Attentats suicides : la vulnérabilité des centrales nucléaires

Par Matthieu DURAND , le 13 septembre 2001 à 12h34 , mis à jour le 13 septembre 2001 à 12h55

Selon les experts, les centrales nucléaires ne sont pas préparées à subir l’impact d’un grand avion commercial. Seules les chutes de petits appareils commerciaux ont été prises en compte dans les constructions des sites.

Les attentats suicides commis aux Etats-Unis posent la question inédite de la résistance des bâtiments "sensibles", notamment des centrales nucléaires, face à de telles attaques. La réponse des experts est peu rassurante : cette résistance serait probablement nulle car le risque d’une chute, accidentelle ou d’origine terroriste, d’un grand avion commercial était statistiquement trop faible pour être pris en compte dans la conception des sites.

Résistance sous conditions

Et pourtant, le secrétaire d'Etat à l'Industrie Christian Pierret avait assuré mercredi que les centrales nucléaires françaises étaient "conçues, déjà dans leur structure, pour pallier la chute d'aéronefs et faire face à ce type d'événement". Le parc nucléaire français est composé de deux types de réacteurs. Les parties vitales d'une vingtaine de réacteurs de 900 mégawatts (MW) sont protégées par une enceinte, tandis que 30 réacteurs de 1.300 MW ont deux enceintes de confinement. Dans la règle fondamentale de sûreté (RFS) appliquée à la construction des centrales nucléaires, les probabilités qu’un avion s’écrase sur un site ont été calculées ; elles sont particulièrement faibles pour les appareils tels que les Boeing ou les Airbus (voir tableau). Les centrales nucléaires ne sont donc pas vraiment préparées à résister à un tel impact. En revanche, elles doivent pouvoir résister à la chute d’avions de moins de 5,7 tonnes tels que le Cessna 210 ou le Lear Jet 23.

Type d'avions

Probabilité de percuter une centrale nucléaire

- Avions commerciaux (Boeing, Airbus...) de plus de 5,7 tonnes

1 sur 100 millions

- Avions militaires (Mirage, Rafale, Phantom...)

1 sur 10 millions

- Avions commerciaux et de tourisme (Cessna 210, Lear Jet 23) de moins de 5,7 tonnes

1 sur 1 million

"Mais les conséquences d'un accident ou d'un acte de malveillance dépendraient de leurs circonstances exactes et de la vitesse de l'avion. En gros, les centrales résisteraient à un avion militaire volant entre 100 et 200 mètres par seconde", souligne Philippe Jamet, conseiller de l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN). Tout dépend aussi du type d’impact. Selon l’expert, un " projectile mou, créé par la désagrégation de la structure de l'avion, se comporterait comme une poignée de petites pierres jetées contre une toile de tente sans la percer " tandis qu’un "projectile dur, constitué par exemple par le moteur d'un avion à hélice, aurait une surface d'impact limitée mais la force d'une balle qui traverse une vitre." Mais face à une attaque terroriste avec un avion commercial, "on ne peut pas être certain que les enceintes résisteraient", conclut le spécialiste de l'IPSN.

Mobilisation des autorités et des citoyens

"Ce qui s'est passé aux Etats-Unis ne relève pas de chutes accidentelles mais de véritables actes de guerre, qui ne sont pas pris en compte dans la construction des installations nucléaires", écrit l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dans une note publiée sur son site internet. "S'agissant de la chute d'un avion de grande taille, l'impact sur la sûreté d'une installation nucléaire dépendrait de multiples paramètres et pas seulement de la masse de l'avion", selon l'ASN. Même si elles ne sont pas construites pour résister sans dommages à un tel choc, "les centrales nucléaires offriraient une bonne capacité de résistance grâce notamment à leurs enceintes de confinement en béton armé", affirme l'organisme. "Par ailleurs, les installations nucléaires sont classées points sensibles et à ce titre font l'objet de mesures de protection contre le terrorisme, qui ont été renforcées dans le cadre du plan Vigipirate" mais restent par nature confidentielles, indique enfin l'Autorité.

Dans son édition du 13 septembre, La Tribune indique qu’EDF a constitué dès mardi une cellule de crise sur ce thème. Et rappelle que s’il est interdit de survoler des centrales nucléaires à basse altitude, l’Autorité de sûreté nucléaire affirme que "80% des sites ne sont jamais ou pratiquement jamais survolés et que 20% d’entre eux le sont un peu plus (moins de cinq survols par an)". Le réseau Sortir du nucléaire, qui affirme regrouper 613 associations anti-nucléaires, appelle "à tirer toutes les leçons de la vulnérabilité de nos pays occidentaux face au risque d'attaques terroristes".

 

Par Matthieu DURAND le 13 septembre 2001 à 12:34
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