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"Ta mère Tara la Toscane !"

Edité par
le 22 juin 2001 à 18h47 , mis à jour le 25 juin 2001 à 07h00.
Temps de lecture
4min
cro magnon archéologie paléontologie préhistoire AFP

Crédits : INTERNE

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SciencesGrâce à l’ADN, un scientifique britannique révèle que 95% des Européens descendent de sept femmes de la préhistoire. La plupart d’entre elles serait issue de clans de chasseurs-cueilleurs plutôt que de clans d’agriculteurs venus du Proche-Orient. Une découverte qui fait voler en éclat la théorie dominante chez les archéologues.

Les amateurs de généalogie vont devoir ajouter des branches à leur arbre de famille. Le professeur britannique, Bryan Sykes a révélé, grâce à ses travaux sur la génétique, que 95% de la population européenne descend de sept femmes ayant vécu entre 45.000 et 8.000 ans avant Jésus-Christ. Dans Les sept filles d’Eve (éditions Albin Michel), ce chercheur de l’Institut de médecine moléculaire d’Oxford, au Royaume-Uni, revient sur cette surprenante découverte.

Crottes de hamster et fil invisible

Expliquer l’histoire des origines par la génétique, telle est la démarche de Bryan Sykes. Il s’est pour cela concentré sur l’analyse de l’ADN mitochondrial (ADNmt), présent dans toutes les cellules humaines. Cette molécule se transmet uniquement par les femmes et mute très lentement, traçant ainsi un "fil invisible" de mère en fille qu’il suffit de suivre pour "remonter dans le temps". Après avoir validé sa méthode avec des crottes de hamster (!), Bryan Sykes la met en pratique au début des années 90, en identifiant le cadavre congelé d’un homme vieux de 5.000 ans, retrouvé dans les Alpes autrichiennes, puis les restes de la famille impériale russe. Surprise : leurs séquences d’ADNmt sont similaires à celles d’Européens contemporains. Une révélation qui incite le savant à répondre à une question qui divise les archéologues : dans l’Europe préhistorique, "y a-t-il eu un remplacement des chasseurs-cueilleurs par les agriculteurs" venus du Proche-Orient, comme l’affirme une théorie dominante ?

Sept mères originelles


 
Dans des échantillons de sang ou de salive, les équipes de Bryan Sykes étudient les séquences d’ADNmt de milliers d'Européens. Les résultats aboutissent à une classification en sept souches génétiques principales, soit sept "clans" qui descendent de sept mères fondatrices. L’âge de chaque groupe est "calculé à partir du nombre moyen de mutations découvertes chez les membres modernes de nos sept clans", explique le chercheur. Plus le nombre de mutations est important, plus le groupe est ancien. Or, ajoute-t-il, six des sept femmes "avaient à un âge génétique très supérieur à 10.000 ans", c’est-à-dire antérieur à l’arrivée des agriculteurs du Proche-Orient, au Néolithique (9.000 à 3.000 av. J-C). Ebranlée dans ses certitudes, la communauté scientifique se déchaîne contre Sykes avant de se ranger tant bien que mal à ses arguments.

Le chercheur britannique peut ainsi affirmer que plus de 95% des Européens descendent de sept mères : 11% descendent d’Ursula la Grecque (-45.000 ans), 6% de Xenia la Caucasienne (-25.000 ans), 47% d’Helena la Pyrénéenne (-20.000 ans), 5% de Velda l’Espagnole (-17.000 ans), 9% de Tara la Toscane (-17.000 ans), 6% de Katrine la Vénitienne (-15.000 ans) et 17% des Européens ont pour maman originelle Jasmine (-10.000 ans), venue de Syrie. Le clan de chacune de ces femmes a essaimé dans toute l’Europe. Vingt-six autres groupes génétiques ont été identifiés dans le monde, dont treize sont africains.

Cette approche offre l’opportunité à chacun de mieux connaître ses origines, une quête fondamentale pour les descendants d’Africains déportés en Amérique. Bryan Sykes a d’ailleurs fondé la société Oxford Ancestors qui propose, moyennant finances, de déterminer la mère originelle du curieux qui en fera la demande. Au-delà de ce commerce qui pourrait devenir fort lucratif, la généalogie génétique confirme, selon Sykes, que "l’idée des races génétiquement pures ne repose sur rien". Une évidence qu’il est toujours bon de rappeler.

Photo d'ouverture : Un mannequin dans une vitrine du musée de la préhistoire des Gorges du Verdon, représentant l'une des premières fileuses de laine du Néolithique, reconstitué d'après des ossements découverts dans les Alpes de Hautes-Provence (AFP).

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