Le procès des médicaments génériques

Par Bastien BONNEFOUS , le 05 mars 2001 à 11h50 , mis à jour le 05 mars 2001 à 12h12

En Afrique du Sud, le pays le plus touché au monde par le virus du sida, s'ouvre aujourd'hui le procès des médicaments à bas prix. Plusieurs firmes pharmaceutiques attaquent une loi sud-africaine qui permet l'importation de génériques. Les ONG sont scandalisées par une affaire qui place les intérêts financiers avant la santé des individus.

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L'industrie pharmaceutique contre l'Afrique du Sud. L'affaire est cruciale pour des millions de malades du sida dans les pays pauvres. A partir d'aujourd'hui, la Haute Cour de justice de Pretoria examine la plainte de 39 firmes pharmaceutiques contre une loi sud-africaine qui favorise l'accès aux médicaments génériques, meilleur marché que les médicaments de marque.

"Quelle est la priorité :
les intérêts commerciaux des compagnies
ou les gens qui tentent
de rester en vie ?"
Médecins
Sans Frontières.

Cette loi, promulguée en 1997, autorise l'importation de médicaments génériques à bas prix sur le territoire sud-africain, le pays le plus touché au monde par le virus du sida : 4,2 millions de personnes contaminées, soit 10 % de la population totale. Mais près de quatre ans après son vote, cette loi n'est toujours pas entrée en vigueur. Son application est bloquée depuis février 1998 par l'action en justice de l'Association des industries pharmaceutiques (PMA), qui comprend de grands groupes mondiaux comme Roche, Rhône-Poulenc, Glaxo-Wellcome ou Boehringer-Ingelheim. La PMA estime que la loi viole les règles commerciales internationales en matière de propriété intellectuelle.

Mais, pour plusieurs organisations non-gouvernementales, l'enjeu du procès se situe en dehors de la scène judiciaire. "Quelle est la priorité : les intérêts commerciaux des compagnies ou les gens qui tentent de rester en vie", demande Ellen Hoen, porte-parole de Médecins Sans Frontières. Selon les ONG, 400 000 personnes sont mortes du sida en Afrique du Sud depuis que les compagnies pharmaceutiques ont bloqué la loi. L'Oxfam, une ONG britannique, souligne qu'"un des médicaments contre les maladies liées au VIH, est vendu 2 rands (environ 1 franc 80) par capsule en Thaïlande contre 120 rands (près de 109 francs) dans les pharmacies sud-africaines". Le débat s'est polarisé sur les traitements antirétroviraux mais la loi concerne tous les médicaments auxquels la majorité de la population sud-africaine n'a pas accès. La liste va donc des simples antibiotiques aux analgésiques les plus courants.

Depuis ce matin, des centaines de personnes sont rassemblées devant la Haute Cour de Prétoria pour une manifestation de soutien au gouvernement. Des actions similaires sont également prévues dans d'autres villes du pays, comme Durban ou Le Cap. Le procès doit durer trois jours, puis le jugement sera très certainement mis en délibéré pour plusieurs mois.

Par Bastien BONNEFOUS le 05 mars 2001 à 11:50
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