Bioterrorisme : "la France doit revoir sa stratégie de défense"

Par Matthieu DURAND, le 28 septembre 2001 à 14h15 , mis à jour le 27 septembre 2001 à 16h11

Les menaces d’attentats biologiques mobilisent les Etats dans le monde. Un spécialiste du Haut comité français pour la défense civile analyse les risques de cette nouvelle forme de terrorisme et les moyens de s’y opposer.

masque gaz syndromegolfe balkans © INTERNE

Les attentats du 11 septembre ont révélé la puissance des terroristes et surtout les menaces, insoupçonnées ou négligées jusqu’alors, qu’ils font désormais peser sur les populations. Depuis quelques semaines, aux Etats-Unis comme dans la plupart des pays occidentaux, autorités civiles et militaires réfléchissent aux moyens de lutter contre des attaques à l’arme biologique (virus, bactéries…). Secrétaire général du Haut comité français pour la défense civile (HCFDC), Christian Sommade livre son analyse à tf1.fr

tf1.fr : Quels sont les risques qu’un attentat bactériologique se produise aux Etats-Unis ou en Europe ?

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Christian Sommade : La réalité de la menace biologique, personne ne la connaît. Les risques sont-ils plus élevés aujourd’hui qu’il y a cinq ou quinze ans ? On ne le sait pas. Ce qui est certain, c’est que les conditions d’une attaque biologique sont difficiles à réunir. Il faut que les terroristes se procurent des souches pathogènes, qu’ils arrivent à produire un agent biologique résistant, qu’ils aient la possibilité de le disperser et, enfin, qu’ils maîtrisent les conditions météorologiques. La secte japonaise Aum était revenue à l’utilisation du gaz Sarin car elle n’était pas parvenue à utiliser l’arme biologique. Néanmoins, si on arrive à maîtriser cette chaîne, l’arme s’avère très efficace.

tf1.fr : Aux Etats-Unis, beaucoup d’Américains ont acheté des masques à gaz ou cherchent à se faire vacciner contre l’anthrax. Qu’en pensez-vous ?

C. S. : Que ce soit contre l’anthrax, qui est très résistant aux conditions atmosphériques, ou la variole, dont la capacité de contagion est très élevée, la vaccination ne marche que pour une souche donnée. Elle devient inefficace si la souche est modifiée génétiquement. Quant aux masques à gaz, ils peuvent être utiles mais ils ne sont pas suffisants. En fonction de l’attaque, des protections totales peuvent être nécessaires, ainsi que des équipements de décontamination.

tf1.fr : Quelles peuvent être alors les réponses des Etats à cette menace du bioterrorisme ?

C. S. : Le futur de la défense civile passe par la capacité des autorités à détecter en temps réel des agents biologiques dans les centres urbains et dans les nœuds de communication. Il faut développer et installer à ces endroits stratégiques des capteurs physico-chimiques. Les Etats-Unis consacrent beaucoup d’argent à ce type de recherche. L’autre mesure préventive consisterait à constituer des stocks stratégiques de médicaments de traitement, au niveau européen par exemple.

tf1.fr : Justement, les Etats sont-ils préparés ?

C. S. : Les Etats-Unis ont lancé en 1997 un programme de défense et sécurité civiles. Son coût est d’un milliard de dollars par an, dont la moitié est consacrée aux aspects biologiques et chimiques. Pour la petite histoire, c’est Bill Clinton qui a voulu ce programme après avoir lu The Cobra Event, un roman très crédible de Richard Preston qui décrit une attaque biologique sur New York. Par ailleurs, en octobre 2000, les autorités américaines ont réalisé un exercice dans lequel trois attentats —chimique, biologique et nucléaire— étaient simulés dans trois lieux différents. Il s’agissait de tester le circuit de commandement et les procédures d’intervention civils et militaires aux niveaux local et national.

tf1.fr : Qu’en est-il en France ?

C. S. : Notre politique de défense est très orientée vers la défense militaire. Les autorités n’ont pas tiré les leçons de la chute du mur de Berlin. On continue de fabriquer des missiles et des sous-marins de plus en plus sophistiqués mais pour taper sur qui ? Le HCFDC préconise la remise à plat de notre défense civile et le rééquilibrage du militaire stratégique vers la défense civile. Il faut associer le Parlement et l’Exécutif dans cette démarche afin de doter la France des moyens nécessaires et suffisants.

tf1.fr : Quels changements peuvent être mis en place rapidement ?

C. S. : Dans un premier temps, il faut doter les équipes de sécurité et défense civiles de moyens de détection et de contrôle. Ensuite, il faut former l’ensemble de la chaîne de secours et de soins à faire face à des situations de bioterrorisme. Tout cela peut être fait en quelques mois.

Des plans de riposte existent en France

Face à la menace d'une attaque chimique d'origine terroriste, les services francais de sécurité disposent depuis plusieurs années d'un plan appelé "Piratox" qui prévoit une organisation spécifique des secours. Ce plan est cependant l'objet d'une classification "diffusion restreinte", ce qui interdit toute description détaillée, a-t-on appris auprès de l'état-major des pompiers de Paris qui seraient les premiers concernés en cas de déclenchement. Des masques respiratoires à cartouche filtrante sont ainsi en place dans tous les véhicules dont disposent les 6.800 pompiers à Paris. Selon les services de la sécurité civile, au ministère de l'Intérieur, le plan Piratox destiné à lutter contre une attaque chimique est comparable au plan Vigipirate. D'autres adaptations en ont été faites telles que Piratair, en cas de détournement d'avion, Pirate-mer, pour un détournement de navire ou Piratome, en cas d'attaque ou d'accident nucléaire.

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Par Matthieu DURAND le 28 septembre 2001 à 14:15
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