Vaincre le cancer cellule par cellule

Par Matthieu DURAND , le 17 mai 2001 à 09h00 , mis à jour le 16 mai 2001 à 17h05

La commercialisation prochaine, aux Etats-Unis, d’une pilule anti-cancer très performante suscite une vague d’optimisme chez les scientifiques. Ce médicament "miracle" met en relief les progrès de la biologie moléculaire. Explications d’un cancérologue français.

cancer cellule © INTERNE

Une pilule anti-cancer suscite les plus grands espoirs. Présenté lors du congrès annuel de la Société américaine d'oncologie clinique (Asco), qui s’est tenu à San Francisco, le STI-571, commercialisé par le laboratoire suisse Novartis sous le nom de Glivec, a enregistré des résultats spectaculaires auprès de personnes atteintes de tumeurs rares : la leucémie myéloïde chronique et certains cancers digestifs (1). Ce médicament s’appuie sur une nouvelle stratégie de lutte contre le cancer : le ciblage moléculaire. Pour en savoir plus, tf1.fr a interrogé le cancérologue Jacques-Olivier Bay, responsable de l’unité de transplantation médulaire au centre Jean Perrin, à Clermont-Ferrand.

tf1.fr : Qu’est-ce que le ciblage moléculaire ?

Jacques-Olivier Bay : Les cellules cancéreuses présentent des spécificités qui les distinguent des autres cellules : parfois des sécrétions, parfois des protéines ou des molécules qui n’existent pas ailleurs. Les médicaments comme le Glivec contiennent des anticorps dits monoclonaux (voir la précision ci-dessous) qui vont reconnaître les spécificités des cellules cancéreuses puis s’y fixer pour les détruire, en épargnant les cellules saines.

tf1.fr : En quoi le Glivec est-il un médicament révolutionnaire, comme l’affirment certains scientifiques ?

"On peut
désormais
donner
à chaque
malade un
traitement
précis,
adapté aux
spécificités
de son
cancer"

J.-O. B. : En soi, ce n’est pas une nouveauté : il existait déjà des anticorps monoclonaux, notamment pour lutter contre le cancer du sein. En revanche, le Glivec est révolutionnaire en terme de réponses thérapeutiques, c’est-à-dire par ses résultats sur le traitement de la maladie. Maintenant, il faut rester très prudent. On ne sait pas combien de temps il faut le prescrire. A vie ? Dans le cadre d’une cure ? On ne peut pas non plus affirmer que le Glivec va guérir du cancer. Des récidives après traitement ne sont pas à exclure.

tf1.fr : L’avenir de la lutte contre le cancer passe-t-il par les pilules anti-cancers ?

J.-O. B. : Il existe cinq grands types de traitements contre le cancer : la chirurgie, la radiothérapie, la chimiothérapie, l’hormonothérapie et l’immunothérapie, dont les nouveaux médicaments tel le Glivec font partie. Ces derniers présentent l’avantage d’être faciles à prendre et peu toxiques pour le patient. Ils ne remettent pas en cause les autres types de traitements ; par contre, il est clair que toutes les connaissances acquises sur la biologie moléculaire débouchent aujourd’hui sur des résultats thérapeutiques encourageants. On peut désormais donner à chaque malade un traitement précis, adapté aux spécificités de son cancer.

(1) Selon une étude, le Glivec a entraîné une rémission chez 90% des 532 malades de léucémie myéloïde chronique, une forme rare du cancer du sang et très difficile à guérir. Il est efficace chez 89% des personnes atteints de sarcomes gastro-intestinaux (Gist), un autre cancer rare qui affecte 5.000 personnes chaque année aux Etats-Unis.

Précision

A la suite de la mise en ligne de cette interview, Luc Teyton, Professeur d'immunologie au Scripps Research Institute, à La Jolla (USA), a adressé le commentaire suivant : "Le Glivec n'est pas un anticorps monoclonal mais une molécule de chimiothérapie classique qui est administrée oralement (pilule de couleur orange) et qui interrompt une cascade d'activation cellulaire particulière à la leucémie myéloïde chronique. Ce médicament est tout à fait révolutionnaire et nouveau dans ce sens qu'il est le premier médicament qui inactive une enzyme de la famille des protéines kinases (bcr-Abl dans le cas de la LMC). Le Glivec, ou STI-571, a aussi l'avantage d'être dénué d'effets latéraux".

Joint par téléphone vendredi matin, Jacques-Olivier Bay admet que le Glivec n'est pas à proprement parlé un anticorps monoclonal. Il apporte la précision suivante : "Le Glivec est capable d'agir spécifiquement sur les molécules participant à l'activation et au développement des cellules cancéreuses. D'où son nom d'inhibiteur". Selon lui, la nouveauté de ce médicament rend difficile sa classification.

Cliquez ici pour lire : La lutte contre le cancer sera plus efficace et plus ciblée

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Par Matthieu DURAND le 17 mai 2001 à 09:00
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