Le sida n'a pas été propagé par un vaccin américain

Par Matthieu DURAND , le 28 avril 2001 à 07h00 , mis à jour le 27 avril 2001 à 19h43

Un journaliste britannique affirmait dans un livre que l'épidémie du sida avait pour origine un vaccin américain contre la poliomyélite. Des scientifiques européens ont remis en cause cette théorie. Explications d'une chercheuse française.

carte afrique © INTERNE

Deux équipes de chercheurs indépendants, l’une franco-britannique et l’autre allemande, tordent le cou à la théorie controversée selon laquelle la pandémie du sida aurait pour origine un vaccin oral américain contre la poliomyélite, utilisé auprès d’un million de personnes à la fin des années 50 en Afrique, notamment au Zaïre. Leurs travaux paraissent simultanément dans les revues britannique Nature et américaine Science.

Dans son livre "The River: A Journey Back to the Source of HIV and Aids" publié au 1999, le journaliste anglais Edward Hooper défendait l’hypothèse que ce vaccin contenait des particules de reins de chimpanzé contaminées par le virus de singe SIV (virus de l'immunodéficience simienne), proche parent du virus du sida le plus répandu sur la planète (VIH 1). Aux côtés de Simon Wain-Hobson de l'Institut Pasteur, Martine Peeters, directeur de recherche au laboratoire de rétrovirologie de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), à Montpellier, faisait partie de l’équipe franco-britannique qui a remis en cause ses affirmations. Contactée par la rédaction de tf1.fr, elle explique sa démarche.

tf1.fr : Aviez-vous lu le livre d’Edward Hooper avant de commencer vos travaux ?

Martine Peeters : Non car notre étude avait été menée en 1997, avant la publication du livre. J’ai lu l’ouvrage par la suite. Il est écrit d’une façon très convaincante mais l’auteur ne s’appuie sur aucune preuve scientifique.

tf1.fr : En quoi consistent vos travaux ?

M. P. : En collaboration avec des chercheurs africains, nous effectuons des études régulières dans plusieurs pays africains afin de nous documenter sur la variabilité des souches du virus sur ce continent. Ce suivi dans le temps de la dynamique des variants permet d’adapter en permanence les développements des vaccins.

tf1.fr : A quels résultats avez-vous abouti ?

Au Congo belge,
des populations
humaines étaient
déjà atteintes
du virus VIH
du groupe M
dès les années 30
alors que la campagne
de vaccination a été
menée en 1959

M. P. : Tous les variants du VIH sont présents en République démocratique du Congo (RDC) et certains n’existent pas ailleurs. Cette diversité indique que, dans ce pays, le virus a eu plus de temps pour changer et s’adapter, ce qui suggère qu’il existe au RDC depuis plus longtemps que dans d’autres pays. Car le taux de mutation par cycle viral est de plusieurs années ou décennies.

tf1.fr : En quoi cela remet-il en cause les affirmations d’Edward Hooper ?

M. P. : On peut extrapoler à partir de ce taux de mutation. Au Congo belge, aujourd’hui la RDC, des populations humaines étaient déjà atteintes du virus VIH du groupe M dès les années 30 alors que la campagne de vaccination a été menée en 1959.

tf1.fr : Comment le virus est-il né et comment a-t-il donné lieu une épidémie si importante ?

M. P. : Les causes sont multi-factorielles. Ce qui est certain maintenant, c’est que le virus a été transmis du singe à l’homme. Une partie de la population congolaise était en contact avec des singes, qu’elle chassait et dont elle découpait la viande. Certaines personnes ont ainsi été au contact du sang de singe contaminé. Ce qui est important aujourd’hui, c’est de réfléchir à la manière d’éviter qu’un autre virus puisse se répandre. D’autant qu’avec tous les moyens modernes, l’accès des hommes à la forêt est facilité, ce qui veut dire qu’une épidémie pourrait se déclarer plus rapidement que par le passé.

Par Matthieu DURAND le 28 avril 2001 à 07:00
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