Désormais, on voit le cerveau en direct "

tf1.fr : En quoi les nouvelles techniques (IRM et TEP) ont-elles changé et facilité votre


De grands espoirs-
travail ?
J.E
 : Elles nous permettent de réaliser beaucoup de progrès. Nous pouvons ainsi voir fonctionner le cerveau " en direct ". Certains médicaments sont par exemple indiqués pour une maladie mais fortement contre-indiqués pour d’autres. L’imagerie nous facilite les diagnostics.

tf1.fr : Quels sont les progrès les plus remarquables réalisés ces dernières années pour chacune des cinq pathologies ?
J.E
 :
- Epilepsie : des travaux récents ont montré qu’il existe une période transitoire, dite pré-critique, avant le déclenchement d’une crise, que l’on pensait subite. Pendant 7 minutes, l’activité cérébrale se modifie. Le patient est donc alerté par des signes et peut se préparer à sa crise.

- Alzheimer : des progrès ont été réalisés dans le diagnostic. Un vaccin a été testé sur les souris. Il ne semble pas être toxique sur l’homme et ses premiers essais vont commencer dans peu de temps aux Etats-Unis.

- Parkinson : c’est la maladie sur laquelle les progrès ont été les plus intéressants depuis 30 ans. La recherche génétique a notamment permis d’identifier le gêne, baptisé " Parkin ", qui en est à l’origine chez les jeunes et qui semble heureusement lent à se développer (environ 40 ans).

- Sclérose en plaques : d’importants travaux laissent envisager des interventions thérapeutiques malheureusement encore très éloignées de l’application chez l’homme.

- Sclérose latérale amyotrophique : des modèles expérimentaux entrepris sur l’animal pourraient aboutir à des thérapies géniques porteuses d’espoir.

" Creutzfeld-Jacob est une maladie émergente "

tf1.fr : Réparer le cerveau en remplaçant les cellules nerveuses endommagées par des cellules saines, est-ce possible à terme ?
J.E
 : C’est en effet une solution très intéressante pour l’avenir. Mais elle ne fait que débuter puisque ces cellules souches n’ont été identifiées que l’an passé.

tf1.fr : Laquelle des cinq maladies a-t-on le plus de chance de vaincre en premier ?
J.E
 : Il est absolument impossible de répondre à cette question. Il reste beaucoup de choses à découvrir et parfois, en travaillant sur une maladie, on trouve une solution qui s’applique à une autre.

tf1.fr : Vous n’abordez quasiment pas lors de la journée la maladie du cerveau actuellement la plus médiatisée, Creutzfeld-Jacob. Pour quelles raisons ?
J.E
 : Nous nous concentrons sur les maladies qui ont le plus d’impact sur la santé publique. Or pour l’instant, le nombre de personnes concernées par Creutzfeld-Jacob est très minime. C’est une maladie émergente qu’on ne sait pas réellement aborder. Mais évidemment, la vache folle l’a fortement médiatisée.

Jacques Epelbaum est membre du Conseil scientifique de la Fédération pour la recherche sur le cerveau, directeur de Recherches à l'INSERM et Secrétaire Général de la Société des neurosciences.

Propos recueillis par

Par Fabrice Aubert le 24 mars 2001 à 08:48
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