Les OGM colonisent les cultures françaises

Par Matthieu DURAND , le 26 juillet 2001 à 17h36 , mis à jour le 25 juillet 2001 à 17h51

Des analyses révèlent la présence très faible d’OGM dans plusieurs échantillons de semences "conventionnelles" de maïs, colza et soja. Une colonisation transgénique des campagnes serait ainsi à l’œuvre en France.

soja champs agriculture economie © INTERNE

Faut-il poursuivre l’étude des OGM dans des champs sous contrôle scientifique ? La question semble dépassée par la réalité : en France, un nombre "significatif" d'échantillons prélevés dans des semences abrite une "teneur très faible" d'organismes génétiquement modifiés (OGM). Telles sont les conclusions que l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a mises en exergue dans un avis remis au gouvernement, le 23 juillet.

Colonisation transgénique

Des analyses de semences de colza, de soja et de maïs, effectuées par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), avaient conduit à détecter "dans un nombre significatif d'échantillons la présence d'un faible signal attribué à la présence de la séquence du promoteur 35S, utilisé dans la plupart des constructions d'OGM autorisées", indique l'Afssa mercredi dans un communiqué. Pour l’ensemble des échantillons analysés, aucun taux d’OGM n’était supérieur à 0,2%. Selon l’Afssa, sur les trois millions d’hectares de semences "conventionnelles" de maïs, entre 7% et 41% pourraient ainsi abriter des "traces fortuites" d’OGM.

L’Agence estime que les traces relevées proviennent d’OGM commercialisés en Europe "soit pour la culture, soit à l’exportation", "des essais en recherche (dissémination volontaire) réalisés en Europe" ou ailleurs, et "des OGM commercialisés dans d’autres pays avec lesquels la France fait commerce de semence". Néanmoins, l’Agence se veut rassurante : "La probabilité qu'une exposition ponctuelle à des produits issus de ces semences présente un risque particulier pour le consommateur semble extrêmement faible", écrit-elle.

"L’irresponsabilité" du gouvernement

Contacté par la rédaction de tf1.fr, Eric Gall, spécialiste des OGM à Greenpeace France, dénonce l’attitude "irresponsable" des pouvoirs publics, qui, selon lui, disposaient de ces résultats depuis deux mois mais qui ont préféré les communiquer pendant l’été afin de diminuer leur impact. "La DGCCRF prévoyait même d’organiser une conférence de presse et tout a été annulé", insiste Eric Gall. Une information confirmée à tf1.fr par un attaché de presse de l’organisme : "Nous n’avons pas voulu donner plus d’ampleur que cela à un sujet relativement banal".

Pour le représentant de Greenpeace, au contraire, les résultats de cette étude sont loin d’être anodins. L’impact de ces organismes génétiquement modifiés sur la santé est entouré "d’énormément d’incertitudes" par manque "d’évaluations satisfaisantes", déplore Eric Gall. "Des contaminations peuvent entrer dans la chaîne alimentaire par le biais de protéines expérimentales", affirme-t-il. Selon Greenpeace, le gouvernement doit impérativement mettre en place un système de traçabilité des OGM ainsi qu’un régime des responsabilités juridiques et financières en cas de contamination de parcelles "saines" par des OGM. Eric Grall remarque d’ailleurs que l’Afssa impute aux parcelles expérimentales, donc autorisées par l’Etat, une partie des contaminations…

Transparence à Paris et réglementation à Bruxelles

Dans un communiqué du 25 juillet, le ministère de l’Agriculture, le ministère de l’Environnement et le Secrétariat d’Etat aux PME et à la consommation indiquent que "le gouvernement souhaite ouvrir une concertation avec l’ensemble des parties concernées en leur proposant l’élaboration d’une Charte de la transparence des essais d’OGM".
La Commission européenne n’est pas en reste, révèle Le Monde dans son édition du 25 juillet. Elle a adopté mercredi "une proposition de directive destinée à la fois à réglementer la mise sur le marché de produits alimentaires et d’engrais provenant d’OGM, et à établir un système fiable pour identifier et étiqueter ces produits", explique le quotidien. Selon David Byrne, commissaire européen chargé de la santé et de la protection des consommateurs, "que nous le voulions ou non, la présence accidentelle (d’OGM dans l’alimentation) est une réalité".

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Par Matthieu DURAND le 26 juillet 2001 à 17:36
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