Corse : quand un sanctuaire marin devient un "champ" de course

Par Matthieu DURAND , le 18 juin 2001 à 07h00 , mis à jour le 16 juin 2001 à 18h28

Une course de bateaux offshore s’est déroulée le week-end dernier en Corse, au cœur d’un site protégé pour mammifères marins. Ecologistes, scientifiques et ministère de l’Environnement s’y étaient opposés ; la préfecture maritime de la Méditerranée et les élus corses ne les ont pas écoutés. Une "affaire" révélatrice des limites de la protection de la faune et de la flore en France.

dauphin mer océan © INTERNE

Cela pourrait être une variante du dicton : "le chien aboie et la caravane passe". Dans le cas présent, les chiens de garde, ce sont des écologistes, des scientifiques et le ministère de l’Environnement, qui ont tenté d’empêcher l’organisation d’une course de bateaux offshore dans le golfe de Saint-Florent, en Corse, au cœur d’un sanctuaire pour mammifères marins. En vain. Le "Corsica Grand Prix" s’est déroulé du 15 au 17 juin, après autorisation de la préfecture maritime de la Méditerranée, à Toulon.

Grands dauphins et gros bateaux

La Corse est située au milieu d’un sanctuaire de protection des mammifères marins de 85.000 km2, créé en novembre 1999 dans le cadre d’une convention internationale entre les côtes françaises, monégasques et italiennes. Le golfe de Saint-Florent abrite de façon permanente une cinquantaine de grands dauphins (Tursiops truncatus), soit un quart des effectifs présents en Corse. Une population particulièrement sensible, notamment au printemps pendant lequel ont lieu la plupart des naissances.

A l’annonce de l’organisation de la course, écologistes et scientifiques, auxquels s’est associée la branche française du Fonds mondial pour la nature (WWF), se sont mobilisés en Corse et sur le continent pour dénoncer les menaces que faisaient encourir sur la faune marine des engins naviguant à plus de 250 km/h : stress, impact intense de la pollution sonore, risques de collisions. Le 7 mai, le ministère de l’Environnement a émis un avis défavorable à l’organisation de cette course. Un mois plus tard, Dominique Voynet a renouvelé sa désapprobation dans une lettre adressée au Préfet maritime.

Imbroglio économico-administratif

"De plus en plus
de gens
se rendent
dans le golfe
de Saint-Florent
pour y observer
les dauphins",
un membre
du WWF
 

Et pourtant, la Collectivité territoriale de Corse (CTC) a subventionné la course contre l’avis de son propre Office de l’environnement, faisant le pari de retombées économiques importantes. Un mauvais choix selon Denis Ody, chargé de programme au WWF : "Le calcul économique des élus corses est un calcul à court terme car de plus en plus de gens se rendent dans le golfe de Saint-Florent pour y observer les dauphins. Or, ce genre de manifestation risque de les faire fuir."

Pour Marie-Hélène Casalonga, juriste spécialiste des questions de l’environnement et membre du collectif des associations corses, la décision du Préfet maritime doit être replacée dans "un contexte local où l’Etat est accusé de tous les maux. Ses représentants deviennent paranos et préfèrent calquer leur position sur celle des élus locaux". N’y a-t-il pas là un risque de dérapage lorsque ces derniers maîtriseront la gestion du littoral corse ? Aucunement, affirme Jean Graziani des Verdi Corsi ("Verts Corses"). "Les cas de constructions illégales existent depuis 30 ans. La loi sur le littoral devrait être passée dans son intégralité à la Corse. Il faut que le pouvoir soit au plus près de nous ", a-t-il indiqué à tf1.fr. Reconnaissant que "la Collectivité territoriale de Corse peut difficilement tout maîtriser et avoir des avis sur tout", dans cette affaire "scandaleuse" et "navrante", il reproche au Préfet d’avoir pris sa décision au dernier moment, mettant les opposants à la course devant le fait accompli. Au-delà du contexte corse, très complexe, les associations écologistes et le WWF blâment l’Etat français pour avoir laissé cette course avoir lieu, au mépris de ses engagements internationaux en matière de protection de l’environnement. L’Etat a ses raisons que la raison ignore…

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Par Matthieu DURAND le 18 juin 2001 à 07:00
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