© INTERNELe cerveau n’en finit pas de surprendre. Deux équipes de chercheurs européens ont révélé certains des mystères que recèle cette "matière grise" qui nous gouverne.
Une "plasticité" remarquable
Le professeur Jean-Michel Dubernard, responsable du service lyonnais de transplantation, et le docteur Angela Sirigu (CNRS, Institut des Sciences cognitives à Lyon-Bron), se sont intéressés à un domaine jusque là peu analysé : ce qui se passe dans la tête d'un homme lorsque l'altération de son corps, comme la perte de membres, peut être réparée. Il faut dire qu’ils ont bénéficié d’un "sujet d’étude" de choix : le professeur Dubernard avait effectué le 14 janvier 2000 la première greffe au monde de deux mains sur un patient de 33 ans, Denis Chatelier, dont les deux mains avaient été déchiquetées en 1996 lors de la fabrication d'une fusée artisanale.
La "plasticité"
Les chercheurs français ont réalisé des examens, avant et plusieurs mois après la greffe, avec l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMF), pour déceler quelles zones du cerveau entraient en activité au cours de divers mouvements. Résultat : le cerveau humain adulte fait preuve d'une grande capacité d'adaptation. Sa "plasticité" lui permet en effet, après avoir enregistré la perte des mains et avant-bras dans son schéma corporel, de les réintégrer dans son fonctionnement. Cette réversibilité se traduit par une restauration d'activité dans le cortex moteur et sensitif correspondant. Fait intéressant, le cerveau avait déjà décelé le port d'une prothèse par le patient avant que n'intervienne la double greffe. Progressivement, le cerveau du greffé a ainsi acquis un schéma ou carte de ses membres supérieurs ressemblant à celle d'une personne en bonne santé et sans lésion, témoignant ainsi de sa remarquable souplesse, souligne le magazine Nature neuroscience dans lequel ces travaux ont été publiés.
permet au cerveau,
après avoir
enregistré la perte
de membres,
de les réintégrer
dans son
fonctionnement
Molécules et attaques cérébrales
Une équipe germano-espagnole a, quant à elle, décortiqué les mécanismes de l'attaque cérébrale. Cet accident vasculaire, qui supprime ou réduit l'apport sanguin dans une partie du cerveau, est la troisième cause la plus commune de décès dans les pays occidentaux et constitue une source d'handicaps sévères, comme la paralysie de la moitié du corps ou hémiplégie, la perte de la parole. Après un accident vasculaire, deux molécules, des récepteurs, le TNFR1 et le CD95, situés sur les membranes des neurones et d'autres cellules du tissu nerveux, se trouvent activées et déclenchent les destructions cellulaires.
Ces observations, menées sur des souris, suggèrent que le blocage de ces deux molécules clés permettrait de réduire de façon spectaculaire les destructions nerveuses consécutives à une attaque cérébrale chez l’homme et d'en prévenir ainsi les séquelles. Les résultats de l’étude ont été publiés dans le mensuel Cell Death & Differentiation du groupe des publications Nature.
Photo d'ouverture : AFP
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