Algues toxiques en Bretagne : la pêche à pied s'enlise

Par Matthieu DURAND , le 29 juin 2001 à 09h34 , mis à jour le 29 juin 2001 à 10h18

Une prolifération d’algues toxiques dans certaines baies du Finistère ont amené la préfecture à interdire le ramassage et la commercialisation de coquillages dans la région. Si les risques sur la santé sont réels en cas de consommation de coquillages contaminés, il n’y a pas de quoi s’alarmer, comme l’indique un scientifique de l’Ifremer contacté par tf1.fr

Plage à Dinard (CDT Haute Bretagne). © INTERNE

"A la pêche aux moules, moules, moules, je ne veux plus y aller maman". La chanson popularisée par Jacques Martin pourrait devenir un tube dans le Finistère. Le ramassage et la commercialisation des coquillages sont interdits depuis le 8 juin en baies de Concarneau, Douarnenez et Morlaix pour cause d’algues toxiques. Il s’agit en fait de deux espèces de phytoplancton (l’aliment de base des coquillages) : le Dinophysis et l’Alexandrium. Pour en connaître l’impact sur l’homme et l’environnement, tf1.fr a contacté Patrick Lassus, responsable du département Microbiologie et phycotoxine de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), à Nantes.

tf1.fr : Quelles sont les caractéristiques des algues toxiques ?

Patrick Lassus : Il existe trois types d’algues toxiques : celles qui provoquent des diarrhées, comme le Dinophysis, celles qui provoquent des amnésies, comme la Pseudo-nitzchia, et celles qui provoquent des paralysies, comme l’Alexandrium. Cette dernière n’a pratiquement aucun effet sur les coquillages. En revanche, ses toxines s’attaquent au système nerveux de la personne qui a consommé des coquillages contaminés. Les effets varient selon la dose absorbée : engourdissement des extrémités, vertiges et, dans les cas les plus graves, paralysie des muscles respiratoires pouvant conduire au décès. Mais, depuis la mise en place du réseau de surveillance du phytoplancton en 1984, aucune intoxication n’a été constatée en France.

tf1.fr : Pourquoi la Bretagne est-elle touchée ?

P. L. : Les causes sont multiples et souvent accidentelles : les phytotoxines peuvent être transportées par les courants, les eaux de ballast des bateaux ou par des coquillages "intoxiqués".

tf1.fr : Comment détectez-vous la présence de ces algues microscopiques ?

"Ces algues
sont incolores,
inodores et
indétectables
au goût"

P. L. :
Elle sont incolores, inodores et indétectables au goût. Nous analysons régulièrement des échantillons d’eau de mer et de coquillages pour déterminer la présence de toxines. Si les tests sont positifs, nous avertissons les autorités et c’est le préfet qui décide ou non d’interdire le ramassage et la commercialisation des coquillages. L’arrêté de "réouverture" intervient après deux tests négatifs consécutifs. En l’occurrence, la présence actuelle de toxines est légèrement inférieure au seuil sanitaire mais le principe de précaution a prévalu.

tf1.fr : Y a-t-il un moyen de venir à bout de ces algues ?

P. L. : Il n’existe pas de traitement préventif spécifique à telle ou telle phytotoxine. Dans certains pays asiatiques, où leur prolifération est énorme, au point d’engendrer des "eaux colorées", on verse des agents mouillants — des poudres — qui "fixent" les cellules et les entraînent vers le fond. C’est un procédé très coûteux et dont on n’est pas sûr qu’il soit neutre sur l’environnement.

tf1.fr : Les productions de coquillages sont-elles menacées en Bretagne ?

P. L. : Non, la commercialisation sera suspendue pendant quelques semaines. Entre temps, les toxines seront éliminées naturellement par les coquillages. Les chercheurs s’attachent d’ailleurs à trouver un procédé pour accélérer ce processus d’élimination.

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Par Matthieu DURAND le 29 juin 2001 à 09:34
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