© INTERNEA la suite du retrait de son médicament anticholestérol, le groupe pharmaceutique allemand Bayer s’attendait à des poursuites judiciaires. Il ne s’est pas trompé : les dépôts de plaintes se multiplient dans le monde. Une première plainte française a été enregistrée jeudi soir auprès du procureur de la République d'Avignon.
Mobilisation des victimes potentielles
L’anticholestérol Baycol/Lipobay, commercialisé en France sous le nom de Staltor et Cholstat, est accusé d’avoir provoqué le décès de 52 personnes dans le monde. Jean-Luc Freel, un Avignonais de 54 ans, qui prenait du Cholstat depuis le 25 janvier 2001, "ressentait des troubles caractérisés par des douleurs et une faiblesse des muscles des membres supérieurs et inférieurs" au début du mois de février 2001, a expliqué son avocat Me Guy Guenoun. Une plainte a ainsi été déposée jeudi soir. Selon l’avocat, son client "s'interroge sur les conséquences durables de ce produit" et veut "savoir comment un tel médicament a pu être mis sur le marché sans que l'on se voit assurer de l'innocuité de ses effets secondaires". Me Guenoun, qui espère que le parquet ordonnera l'ouverture d'une information judiciaire, a estimé que "la qualification de blessures involontaires et de mise en danger d'autrui semble être appropriée".
"La plupart des
En Alsace, s’est également créée samedi une association de personnes qui prenaient de la cérivastatine (la molécule de l’anticholestérol) et souffraient de douleurs musculaires. Elle compterait déjà 80 adhérents. "La plupart des malades ont entre 40 et 70 ans, et viennent de la France entière", a indiqué au Parisien Wilhelm Mikendorfer, fondateur de l’association. Aux Etats-Unis, 500 plaignants se sont manifestés et ils sont une centaine en Allemagne. Leur nombre augmente de jour en jour.
malades ont
entre 40 et
70 ans, et
viennent de
la France entière"
Les autorités européennes savaient ?
Dans un communiqué diffusé jeudi, Bayer a estimé que ces plaintes étaient infondées, précisant que le "lien" entre ces décès et la prise de l'anticholestérol "n'a pas été prouvé". Par ailleurs, le groupe allemand s’est défendu d’avoir informé tardivement l'Agence allemande du médicament, comme l’avait dénoncé jeudi le secrétaire d'Etat à la Santé, Theo Schroeder.
Pour corser le tout, les autorités européennes de surveillance des médicaments étaient au courant depuis longtemps de risques que présentait le Lipobay/Baycol, selon un rapport du ministère allemand de la Santé cité jeudi par le quotidien populaire Bild. D'après ce document, Bayer avait déjà reçu l'injonction en juin de renforcer les précautions d'emploi de son médicament après une série de morts suspectes, précise Bild. Selon le quotidien Sueddeutsche Zeitung qui cite un membre de l'Agence européenne pour l'évaluation des médicaments (Emea), celle-ci avait déjà discuté au printemps, en interne, de possibles risques liés au Lipobay. Une source européenne avait, de son côté, déclaré le 9 août que l'Emea étudiait depuis juillet les risques pour la santé de l'utilisation de ce médicament.
Dégringolade boursière Bayer, qui a perdu près de 25% de sa capitalisation boursière depuis le retrait du marché de son médicament, a annoncé jeudi le report à "début février 2002" de son entrée en bourse à New York, initialement prévue le 26 septembre. Le groupe s’est dit "surpris par la réaction des marchés financiers, qui surévaluent les chances d'aboutir de ces plaintes". |
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