Le territoire français garde les stigmates du passage de Tchernobyl

Par A.G. , le 24 avril 2001 à 14h03 , mis à jour le 24 avril 2001 à 14h23

Quinze ans après le passage du nuage radioactif de Tchernobyl, la CRII-RAD publie une étude relevant que la moitié Est de la France, de la Corse jusqu'à l'Alsace, est encore fortement contaminée en césium 137.

logo nucléaire © INTERNE

La carte est explicite. Le césium 137, élément radioactif artificiel rejeté dans l'atmosphère par la centrale ukrainienne, est toujours présent dans l'hexagone. Les zones les plus touchées se situent à l'Est de la France depuis la Corse jusqu'à l'Alsace. Sont notamment concernées des zones montagneuses peu peuplées et les parcs naturels régionaux du Vercors (Drôme-Isère) ou du Mercantour (Alpes-Maritimes). Selon le géologue André Paris, bénévole de la CRII-RAD et auteur de cette "première carte de contamination du sol français", à 10 km au nord de Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence) "on est sur des sols autant contaminés qu'à Kiev", à 5 km de la centrale de Tchernobyl, "avec une mesure de 33.000 à 39.000 becquerels par mètre carré".


Relevé de mesures-
Consacrée aux conséquences de l'explosion le 26 avril 1986 du réacteur numéro 4 de la centrale ukrainienne, l'étude a été menée en juillet 1999 et août 2000, à partir de 2.200 mesures avec un spectromètre sur l'ensemble du territoire. Il en résulte que la quantité de césium 137 n'a diminué que de 30% en 15 ans, avec des taux de 5.000 à 45.000 becquerels par mètre carré. Selon l'Opri, (Office de protection contre les rayons ionisants), la radioactivité du césium 137 diminue de moitié tous les 30 ans et met 300 ans à disparaître. En revanche, l'iode 131, qui peut provoquer des maladies et des cancers de la thyroïde, était présent en 1986 mais il a totalement disparu aujourd'hui, selon l'étude.

Arrêter la mascarade et les non-dits

Selon le président de la CRII-RAD, Roland Desbordes, ceci permet donc de "voir exactement les doses scandaleuses subies par les populations", après l'explosion nucléaire. En 1997, l'Opri et l'IPSN (Institut de protection et de sûreté nucléaire) avaient publié une étude conjointe sur les "tâches résiduelles" de césium 137, assurant "que la santé des personnes ne pouvait être mise en danger par cette radioactivité artificielle réelle, mais très faible". Deux ans plus tard, des taux radioactifs supérieurs à la normale, relevés par l'Opri dans des champignons du Mercantour, "ne nécessitaient aucune mesure d'interdiction de consommation".

La CRII-RAD espère que cette nouvelle étude montrant "la réalité avec des preuves irréfutables" permettra de lutter contre les "habitudes de secret des pouvoirs publics en matière d'accidents nucléaires". En 1986, le gouvernement avait indiqué que la France était épargnée par le nuage radioactif. Le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (ex-Opri), affirmait quatre jours après la catastrophe qu'il n'y avait "aucun risque". Carte à l'appui, il avait démontré que l'anticyclone était "suffisamment puissant pour protéger la France".

Etude complémentaire en Corse

Une campagne de mesure de la radioactivité des terrains et des produits alimentaires va être lancée en Corse pour mieux cerner l'impact du "nuage" de Tchernobyl a de son côté annoncé l'Institut de protection et de sûreté nucléaire. Des études menées dans la basse vallée du Rhône ont mis en évidence un lien entre les pluies tombées pendant le passage du nuage et les niveaux de contamination : la pluie a fixé la radioactivité au sol et sur la végétation, jouant un rôle décisif. Des mesures seront également réalisées sur les sols et les produits agricoles locaux dans les zones où il a été fait état de problèmes thyroïdiens dans la population, comme dans la région de Balagne. La radioactivité est un facteur de développement du cancer de la thyroïde, et on a noté un grand nombre de cas chez les enfants et les jeunes adultes après l'accident de Tchernobyl.

Cliquez ici pour lire aussi "26 avril 1986 : à Tchernobyl, l'apocalypse"

Par A.G. le 24 avril 2001 à 14:03
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