© INTERNEAprès un concert d'interrogations et de suspicions, de protestations et de dénégations, une conclusion majeure semble se dessiner.
Deux mois d'enquête, d'expertises indépendantes, de scientifiques mobilisés, de commissions d'investigation nationales et internationales — rien n'aura été négligé pour faire la lumière sur l'éventuel lien entre l'utilisation d'armes à l'uranium appauvri et des cas de leucémies ou de cancers détectés chez des soldats ayant servi dans les Balkans. C'est pourtant dans un silence médiatique et politique quasi unanime que les premiers rapports sont publiés, un peu partout en Europe et dans les organisations internationales. Après un concert d'interrogations et de suspicions, de protestations et de dénégations, une conclusion majeure semble se dessiner : rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que l'uranium appauvri est toxique.
Unanimité pour l'improbabilité
METAL EXCEPTIONNEL L’uranium appauvri 238, déchet du processus d’enrichissement de l’uranium naturel utilisé par le nucléaire civil ou militaire, est le métal le plus lourd. Projeté à 1200 mètres par seconde, il présente l’intérêt indéniable de traverser n’importe quel blindage et donc de pulvériser tout type de char d’assaut actuellement en service sur la planète. Lorsqu’il est lancé et atteint sa cible, l’uranium appauvri est porté à une température telle qu’il se fragmente en fines particules radioactives. On soupçonne que celles-ci sont inhalées par les forces armées envoyées sur le lieu de l’impact, qui se seraient ainsi exposées à un risque d’irradiation. En outre, comme tous les métaux lourds, l’uranium appauvri est éminemment toxique pour le foie et les reins. |
Au terme d'une investigation interne, l'Otan niait elle aussi l'existence d'un lien direct entre ce type de munitions et les pathologies des vétérans. Au sein même des Etats-membres de l'Alliance, le travail d'enquête avait abouti aux mêmes conclusions. Les services sanitaires du ministère danois de la Défense ont ainsi fait savoir que, sur 2.600 des 16.000 soldats examinés, ayant servi sous le drapeau du Danemark dans les Balkans entre 1990 et aujourd'hui, aucun n'avait contracté de leucémie. En Italie, les premiers travaux d'une commission scientifique d'enquête mandatée par le ministère de la Défense signalent, mardi, que les cas de cancers recensés chez les militaires italiens engagés en ex-Yougoslavie sont "significativement inférieurs" à la moyenne, les pathologies avérées n'étant pas "statistiquement significatifs". Certains cas "méritent d'être surveillés attentivement", souligne toutefois le rapport, qui refuse de faire un lien entre l'usage de l'UA et les maladies de certains soldats.
Prudence décevante
Le Programme des Nations unies pour l'environnement a estimé que l'usage militaire de l'uranium appauvri était pratiquement sans risques.
Même le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), ayant mandaté cinq laboratoires européens pour le compte de l'Onu, a estimé le 13 mars dernier que l'usage militaire de l'uranium appauvri était pratiquement sans risques. Les sols des zones étudiées ne sont pas largement contaminés et les nombreux points de contamination sont sans danger notable de diffusion dans l'air ou dans les végétaux, affirme le rapport publié à Genève, avec quelques prudences tout de même. "Il serait particulièrement conseillé d'aller voir en Bosnie, préconise le PNUE, la qualité des eaux souterraines pour examiner comment se comporte l'uranium appauvri."
Après avoir provoqué un tollé sans précédent contre les agissements de l'Onu et de l'Otan sur le territoire de l'ex-Yougoslavie — le président yougoslave Vojislav Kostunica parlant même "d'infamie" —, après avoir jeté le doute sur le présumé cynisme des armées alliées, l'uranium appauvri n'est pas à la hauteur des accusations de ses détracteurs.
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