© INTERNEConseils aux parents, recommandations de psychiatres aux chefs d'entreprises et émissions spéciales où public et stars d'Hollywood évoquent la tragédie : l'Amérique a entamé sa thérapie collective pour surmonter le choc des attentats.
Conseils pour surmonter la tragédie
Selon une récente enquête (voir encadré ci-dessous), 71% d'Américains avouent être atteints de déprime depuis le 11 septembre dernier. Face à un tel phénomène de société, les autorités médicales et politiques américaines encouragent leurs concitoyens à parler. L'agence fédérale pour les situations d'urgence (Fema) publie une liste de conseils pour surmonter la tragédie : "parler de ses sentiments avec sa famille, ses amis, ses voisins; reprendre son train-train quotidien aussi vite que possible; bien manger, bien dormir, faire de l'exercice tous les jours; et prendre conscience que chacun réagit au stress différemment...". La Fema a même ouvert un
site Internet entièrement destiné aux enfants, pour dédramatiser les catastrophes à travers les tribulations d'Herman, un petit Bernard-l'hermite."Nous sommes le ministère de la compassion", proclamait pour sa part le secrétaire à la Santé, Tommy Thomson, en diffusant jeudi trois programmes audiovisuels pour aider les Américains à faire face à leurs angoisses. La première vidéo conseille les parents dans leur communication avec leurs enfants. La deuxième traite de l'aide aux personnes âgées de New York et la troisième séquence conseille toute personne "qui a du mal à se remettre des événements".
"L'Amérique s'exprime"
Les médias participent amplement à cet effort de thérapie. Depuis le début de la semaine, les habituels talk-shows sur les grandes chaînes de télévision américaines se sont transformés en divans de l'Amérique, une tendance qui culmine avec un grand plateau quotidien en direct chaque après-midi sur CNN, intitulé "L'Amérique s'exprime". Même le show-biz a pris part au grand élan national avec la tenue vendredi soir d'un téléthon patriotique diffusé simultanément sur une trentaine de chaînes de télévision et de radio.
Les chefs d'entreprise ne sont pas oubliés. Pour les aider à remettre leurs troupes en marche, l'Association nationale pour la santé mentale (NMHA) publie un document intitulé "Aider vos salariés à faire face et à reprendre le travail", qui débute par une liste de symptômes pour détecter la déprime : travailler lentement, être en retard, absent, irritable, manquer de concentration, oublier les directives... "C'est une période critique pendant laquelle il faut se concentrer sur la santé mentale sur le lieu de travail", conseille le président de la NHMA. Pour Michael Faenza, "le choc et la peine vont commencer à diminuer mais pour une partie non négligeable des gens, le traumatisme pourrait se traduire par des problèmes de santé mentale à plus long terme".
71% d'Américains déprimés Basé à Washington, le centre de recherche Pew a étudié l’impact des attentats sur le moral des Américains. Ils sont 71% à admettre un sentiment de déprime, au premier rang desquels figurent les habitants des côtes Est et Ouest des Etats-Unis. Près de huit femmes sur dix en font état, contre 62% des hommes. Les personnes interrogées décrivent "un lourd coût psychologique infligé par ces événements extraordinaires", commentent les auteurs de l'étude. L'effet déprimant de ces attaques est plus marqué sur les personnes avec enfants (76%) que sur les personnes sans enfants, qui sont tout de même 69% à faire part de leur stress. Quatre femmes sur dix font état d'insomnies liées aux attaques, contre 26% des hommes. Mais parmi les habitants des deux côtes, près de six personnes sur dix souffrent de problèmes de concentration, contre 47% des personnes qui vivent dans les régions centrales des Etats-Unis. Face à un tel traumatisme, la prière a été la réponse de 69% des Américains interrogés. Plus d'un quart d'entre eux ont envisagé d'éviter tout voyage en avion à la suite de ces événements. L'étude réalisée sur 1 200 Américains par l'institut du 13 au 17 septembre, montre que les événements ont eu un impact psychologique bien plus fort que la dernière crise majeure, la guerre du Golfe, durant laquelle seulement 50% des Américains se disaient déprimés.
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