© INTERNELundi, a débuté à Poitiers le procès de 41 personnes, issues du cyclisme amateur ou trafiquants, impliquées dans un trafic de "pot belge" (lire également l'article : Le dopage sportif revient devant les tribunaux). Pour faire le point sur ce produit et la lutte contre le dopage en France, tf1.fr a contacté le professeur Jacques de Ceaurriz, directeur général du laboratoire anti-dopage de Châtenay-Malabry (1), en région parisienne.
tf1.fr : En quoi consiste le "pot belge" ?
Jacques de Ceaurriz : Il regroupe des amphétamines et des substances illicites telles que la cocaïne et l’héroïne. La personne qui en utilise bénéficie d’un double effet : stimulant, via les amphétamines, et anti-douleur, via l’héroïne et la cocaïne. La présence de stupéfiants entraîne une dépendance physique. Certains cyclistes ayant arrêté leur carrière continuent d’y recourir.
tf1.fr : Comment détecte-t-on la présence de ce "cocktail" dans le corps humain ?
J. de C. : Chacun des produits constituants le "pot belge" est très facilement détectable, isolément, dans les urines. L’utilisation d’une combinaison de produits augmente toujours la probabilité que le dopage soit détecté.
"Les produits
tf1.fr : Dans ce cas, pourquoi certains sportifs recourent-ils à un produit aussi facile à détecter ?
dopants sont
de plus en plus
utilisés en
combinaisons"
J. de C. : C’est un produit artisanal, qui ne coûte pas très cher. Il s’adresse surtout aux amateurs, contrairement à l’EPO, surtout réservé aux professionnels en raison de son coût très élevé. Il y a, en quelque sorte, un dopage de riches et un dopage de pauvres. L’utilisation du "pot belge" reste limitée en France mais il est vrai que les produits dopants sont de plus en plus utilisés en combinaisons, soit pour additionner les effets de chaque produit, soit pour essayer à la fois de prendre les effets bénéfiques d’un produit et de contrecarrer les effets délétères d’un autre.
tf1.fr : Quels sont les autres produits dopants qui sont actuellement les plus utilisés ?
J. de C. : L’EPO et les hormones de croissance. Ces produits, issus des progrès des biotechnologies, sont aussi les plus difficiles à détecter dans l’organisme. De nouveaux produits dopants sont certainement utilisés mais pour l’instant, nous n’avons aucune preuve de leur existence.
tf1.fr : Quelques semaines avant le départ du Tour de France, pensez-vous qu’il soit possible de venir à bout du dopage dans le cyclisme ?
J. de C. : Tous les sports sont touchés, pas uniquement le cyclisme. Le dopage a toujours existé et existera toujours à l’échelle individuelle. Et de temps en temps, ces dérives se généralisent, ce fut le cas avec les anabolisants et avec l’EPO. Notre challenge, et le challenge des pouvoirs publics, c’est d’établir des garde-fous contre les pratiques isolées et de juguler les embardées collectives. Le dopage se développe de plus en plus à partir de l’arsenal thérapeutique existant. Le démantèlement des réseaux illicites d’approvisionnement passe par une meilleure traçabilité des produits pharmaceutiques. Une démarche identique à celle menée pour la lutte contre la maladie de la vache folle ou la fièvre aphteuse.
(1) Fondé en 1966, le laboratoire anti-dopage de Châtenay-Malabry est devenu en 1989 un groupement d’intérêt public sous la tutelle du ministère de la Jeunesse et des Sports. Il intervient à la demande des autorités publiques et sportives (ministère, fédérations nationales et internationales, Conseil pour la prévention et la lutte contre le dopage), qui lui indiquent les analyses à effectuer. Près de 10.000 échantillons sont ainsi traités chaque année.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




