© INTERNEAu lendemain des attentats du 11 septembre 2001, tf1.fr avait interviewé Maurice Ferreri, chef du service psychiatrie à l’hôpital St-Antoine, à Paris, et l’un des créateurs des cellules médico-psychologiques qui interviennent lors d’attentats ou de catastrophes. Il analysait l’impact psychique d’un tel événement auprès des victimes et des témoins.
tf1.fr : Quelles sont les conséquences psychologiques d’un attentat sur les victimes et les personnes qui en sont les témoins directs ?
Maurice Ferreri : Tout blessé et toute personne proche de l’attentat qui a cru mourir est un blessé psychique. La majorité des victimes et de ces témoins va subir un état de stress traumatique aigu, immédiatement après l’événement. Sous l’emprise d’une bouffée d’angoisse majeure, ces personnes vont soit fuir de manière éperdue et désordonnée, soit rester figées de stupeur. Pendant les quelques jours qui suivent, ils revivront l’événement inlassablement. Ce phénomène de répétition provoque troubles du sommeil et du jugement, cauchemars… au point d’handicaper leur vie. D’autres victimes et témoins, qui ne semblent pas affectés sur le moment, vont développer des troubles psychiques plusieurs semaines ou mois plus tard. C’est ce qu’on appelle la névrose post-traumatique. L’angoisse, qui s’accompagne de sueurs et de l’accélération du rythme cardiaque, peut se transformer en déprime. Les personnes vont éviter la zone où s’est produit l’attentat ou seront dans l’incapacité de travailler si l’événement s’est produit sur leur lieu de travail.
Tout blessé et
tf1.fr : Y a-t-il également des risques pour ceux qui découvrent un attentat à la télévision ou dans la presse ?
toute personne
proche de
l’attentat qui
a cru mourir
est un blessé
psychique"
M. F. : L’impact de l’image est d’autant plus traumatisant qu’elle est répétitive et qu’elle ne permet pas d’échappement. Si vous visionnez de telles images en groupe avec des amis, vous pouvez en parler, même vous défendre en recourant à l’humour, ce qui a un effet curatif. Par contre, une personne seule et fragile peut être traumatisée et développer des traumatismes identiques à ceux que j’ai décrits. Beaucoup de victimes d’agression, d’attaque de banque ou d’attentat que nous traitons nous ont appelé depuis deux jours pour venir consulter, après avoir vu les images de New York à la télévision.
tf1.fr : Comment soigner ces blessés psychiques ?
M. F. : A la suite des attentats survenus à Paris dans les années 80, nous avons créé avec le professeur Crocq des cellules médico-psychologiques dont le but est d’aller sur le terrain pour prendre en charge les victimes. Les psychiatres et psychologues mettent en place une psychothérapie extra brève avec chaque blessé afin de le faire parler et de le déculpabiliser de cette émotion, naturelle, qui l’assaille. Ces unités mobiles existent désormais partout en France. Elles sont même utilisées dans les cas d’affaire de pédophilie, par exemple.
tf1.fr : Recourrez-vous à des médicaments particuliers ?
M. F. : Aux anxiolytiques ou aux anti-dépresseurs lorsque cela est nécessaire mais à condition de dire au patient que ce n’est qu’une béquille dans sa marche vers la guérison.
tf1.fr : Un blessé psychique est-il condamné à vivre avec son traumatisme jusqu’à la fin de ses jours ?
M. F. : Pour 90% des 92 personnes que nous avons soignées après l’attentat du RER St-Michel, à Paris, les traumatismes ont disparu au bout d’une dizaine de jours. Reste 8 à 10% des victimes qui souffrent toujours, à deux ans de distance, de troubles invalidants.
photo d'ouverture : AFP
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